A day at the races : Grand Prix Historique de Monaco 2010

Après avoir vécu le GP Historique de Monaco depuis une tribune en 2008, le Blenheim Gang revient cette année, côté Pit-Lane, pour voir l’envers du décors. Alors, quand on gratte le beau vernis des F1 anciennes, il y a quoi ? Récit d’une journée d’errance…
Ste – Devote, 10h45
Rater son train pour Monaco, et arriver un dimanche de course avec plus d’une heure de retard est généralement fâcheux. Sauf lors du Grand Prix Historique, car tout ce que vous ratez ce sont d’antiques F3 et les « voitures de grand prix avant 1947 ». On pourra les voir plus tard dans le paddock à l’arrêt, soit à peine moins vite que sur la piste, rien de bien grave. Ouf.

Pit-lane, 11h00
Dans les stands qui seront occupés dans deux semaines par les F1 modernes, ce sont leurs plus récentes ancêtres qui ont pris place, soit celles construites entre 1975 à 1978 : les plus spectaculaires. Détail amusant, le circuit étant déjà près pour le Grand Prix, le vrai, chaque garage arbore les noms des écuries et des pilotes 2010, d’où un certain contraste avec les autos présentes. Coïncidence – voulue ou pas, sous le nom de Felipe Masse trône une Ferrari 312T. Ça a de la gueule, c’est sur.

La Rascasse, 11h30
La course des voitures de grand prix d’avant 1960 démarre, sans nous. On a déserté pour fureter dans les paddocks situés sur le quai Antoine 1er. Il n’y a d’ailleurs pas foule dans les tribunes, quasi vides. Ce Grand Prix Historique ne semble intéresser personne par ici.
Les voitures sont parfaitement alignées, et certaines, déjà victorieuses des courses matinales, sont surmontées d’une généreuse couronne de laurier, comme on n’en a pas vu depuis longtemps… Ça bricole dur, comme chez le Team Lotus qui a, entre-autres F1, aligné la magnifique 49 R2 de Jim Clark. Toutes les 5 minutes un apprenti à polo vert anglais vient lui lustrer les jantes. Pratique on la voit ainsi à des kilomètres.

Je suis accompagné d’un ami, jeune journaliste néerlandais, qui porte fièrement sur le torse l’imposant pendentif en acier de l’Automobile Club de Monaco, qui ouvre les portes de tous les salons VIP. Avec sa chaine métallique on croirait un accessoire de gangsta rapper. Discret, tellement monegasque. Il me fait remarquer que partout où l’on regarde, il y a des vieux messieurs trop bien habillés. Et quelques vieilles dames à sac à main qui les accompagnent. Le GP historique de Monaco à tout de même un furieux côté maison de retraite dorée.

Stars ‘n’ Bar, 12h00
Ah, ici il y a des jeunes filles, ce qui en fait un endroit très fréquentable pour siroter une boisson fraîche. Visiblement, elles ne goutent pas au spectacle, en témoigne leur moues courroucées alors qu’un bolide fait vrombir consciencieusement son moteur durant de longue minutes, sans discontinuer. Les mecs qui les accompagnent ont le sourire d’une oreille à l’autre. Ouf, visiblement ça intéresse quelqu’un ici ces voitures… À moins qu’ils n’admirent les deux sublimes Aston Martin DB4 garées en bout de paddock.

Piscine, 12h30
Course de F3 1600 (71-73), ça bataille ferme, derrière un Emanuele Piro intouchable. Dans la montée de Beau Rivage un retardataire, n’ayant sans doute pas vu le drapeau bleu, ferme la porte à une voiture qui lui prennait un tour. Résultat sans appel : la F3 la plus rapide part en tête à queue les 4 roues en l’air, en tapant chacun des deux murs. Et voilà le pilote qui bondit, court vers l’autre voiture immobilisée – au mépris le plus total des autres bolides qui arrivent à pleine vitesse. Pour secourir l’infortuné retardataire ? Non, lui asséner un bon coup dans le casque avant de s’enfuir piteusement. Derrière moi, Clive Chapman (le fils de…), n’a pas raté une miette de la scène diffusée sur les écrans géant. Le spectacle de ce vieux monsieur belliqueux le rend hilare.

Belvédère, 13h30
Profitant d’un manque de vigilance d’un service d’ordre pourtant ultra-agressif, on réussit à monter au sommet du belvédère, gigantesque terrasse d’observation située au pied de la piscine. Vue imprenable sur une grande partie du circuit, et boissons à volonté : parfait. Plus bas des autos défilent pour les parades, interrompues par les démonstration des deux Auto Union, type C et D. C’est aussi un excellent endroit pour observer que les tribunes ne se sont toujours pas remplies. Pourtant, j’ai le souvenir que deux ans plus tôt, j’ai du faire la queue pour m’asseoir. Que se passe t’il ?

Belvédère, 14h00
Enfin, la course des F1 à moteur arrière de 54 à 65. L’occasion de voir des machines parmi les plus belles conçues pour ce sport, dont une Lotus 25/33, elle aussi engagée par le constructeur – du coup ses jantes brillent tout autant. Le pilote est confiant, deuxième sur la ligne, il se sait plus rapide que la Brabham qui est juste devant lui. C’est l’attachée de presse de Lotus qui nous le dit. Pas de chance , il se rate complètement au départ et perd deux places qui semblent irrattrapables. Pendant que notre amie se ronge les ongles, on observe les voitures défiler sous nos yeux, et celles qui finissent dans les rails, ou au stand en panne. Du coup la Lotus finit deuxième, sans avoir dépassé personne. C’est aussi cela, la course.

Belvédère, 16h15
La course des F1 de 66 à 74 n’est pas aussi intéressante. Si les voitures sont plus rapides, et plus bruyantes, les spectacle est complètement anachronique. La Brabham BT33 de 70, au look très 60′s est intouchable (son pilote est visiblement un habitué à la victoire à Monaco), loin devant les Hesketh et McLaren cunéiformes, bien plus modernes. Ça ne ressemble pas à grand chose. Du coup, on en a assez et on ne reste pas pour la course suivante. À moins que l’on ait un train à prendre, excuse légèrement plus valable.

Amer ? Oui, un peu. C’est vrai que le spectacle ne m’a pas passionné. Entre les stands pas rock’n roll pour un sous, les courses pas si intéressantes, et l’absence totale d’ambiance, on n’était pas gâtés. Sans parler du climat douteux né de la rencontre entre un sport qui est surtout un hobby de vieux messieurs, et une ville où tout tourne autour du m’as-tu-vu. Dommage, car ces mêmes voitures m’avaient bien plus amusées dans l’incroyable décors de Spa Francorchamps il y a quelques années. Vivement la prochaine édition du Mans Classic, pour un vrai show de voitures de courses anciennes !
















texte et photos : Yan Alexandre









Peut être aussi que cette piste est bien trop dangereuse (proximité des rails) pour que les pilotes s’amusent et se lâchent à 100% ? Superbes photos, comme toujours
Wonderful photos! Wish I could have been there