Antisèche : Sbarro
Fils de paysan italien, émigré en suisse à 17 ans, mécanicien dans un garage de campagne, puis chef de la Scuderia Filipinetti, Franco Sbarro va commercialiser ses propres autos sous sa marque, l’ACA Sbarro. Plus qu’un simple designer, il conçoit l’ensemble de ses extravagantes autos lui-même, avec des partis pris techniques toujours plus audacieux et innovants.
Cette antisèche va vous permettre de tout savoir sur ses autos qui nous paraissent les plus intéressantes, avant de découvrir les débuts de ce concepteur hors-normes dans une interview que nous vous proposerons cet été.
Première voiture : La Dominique III
1968, Franco Sbarro est sur le point de s’envoler pour deux mois aux Etats Unis afin de monter les premières Corvettes qui vont s’aligner en course en Europe. Juste avant de partir, il fait la rencontre de Pierre-Yves Mourgue qui lui commande une voiture. À une semaine de son départ il décide de relever le défi et boucle le projet dans le délais, maquette en platre comprise. Séduit, le client commande cette première voiture à porter le nom de Sbarro pour une bouchée de pain.
La coque en polyester cache un moteur 4,7l de Ford GT40 développant 420ch, de quoi en faire une bombe ! Franco Sbarro partira la livrer en Angleterre, la conduisant lui-même. Il souhaitait la montrer à John Wyer, mais celui-ci n’étant pas là il tapa à la porte d’Eric Broadley, le père des Lola T70. Bien lui en pris, celui-ci fut tellement impressionné par l’auto qu’il s’arrangea avec Franco pour que celui-ci lui réalise une version routière de sa T70mk III. Il en sortira 12 autres des ateliers de Sbarro, qui en détient toujours les droit de fabrication.
Quant à la Dominique III, elle sera livrée à Londres, avec quelques éraflures. Elle existe toujours aujourd’hui, son propriétaire actuel souhaitant même la vendre à Franco, pour le quadruple du prix d’origine. Refus net du concepteur qui n’en a que faire.
S’il ne faut retenir que trois choses :
La Stash

Parti livrer une de ses Lola à Monaco, Sbarro rencontre « Stash », a.k.a. Stanislas Klossowski de Rola, jet-setter notoire et fils du peintre Balthus, qui lui demande de re-carrosser sa Corvette. Une nouvelle auto sera commandée : la Stash, motorisée par un 4 cylindre VW, qui sera présentée au salon de Genève 1974, ou elle tombera dans l’œil du couturier Pierre Cardin. Celui-ci, en pleine ascension, imaginera de personnaliser l’auto, à l’image de ce que Courrèges réalisa avec Matra, et d’en commander une dizaine pour ses différents show-rooms. Finalement il n’en réalisera qu’une, avec un intérieur mariant feutre et moquettes multi-colores, ce qui lui assura suffisamment de publicité à son goût. Il sera produit deux autres Stash, l’une à moteur Porsche, l’autre, la Super Stash, découvrable, avec le V8 6,9l Mercedes.
La Windhound

En 1978, réalise pour un client le premier exemplaire de son 4×4, le Windhound. À l’époque c’est un engin réellement extraordinaire, puisqu’à part le Range Rover, il n’y as pas (ou presque) d’autres tout-terrains de luxe. La barre a été placée très haute, Sbarro commençant à se faire connaître par l’excellente qualité de ses réalisations, notamment ses répliques de BMW 328. Le Windhound initial utilise des trains roulants de Fiat Campagnolia et un moteur 6 cylindres BMW. On le verra ensuite participer à la 2e édition du Paris Dakar, où il sera contraint à l’abandon au bout de 3500km suite à un accident. En tout 12 exemplaires seront réalisés, à la carte, avec des châssis et moteurs choisis par leur commanditaires.
Le plus connu est sans doute le Windhawk à 6 roues, réalisé pour le roi Khaled d’Arabie Saoudite, qui cherchait un véhicule pour l’emmener à la chasse à la gazelle. Tout le monde connais ses 3 sièges montés sur vérins hydrauliques, pour tirer par dessus le large toit ouvrant, tout en écoutant la musique diffusée par les hauts parleurs cachés dans les appuis-têtes. Il dispose également d’un réservoir de 240 litres d’eau , de 300 litres d’essence et de frigos, la chasse pouvant durer plus longtemps que prévu…

La Challenge 8
Accusé de manquer d’audace, Franco Sbarro réplique en 1985 avec la Challenge 8, sans doute son oeuvre la plus emblématique, commanditée par le richissime homme d’affaire saoudien Joseph E.Adjadj, un vieux client, comme vous le verrez plus loin. La ligne époustouflante en coin lui procure un Cx de 0,26, alors que de l’appui est procuré par deux ailerons escamotables. L’absence de retroviseur est compensée par la présence d’une caméra de retrovision, dont l’image est diffusée sur des écrans de télévision placés dans les portes, qui peuvent également diffuser la télé ou des vidéos. À peine croyable dans les années 80.
Sous le capot des 6 voitures produites, un V8 Mercedes bi-turbo, accouplé à une boite automatique de Jeep Cherokee et une transmission intégrale, la propulse à 300 km/h. Plus tard, sur commande, seront réalisés deux exemplaires supplémentaires 4 places, 2 roues motrices et mécanique de Porsche 930 turbo.

Actualité : l’Orbital Hybrid
Franco Sbarro nous parle de ce véhicule :
J’ai conçu la roue orbitale en 89, l’année ou Philippe Streiff nous saluait et allais vers son destin. La seule fois que j’ai été associé parce que les brevets coutaient cher, et finalement en 1991 on se dit non, on se sépare, moi je ne t’aime pas, vous êtes dans un autre monde… Ok c’est fini les brevets ne m’appartiennent plus, mais ils n’ont rien foutu. Alors ils m’ont interpellés l’année passé pour faire quand même quelque chose, pour raviver l’intérêt de quelque chose qui n’a plus jamais été présenté. Ca ne me concernait plus, je n’avais presque plus le droit d’en parler, même si j’en étais le père. Maintenant ils me donnent tout, « essayez de sauver les brevet ». J’ai dit, je vais essayer de faire ce que je peux, et j’ai fait l’Orbital Hybrid. Maintenant pour le moment elle a suscité l’intérêt de Delphi, des fondeurs de France et de la Forge de France. Elle va partir, j’ai fait un fourgon qui va avec pour la charger facilement, il va partir 20 fois par ans un peu partout, les universités, les expositions, en Allemagne…pour qu’on parle de leurs métiers a travers un truc attrayant. Parce qu’il y a des pièces forgées dedans, tout ce qu’ils font est dedans, il y a même le nouveau iPod, le nouveau tableau de bord optique et puis une vision tête haute – ça c’est Delphi. En allant sur les campus avec un véhicule attrayant, en projetant leur métier, on pense mieux faire comprendre et attirer des collaborateurs.
Bonus : la Function Car
Réalisée pour Akhram Ojjeh, patron de TAG, et son fils Mansour, à la demande de Joseph E Adjadj, la Function Car est en fait un bureau mobile. Basée sur une Cadillac Eldorado, une traction permettant d’avoir un plancher plat à l’arrière, mesurant plus de 7,20 mètres de long elle embarque un téléviseur, deux téléphones, un frigo, quatre confortables fauteuils et de magnifiques bureaux secrétaires. Du jamais vu. 25 Cadillac furent commandées en vue d’une production en série, mais seuls les Ojjeh père et fils l’utiliseront, avant de la revendre à Franco Sbarro.

La semaine prochaine, nous vous parlerons de la marque Bitter. Non, rien à voir avec l’apéritif.
texte : Yan Alexandre, photos : l’excellent site de Philippe Calvet consacré aux créations de Franco Sbarro















Très bel article grâce auquel on ressent la passion de F. Sbarro pour l’innovation et la concrétisation de l’extraordinaire …
Globalement, a part la Stash qui ressemble à une Ferrari 308 GT4, tous cela est tres laid.
[...] est le résultat de la collaboration entre Pierre Cardin (qui fricota avec Sbarro pour la Stash) et l’architecte Antti Lovag dans les années [...]