L’art de la reprise est malaisé : il faut réussir à s’approprier le titre sans le trahir ou, au contraire, en prenant le contre-pied total. Et il ne faut pas se tromper d’approche sous peine de gadin monumental.
Les Beatles ont été mangés à toutes les sauces

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Souvent indigestes, voire vomitives (écouter les horribles versions disco flatulées par les Bee Gees à l’occasion du film raté Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band sorti en 1978 ou encore l’album Les Beatles en Zouk sans avoir de hauts le cœur est un exercice quasi-impossible), il existe quand même quelques reprises intéressantes, soit qu’elles sont réussies, soit, au contraire, qu’elles sont totalement décalée et en deviennent franchement amusantes.
En voici quelques exemples.

Joe Cocker, I’ll Cry Instead



Tout le monde connait la version de With A Little Help From My Friends que Joe Cocker interpréta sur la scène de Woodstock (puis partout ailleurs ad nauseam). Mais on sait moins qu’en septembre 1964, le premier single de l’ami des chiens fut cette reprise de I’ll Cry Instead. Cette version est un peu plus énergique que l’originale et est bien dans le style Ryhtm’n’Blues à la mode à Londres à cette époque. C’est le tout jeune et déjà virtuose Jimmy Page qui grattouille derrière. Malgré une grosse promotion de Decca, mettant en avant le côté working-class-hero du futur gros barbu seulement gras à l’époque, ce single fut un flop et le contrat avec le label pris fin avant que 1964 laisse la place à 1965. Il faudra quelques années à John Robert Cocker pour se remettre (c’est son vrai nom).

Breeders, Happiness Is a Warm Gun



Sur Pod, le premier alboum des Breeders, produit par Steve Albini, enregistré en Ecosse et sorti en 1990, on trouve cette version habitée de Happiness Is A Warm Gun. L’ambiance est assez similaire à l’originale mais les arrangements sont résolument différents, une belle réussite d’appropriation sans trahison. A croire que les Breeders en connaissent long sur les seringues chargées alors que Kelley Deal, soeur de Kim et junky avérée, ne fait même pas encore partie du groupe…!

Elliot Smith, Because



En 1998, Elliot Smith enregistre cette version de Because pour le générique de fin du film American Beauty. C’est sa deuxième participation en deux ans au monde du cinéma, la première étant Miss Misery pour le film Will Hunting. Mais revenons à notre mouton pratiquement liverpudlien : l’intro accapella de ce Because est particulièrement réussie et sonne même mieux que l’originale. Dommage que la suite orchestrée soit trop proche de la version des Fab Four… Mais quelle(s) voix cet Elliot ! Et quel talent ! (je vous renvoie vers cet excellent article pour plus de détails sur la bête).

Starshooter, Get Baque



En 1978, Stasrhooter est un groupe punk et les punks conchient les Beatles. Avec cette reprise irrévérencieuse de Get Back, le groupe français le prouve et il mérite bien son nom : « bang! prend ça dans ta face ». Vous noterez l’accent tout à fait convaincant de Kent sur cette chanson.
A l’époque, Starshooter est chez EMI qui possède également le catalogue des Beatles et le label n’apprécie pas beaucoup la blague : le single est retiré du marché après une semaine. Joli coup de pub pour le petit groupe dont c’est le second quarante-cinq tours.

Sodsai Chaengkij, Lady Madonna



J’ai gardé le meilleur pour la fin.
Trouvé sur une compilation Thai Beat A Go-go, cette reprise de Lady Madonna est tout simplement hilarante. La production est totalement primaire, l’orchestration est plus que basique (un orgue et une batterie, c’est tout, merci, pas besoin de plus) et le solo de bouche est juste à côté de la plaque : un bijou ! Je ne sais pas qui est Sodsai Chaengkij, à part qu’elle était une star du show Lolita Night Club à l’hotel Rajdamnoen Avenue de Bangkok dans les années soixante, mais elle mérite le titre de reine de la reprise sinon mondial au moins asiatique, merci à elle.

Autres reprises à écouter

Help! par les Damned, face B du premier single punk anglais de la vie de la mort :

Run For Your Life par les Headcotees, du Beatles girly façon Billy Childish :

Within You Without You par Oasis se rapproche de Tomorrow Never Knows et c’est une bonne nouvelle :

I Am The Walrus par les Flaming Lips, en direct-live, avec effets spéciaux à la bouche et basse fuzz, ça déchire les tympans, c’est génial :

I Wanna Hold Your Hand par Al Green, comment transformer une bluette un peu ringarde en soul habitée :

She Said She Said par les Black Keys, surtout parce que c’est un de mes morceaux préférés des Fab Four. Mais la transformation d’un morceau acid en morceau blues est intéressante :

A propos de l'auteur

Enfant, Regaloeb écoute Georges Brassens, Guy Béart et, surtout Charles Trenet. A 9-10 ans, il découvre les Beatles, les Beach Boys, les Kinks et les Who et il adore ! De mauvais choix esthétiques l'amènent ensuite à écouter Kiss mais heureusement pour lui, à l'été 1978, son grand frère va en vacances en Angleterre et il revient avec les Jam et les Buzzcocks ! Alors, c'est la folie punk/new wave/mods anglaise avec les Stranglers, les Undertones, Joe Jackson, Elvis Costello, XTC, les Lambrettas, Generation X, le grand retour du ska avec Madness, les Specials, les Selecters. Il y a aussi les Dogs, Edith Nylon, Marie et les Garçons, Ultraviolet, Oberkampf ou Métal Urbain pour le rock français. Mais trop rapidement, les années 80 naissantes laissent un goût amer avec toute cette daube-variétoche-électronique-danse-TOP50 comme Wham ou Dépeche Mode et le retour en force des horribles hard rockers avec AC/DC, Iron Maiden ou Europe. Regaloeb se tourne alors vers le 60's punk grâce aux premières compilations EVA. Depuis, à part quelques retours au monde moderne pour Blur, Nirvana, QOTSA ou les Libertines, il reste globalement bloqué entre 1964 et 1968 !

2 Réponses

  1. Balthazar

    Dans les reprises des Beatles, celle de « I Want You » par Eddie Hazel vaut particulièrement bien le détour.

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  2. Regaloeb

    ARK! Pas d’accord.
    Eddie Hazel a conservé tous les mauvais côtés de cette chanson et a oublié la hargne de Lennon.
    Berk.

    Répondre

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