43 KM, LIPARI / ROADTRIP
43 km ? C’est tout ? J’en connais qui doivent se demander comment on a pu oser appeler roadtrip ce qui ressemble fort à un saut de puce. Et pourtant, ces 43 km nous ont conduits sur la grande majorité du réseau routier de l’île de Lipari, et nous ont pris la journée… Parce-que parfois, la roadtrip n’est pas juste une histoire de gros rouleur.
Notre point de départ est le port de Lipari, la plus grande des îles Éoliennes. Ni la plus belle, ni la plus sauvage, mais la plus grande, et donc la seule qui possède une route qui en fait le tour – sur la plupart des 7 îles de l’archipel, conduire autre chose qu’un triporteur Vespa Ape est impossible. Ici, ça grouille : le port est le plus important des Éoliennes, celui où touts les habitants viennent pour régler leur affaires administratives, faire des emplettes, ou tout simplement se rendre au seul hôpital du coin. Les ferries et hydrofoils qui desservent toutes les îles et les relient à la Sicile viennent se ravitailler ici, comme les bateaux-citernes qui livrent de l’eau aux îles volcaniques dépourvues de sources. L’ambiance est incroyable, un véritable port du bout du monde, au beau milieu de la Méditerranée.
Notre voiture est une vaillante Suzuki Samouraï, LA voiture de plage des années 80 (jusqu’à son autocollant de marque de cigarettes sur les ailes). Nous l’avons louée contre 30€ la journée, et elle n’en vaut pas vraiment plus. Pneus dépareilles, capote douteuse, odeur de chaud, et improbable séquence de démarrage : 2 clés et un bouton pressoir…
Première étape, prendre de la hauteur pour admirer la panorama depuis un belvédère où visiblement la jeunesse locale à ses petits rendez-vous.
Sonia n’étant pas là, retour sur la côte pour faire le tour de l’île dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Première étape, pour le café, Canneto, qui n’a rien d’une cité balnéaire : c’est ici qui vivaient les ouvriers qui travaillaient dans l’immense carrière de pierre-ponce (la plus grande au monde), dont le gisement occupe 25% de la surface de l’île.
Très rapidement, le paysage devient lunaire, alors que l’on pénètre dans l’exploitation de pierre ponce. Petit à petit, des ruines industrielles apparaissent.
Soudain, le gisement nous saute au visage, dans toute son immensité. Alors que l’UNESCO a demandé l’arrêt de l’exploitation pour préserver le site, classé au début des années 2000, les compagnies PUMEX et Italpomice n’en ont fait qu’à leur tête. Il aura fallu un ultimatum gouvernemental pour que tout activité cesse, du jour au lendemain, en 2007. Vraiment du jour au lendemain : tout est resté en place, comme si l’activité allait reprendre d’une minute à l’autre. Depuis, les camions pourrissent.
S’il est impossible d’entrer dans la carrière qui grignote la montagne, rien n’empêche de visiter les installations situées en bord de mer, où s’est installé un petit chantier naval.
Les entrepôts sont encore pleins de sacs de pierre ponce prêts à être expédiés dans le monde entier.
Marcher sur la pierre ponce qui recouvre la plage et les carrières est surréaliste. Les cailloux gris, très légers, crissent mollement sous le pied. On a l’impression de fouler des blocs de polystyrène. Un peu partout, on trouve des éclats d’obsidienne, noirs, luisants et tranchants. L’obsidienne et la pierre ponce étant deux états de la même matière, cela n’a rien de surprenant.
Mussolini déportait ici ses opposants, qui mourraient de silicose en quelques mois. Au bout de quelques minutes la poussière de pierre ponce commence à démanger la gorge, bien sèche. Il ne fait pas bon s’attarder sur cette plage.
Tout au nord de Lipari c’est Acquacalda, autre ville minière semi-abandonnée. On sent qu’une grande partie de l’île vivait de la ponce et peine a retrouver une activité. En face, à quelques kilomètres seulement, l’île de Salina se dresse, majestueuse.
Le versant Ouest est plus bucolique. C’est un plateau fertile où la route monte d’épingles en épingles. De quoi réaliser à quel point notre Suzuki est au bout du rouleau. J’ai peur de dépasser les 60 km/h tant les freins, la suspension et la direction sont usés.
Ici aussi le sous-sol volcanique a été éxploité. On trouve à Quattropani une étonnante mine de Kaolin. La terre et la roche affichent toutes les couleurs allant du jaune au violet, en passant par le rouge et l’orange.
Comme sur toutes les Îles Éoliennes, on trouve à cet endroit de curieuses bouches qui crachent une chaude vapeur aux parfums soufrés, en provenance directe des entrailles de la terre.
Nous essayons de rejoindre la plage par un chemin défoncée, confiants dans notre “jeep”. Peine perdue, la Samurai s’arrête au premier obstacle venu, une simple pierre. Un rapide coup d’œil à la transmission est sans appel : la boite de transfert agit dans le vide, seules les roues arrières sont motrices. Demi-tour.
Avant de revenir à la ville de Lipari, dernière pause au belvédère de Quattrocchi, pour profiter d’une vue unique sur l’île de Vulcano, la Sicile avec l’Etna en arrière-plan.
Après un douloureux plein, le programme de la soirée est simple : se rendre au meilleur restaurant de l’île, Filippino, pour déguster un excellent risotto à l’encre de seiche, rappelant curieusement la forme du Stromboli…
Texte et photos : Yan-Alexandre Damasiewicz + Juliette Maï



































































Ce reportage est génial, cette usine abandonnée est incroyablement filmèsque; c’est bien de prendre le temps et de mettre autant de photos. C’est comme si j’y étais avec vous et vous me donnez envie de partir en Sicile
Je vous donnerai quelques bonnes adresses, Renaud !
Reportage super sympa…
Une Suzuki SJ 80 aurait été parfaite
Merci Yan, c’est plaisant de lire ça et de regarder d’aussi beaux panorama quand il fait -8 à Genève!