Chaque kilomètre parcouru sur la N59, de Galway en direction de Clifden, voit le paysage devenir de plus en plus sauvage alors que l’on s’approche de la côte ouest de l’Irlande. Mon objectif : rejoindre la Sky Road, une route considérée comme la plus belle du Connemara. De tout le pays aussi, en fait. Les maisons se font de plus en plus rares, remplacées par quelques fermes isolées. Le décors prend peu à peu les couleurs jaunes des herbes battues par le vent de la mer, et brunes de la tourbe, alors que la chaussée se dégrade de plus en plus.

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Une heure plus tôt, je prenais possession des clés de l’Audi A1 quattro dans un parking à étages du centre ville de Galway, et à ma grande surprise, m’extirpais de la ville sans le moindre problème. Moi qui m’attendais à une descendante spirituelle des quattro du groupe B, sorte de stradale capricieuse des temps modernes, j’en ai eu pour mon grade. Toute sportive « extrême » qu’elle est, l’A1 quattro reste avant tout une Audi, et sait contenir sa fougue avec une politesse qui ferait passer une jeune fille de bonne famille pour une dépravée.  La même retenue discrète est appliquée à sa présentation extérieure : comme toute Audi sportive moderne, elle sait se montrer démonstrative en en faisant le moins possible.

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Oui, son bouclier est percé d’une énorme prise d’air inférieure ; oui, elle reçoit des bas de caisses spécifiques, et son « diffuseur » arrière est traversé par deux imposantes sorties d’échappement ; oui, ses ailes élargies accueillent d’immenses jantes, et son aileron posé au sommet du hayon est conséquent ; mais l’ensemble reste malgré tout sobre, à des années lumières des efforts m’as-tu-vu que déploient toutes ses concurrentes (jetez donc un œil à la Mini Cooper JCW GT, maquillée comme un camion violé).

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Mieux, ses détails stylistiques évoquent délicieusement les grandes heures du rallye. Ses jantes turbine, que l’on pensait ringardes à jamais, ravivent glorieusement la flamme des années 1980, et le bandeau noir qui court entre ses feux et l’aileron proéminent rappellent subtilement l’arrière de l’Audi quattro S1 du Gr.B. Exclusivement blanche et dotée de pareils atours, l’A1 quattro est un véritable headturner, sans donner l’impression d’avoir pioché dans un catalogue accessoires aftermarket de mauvais goût.  3e étage du parking en béton, je presse le bouton de démarrage, et à ma grande désillusion, la pétarade des échappements du monstre de rallye que m’évoque l’A1 ne se déclenche pas. Non, la tonalité est discrète. Le moteur, froid, claquerait presque. Pourtant, les premières manœuvres soulignent un caractère trempé : la direction est ferme et directe, la suspension sèche, et – presque une surprise – un levier de vitesse au débattement précis émerge d’entre les sièges, là où on s’attendait à voir la commande d’une boîte DSG.

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À la lumière du jour apparaissent les spécificités de l’habitacle de l’A1 quattro, qui à celui d’une A1 haut-de-gamme ajoute deux sièges « genre baquet », un volant sport à méplat sur lequel brille une plaque indiquant « 1 of 333 » comme le nombre d’exemplaires de cette série très limitée, un pédalier couvert de métal, un compte-tour à fond rouge et enfin, dressé fièrement tel un sceptre royal, un levier de vitesse au pommeau en aluminium finement ouvragé, directement issu de la GT Audi, la R8. Ambiance sport chic et luxe feutré, sérieuse mais suggestive. Dans les rues de Galway, la voiture se glisse avec la facilité de n’importe quelle citadine sportive. Je commence à me demander si le caractère extrême de cette A1 n’est pas que fantasme.  Sous sa carrosserie, pourtant, les modifications apportées sont bien plus conséquentes qu’il n’y paraît. Adapter le moteur de l’Audi TTS (un 2,0l Turbo, ici dégonflé de 272 à 256 ch) est une chose, reprendre le train arrière du coupé et sa transmission dans une A1 qui n’avait pas été initialement conçue pour devenir une quattro en est une autre : 600 pièces sont spécifiques. Je vous met au défi de le remarquer, on ne fait pas dans le bricolage hâtif chez Audi.  Retour sur la N59. Un premier coup sec dans les reins, alors que le trafic se clairsème, rappelle que le réseau routier britannique n’est pas vraiment conçu pour la vitesse.

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Et ce n’est qu’un début. Il va falloir se cracher dans les mains pour dépasser une à une la file des voitures qui suit au ralentis le même trajet que nous. Pas de problèmes de puissance : un rapide rétrogradage catapulte l’A1 quattro qui montre enfin son vrai visage et se met soudainement à donner de la voix – enfin surtout pour les autre, de l’intérieur, on n’entend malheureusement que le strict minimum. Une voiture avalée, l’aiguille du compte-tour s’est envolée vers la zone rouge, je repasse le rapport supérieur avec le levier aussi agréable au toucher que neutre en sensations, une deuxième voiture de dépassée et le tachymètre affiche maintenant une vitesse inavouable, qui continue de croître. C’est maintenant qu’il s’agit d’être concentré, avec ses suspensions sèches et son empattement minuscule, l’A1 sautille brutalement sur la « nationale » au revêtement pourri. La troisième voiture est oubliée juste avant le virage, et je ralentis aussitôt, non pas pour rester sur la route, mais plutôt pour soulager mes vertèbres et les jointures de mes doigts, crispés trop longtemps sur le volant. Qu’est ce que ça va être sur les routes secondaires…

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Clifden enfin. Le village est mignon, mais ce n’est pas l’heure de s’arrêter, car c’est de là que part la Sky Road. Les Sky Roads pourrait t-on dire, car la route se divise en trois parties, trois routes parallèles qui explorent chacune d’une autre façon la langue de terre qui lèche la mer en partant de la ville : la Low Sky Road longe la mer par le sud, se trainant entre les maisonnettes, la Beach Road suit la baie par le nord, et enfin la Sky Road qui passe entre les deux, en se tortillant par les sommets. Notre choix se porte bien évidement sur cette dernière.

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La chaussée est étroite et bosselée comme il se doit. Si les bas-côtés sont accueillants, la tourbe gorgée d’eau n’est jamais loin, et il n’y fait pas bon d’y laisser trainer quoi que ce soit. N’oublions pas vaches, chevaux et moutons en totale liberté, et quelques locaux en goguette sur une route qui est l’une des attractions de la région. Voila un cocktail qui oblige à la concentration. Pied au plancher, donc. Sur cette route digne d’une spéciale de rallye, l’A1 quattro semble définitivement dans son élément. Vive et précise, elle avale les virages avec gourmandise, bien aidée par sa transmission intégrale lorsque les roues avant perdent de l’adhérence (système haldex). Je saute d’une courbe à l’autre, me sentant l’âme d’un pilote de rallye, dans cette voiture jamais brutale mais toujours amusante, exigeante mais pas piégeuse, sorte de jeu vidéo réel où l’on imagine mal le couperet du game over tomber.

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La première partie de la route est une véritable montagne russe : la route alterne brutalement montées et descentes, entrecoupées de virages serrés, tout en prenant progressivement de la hauteur. Ce n’est qu’accélérations rapides et freinages appuyés, faute de pouvoir savoir ce qui se cache derrière chaque courbe, sur une route où se croiser implique d’être à l’arrêt. Ça tombe bien l’A1 quattro accélère et freine très bien, et longtemps. Puis, soudain, au hasard d’un énième virage, l’Atlantique apparaît, constellé de petites îles. La vue est à couper le souffle. Un parking accueille les quelques touristes venus là. Je ne ralentis pas. La route descend ensuite vers un plateau où la vue est bien dégagée, permettant d’exploiter l’A1 quattro à sa pleine mesure.

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En maintenant constamment l’aiguille dans les tours, au régime où les échappements éructent joyeusement, l’A1 est un jouet diabolique, parfaitement dimensionné, en gabarit et en puissance, pour la tortueuse Sky Road. Sa prise en main d’une facilité déconcertante permet d’adopter rapidement un rythme très soutenu. Presque trop. À un embranchement je choisis de prendre une étroite route filant vers l’horizon, à peine plus large que la voiture, et dont l’asphalte âgé commence à perdre sa bataille contre l’herbe, la terre et les graviers. La ligne droite est kilométrique et je fonce en corrigeant en permanence le cap, les roues avant n’étant jamais loin de la végétation, que ce soit sur les côtés ou au milieu de la route. Je lâche la pédale d’accélérateur à l’abord d’une soudaine butte. Pas assez ? La voiture s’allège soudainement avant de s’écraser sur son train avant. Juste le temps d’écraser les freins tout en tentant de garder le cap : derrière la bosse, la plage.

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Piquer une tête ? Il n’en est pas questions, je tente maladroitement de repartir de l’impasse en faisant partir la voiture à 180° sur la terre, bien mal aidé par la transmission intégrale et l’ESP que je n’ai pas déconnecté. C’est désormais chose faite, ce qui permet en outre de faire des départs cannons, puisque l’électronique bride en temps normal le régime à 4000 tr/min lorsque la voiture est à l’arrêt. Me voilà donc reparti de plus belle en sens inverse, car j’ai une idée derrière la tête : essayer l’A1 quattro sur un terrain plus en accord avec ses gênes de voiture de rallye à quatre roues motrices.

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Le regard noir des touristes, toujours placés sur le parking à mon retour, me rappelle que l’échappement est bien plus sonore dehors que dedans. Tant pis pour l’observation des oiseaux, il reste pour eux les vaches, impassibles. Je continue de plus belle, j’ai repéré un embranchement intéressant, qui permet de prendre encore plus de hauteur, au delà des sommets de la Sky Road. Nous y sommes, je m’engage vivement dans la large montée, déserte. Le niveau sonore monte d’un cran : des centaines de pierres et de graviers décident de frapper les soubassement de l’A1 de concert. Pas question de ralentir sur cette route en terre, il est temps de vérifier ce que quattro veut dire.

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Premier virage, l’A1 décroche à peine, replacé d’un mouvement sec du volant. Un embranchement, je tente à gauche et me retrouve dans une carrière abandonnée où les débris divers empêchent toute tentative de gymkhana entre les carcasses de pelleteuses, dommage. Petit pause contemplative, et je repars de plus belle vers le sommet. L’A1 quattro s’arrache littéralement à la terre, ses quatre roues mitraillant le chemin de toutes les pierres qu’elles rencontrent. Une autre virage rapide, l’Audi se place parfaitement, sans surprises, avec une neutralité stupéfiante. Les quatre roues décrochent en même temps, proprement, avant de retrouver de l’adhérence et propulser vigoureusement la voiture en avant. Absolument addictif. Dangereux même, car je sens monter en moi cette euphorie qui me fait sur-conduire. Un dernier virage en devers, ou la glissade s’interrompt à quelques centimètre du vide me le rappelle brutalement à l’ordre. Du calme.

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D’autant plus que nous sommes arrivés au sommet. Je coupe le moteur, et peut descendre admirer le panorama. Le soleil se couche sur l’Atlantique, un cheval blanc se promène en contrebas, les échappement de l’Audi cliquettent et le panache de poussière, rendu orange par la lumière, retombe doucement sur la Sky Road. C’est beau, l’Irlande.

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VISUAL ATTRACTION 6 TWIGGS

On ne peut pas objectivement dire que l’A1 soit une belle voiture, mais un certain sens de la perfection formelle s’en dégage. Le bodykit de cette version quattro est juste parfait de suggestibilité et de glorieuses évocations.

MECHANICAL THRILLS 7 TWIGGS

Le montage d’un moteur surdimensionné à une frêle citadine est toujours un grand moment. 265 ch, c’est beaucoup pour une A1 et le moteur est facile à exploiter. Lui manque juste un peu de rage.

HANDLING 9 TWIGGS

L’A1 quattro est un joujou extra, que ce soit sur asphalte ou sur terre. Et facile à prendre en main avec ça.

CLASSIC APPEAL 10 TWIGGS

333 exemplaires (tous vendus), c’est moins que de Ferrari F40, de F50, d’Enzo ou de LaFerrari. Bref un collector absolu. D’autant plus que la voiture est proche de la perfection, et pas juste un bricolage hâtif.

BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 6 TWIGGS

Elle ne perd rien de son air innocent de souris des villes, et ne grève qu’à peine son confort. Reste à trouver un girl qui aime le blanc, et d’allumer le moteur qu’une fois celle-ci montée à bord, pour ne pas lui faire peur.

BLENHEIM FACTOR 8 TWIGGS

L’A1 quattro est une des voiture avec laquelle nous avons pris le plus de plaisir instantané ces dernières années. Sérieuse et discrète comme doit l’être une Audi, elle dispose en plus d’une qualité qu’affichent rarement les voitures de la marque : elle est authentiquement amusante, sans se prendre la tête. Ne lui manque qu’un tempérament un peu plus déluré et imprévisible pour recevoir l’intégralité de nos suffrages.

Vidéo produite par le Gong Club pour the Blenheim Gang, image : Pierre Sautelet, montage : Denis Camelin

AUDI A1 QUATTRO
L’A1 quattro est une des voiture avec laquelle nous avons pris le plus de plaisir instantané ces dernières années. Sérieuse et discrète comme doit l’être une Audi, elle dispose en plus d’une qualité qu’affichent rarement les voitures de la marque : elle est authentiquement amusante, sans se prendre la tête. Ne lui manque qu’un tempérament un peu plus déluré et imprévisible pour recevoir l’intégralité de nos suffrages.
VISUAL ATTRACTION6
MECHANICAL THRILLS7
HANDLING9
CLASSIC APPEAL10
BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY6
BLENHEIM FACTOR8
7.7Note Finale
Note des lecteurs: (2 Votes)
8.7

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

6 Réponses

    • Yan Alexandre Damasiewicz
      Yan Alexandre

      Nous ne photographions plus les moteurs depuis qu’ils sont recouverts de plaques en plastique noir. Nous avons soulevé le capot de l’A1 quattro, nous n’y avons strictement rien vu d’intéressant et l’avons vite refermé…

      Répondre
  1. Thomas

    Cet article contraste incroyablement avec le premier avis publié sur l’A1.

    Répondre

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