MAGAZINE

Bentley Design Boys

Publié par le 24/11/2009 – 12:481 Commentaire

091124-design_bentley_01

Dans notre quête pour tenter de comprendre ce qui fait l’âme d’une voiture anglaise, notre chemin a croisé celui de deux Bentley Boys : Raul Pires et Robin Page, respectivements directeurs du style extérieur et intérieur de la marque. Ils ont accepté de répondre à nos questions et évoquer la nouvelle Bentley Mulsanne.

Blenheim Gang : Qu’est ce que c’est une vraie voiture anglaise ?

091124-design_bentley_41

Raul Pires : C’est une question piège ! Je pense que si vous posez cette question à cinq personnes différentes, cinq designers, vous aurez cinq réponses différentes. C’est vrai même au sein de notre studio, ou nous avons des personnes de différentes nationalités.
Ça fait maintenant dix ans que je travaille pour Bentley : j’ai commencé par designer des voitures pour VW Brésil, puis j’ai rejoint l’Allemagne, travaillé avec Skoda, avant de rejoindre Bentley en 1999. J’ai donc dû apprendre ce qu’est l’esprit anglais, et je pense qu’il y a – surtout chez Bentley – une combinaison assez unique entre le luxe et le sport automobile. La culture du sport automobile est très forte en Angleterre, toutes les équipes de Formule 1 y sont implantées par exemple, même Renault est là ! Il y a plein de circuits à la campagne, et des courses tout le temps. Mais dans la culture automobile britannique, il y a aussi le luxe. Dans ce domaine, pour le design extérieur, une des choses les plus importantes ce sont les proportions. Si vous regardez les Bentley classiques elles ont un avant très long tout en ayant une attitude très « relax » : un long nez, la cabine sur l’arrière, de très belles proportions. Pendant les années 50 et 60 nous avions des carrosseries avec de très beaux muscles, comme sur la Continental Type R, des surfaces très sculptées. Ces voitures mélangent toujours des surfaces très sophistiquées avec énormément de chromes, en terme de langage de design c’est ça mon idée de la voiture anglaise.

091124-design_bentley_41

Robin Page : C’est un mélange d’influences modernes et traditionnelles. Pour nous le luxe anglais c’est combiner des éléments modernes comme l’éclairage, la bijouterie, le design de mobilier, mais aussi des éléments traditionnels comme l’artisanat. Par exemple quand vous ouvrez la porte d’une voiture anglaise ancienne vous pouvez voir l’épaisseur du bois dans la portière, vous avez des joli compteurs avec des d’élégantes aiguilles et aussi les matériaux naturels comme le verre et le bois. Ce sont les éléments que nous voulons mélanger avec des influences modernes pour donner l’ambiance d’une voiture britannique, d’une Bentley.

B.G. : Et une Bentley, c’est quoi ?

091124-design_bentley_81

091124-design_bentley_80

Raul Pires : Vous avez chez Bentley un côté très luxueux mais vous avez aussi le sport automobile. Il n’y a aucune autre fabriquant au monde qui peut fabriquer une limousine de luxe pour la Reine d’Angleterre, la State Limousine, et l’année d’après gagner le Mans (ndlr : en 2002), et nous, nous l’avons fait. Une seule entreprise, avec la même philosophie, pouvez-vous imaginer ça ? Notre travail est de trouver le bon équilibre entre ces deux univers pour nos voitures.

091124-design_bentley_35

Prenons un exemple : nous avons lancé la Continental GT, elle est positionnée au milieu, avec une ligne à la fois élégante et sportive. C’est un coupé Grand Tourer, donc très orienté sur le coté compétition de la marque. À l’intérieur vous avez des formes très modernes, sportives, mais vous avez aussi l’élégance du bois, du cuir, et ce qui est très important vous avez beaucoup d’espace. Nos voitures ne seront jamais comme des Lamborghini, il ne faudra jamais se contorsionner pour s’y installer. Nos voitures peuvent êtres conduites tous les jours pour aller au travail, mais si vous voulez aller rouler sur circuit, ou à 300 km/h, vous pouvez le faire. L’équilibre est là.

091124-design_bentley_36

091124-design_bentley_60

Pour la Continental GT Supersport nous sommes allés plus loin du côté de la compétition : les suspensions sont plus dures, les sièges sont des baquets, donc il y a moins de confort, plus de sport. Elle fait le 0 à 100 est en 3,7 secondes, c’est méga rapide ! De l’autre côté du spectre vous avez la Mulsanne…

B.G. : Ça me fait penser aux Grand Tourismes des années 50 ce que vous me décrivez

Raul Pires : Ça remonte même à plus loin que ça. Vous savez quand Bentley a gagné Le Mans dans les années 20, les voitures étaient préparées en Angleterre, puis tous les Bentley Boys montaient dedans, traversaient la Manche, conduisaient toute la journée, puis couraient pendant 24 heures, gagnaient la course, mettaient les trophées à l’arrière et revenaient avec la même voiture. Pouvez-vous imaginer une chose pareille ? C’est incroyable !

091124-design_bentley_73

B.G. : Revenons à la Mulsanne que vous évoquiez. Est-elle un driver-owner, ou une voiture avec chauffeur ?

Robin Page : Pour nous une Bentley est les deux. Les clients veulent conduire la voiture et y prendre plaisir, mais dans des occasions spéciales ils voudront être conduits pas un chauffeur. Ce qui est important c’est que quand vous conduisez la voiture on ne doit pas vous prendre pour un chauffeur ! Comme l’a dit Raul, peu de gens peuvent faire une voiture pour la Reine et gagner Le Mans. C’est pour ça que nos clients aiment la voiture, ils peuvent la conduire, mais peuvent aussi avoir un chauffeur. C’est important pour nous, il y a beaucoup de place à l’arrière, mais le tableau de bord aussi est très orienté sur le conducteur : il n’y a pas de punition à être à une place ou une autre, à chaque fois c’est une célébration.

091124-design_bentley_12

091124-design_bentley_33

Raul Pires : Le pillier B est pile au milieu de la voiture, ça ne donne pas l’impression que c’est une limousine. Si vous voyez ce que j’appelle ses « hanches », c’est comme une sculpture, c’est ce qui donne les muscles de la voiture, elles amènent le caractère de la voiture, font le lien entre le luxe et le sport. On voit que c’est une voiture de luxe, mais elle est liée à un univers sportif, avec un caractère masculin. C’est très sculptural, sexy, cela indique que la puissance vient de l’arrière.

Toutes nos voitures ont un dessin lié aux roues, je vais vous montrer. La Continental GT est comme cela, vous avez deux lignes : celle de puissance à l’avant et celle des hanches à l’arrière niveau là. C’est la ligne de base de la GT.

091124-design_bentley_66

La Mulsanne, elle, a un avant plus vertical, et une seule ligne qui parcours toute la longueur jusqu’aux hanches.

091124-design_bentley_02

Ces deux types de dessins font partie de notre héritage. Sur la GT, comme tous les coupés il y a deux lignes, sur les berlines, une seule.

Robin Page : Des les premiers dessins de la Mulsanne, nous voulions créer un living-room, entouré par un anneau de bois, comme le cadre d’un tableau. Ça permet également de personnaliser la voiture en jouant avec les marqueteries. On joue sur les contrastes, il y a par exemple au milieu du tableau de bord, dans le panneau en bois, l’écran de la navigation, mais aussi un dock Ipod, donc vous pouvez prendre votre musique, votre téléphone, tout ça englobé dans une belle pièce de mobilier. Nous voulions aussi un éclairage dans les portes et dans le toit pour que l’utilisateur se sente toujours dans un environnement agréable…

091124-design_bentley_11

B.G. : Donc c’est toujours une question de mélanger technologie et tradition ?

Robin Page : Oui. Nous devons créer des formes modernes tout en réfléchissant au travail de l’artisan. Nous créons des surfaces complémentaires aux matériaux avec lesquels nous travaillons. Vous pouvez voir l’épaisseur du bois sur le cadre, c’est un design moderne dans lequel nous emmenons notre héritage.

B.G. : Et le volant, il n’y a pas de bois dessus ?

Robin Page : Vous pouvez avoir du bois sur le volant, ou l’avoir en deux tons. Certains clients préfèrent avoir du cuir, d’autres du bois. On peut également jouer avec le bois sur les portières, avec des motifs en marquetterie par exemple. Le client peut jouer avec les possibilités offertes par nos artisans pour créer un intérieur unique, c’est une des possibilités offerte avec cette voiture.

091124-design_bentley_10

B.G. : Pendant des décennies, Bentley et Rolls-Royce étaient ensemble, et les Bentley étaient très proche des Rolls. Comment dans ces conditions définir l’ADN de la marque ?

091124-design_bentley_70

Raul Pires : La plupart des voitures, surtout depuis les années 60 étaient des Rolls avec une calandre Bentley.

B.G. : Mais ces voitures sont elles une influence pour vous ?

091124-design_bentley_72

Robin Page : L’influence principale est avant-guerre. Nous avons pris comme influence le design de certaines Bentley de cette époque. Il y a ensuite des voitures clés comme la Continental Type R. À cette époque, Bentley et Rolls-Royce créaient des châssis, habillés ensuite par les carrossiers. Certains faisaient des Bentley très typées, mais la plupart faisaient des Rolls-Royce et changeaient ensuite la calandre et le badge. Nous devions choisir les meilleures des voitures de cette époque pour comprendre la continuité de l’héritage Bentley. Un des éléments le plus important par exemple, était la forme des phares. Pour la Mulsanne nous somme partis dans les années 30, la compétition, là où est le vrai héritage Bentley.

091124-design_bentley_31

Raul Pires : Vous-vous rappelez du lancement de la Continental GT ? Nous avions fait un parallèle avec le profil de la Continental Type R, voilà où nous puisons notre inspiration. Aujourd’hui nous pouvons dessiner enfin de vrai Bentley. Chez Rolls-Royce ils ont fait évoluer leur design qui est très classique, plutôt simple. Nous, nous avons pu revenir à nos racines, vers le sport. Nous avons plus de formes, et des voitures plus agréables à conduire.

091124-design_bentley_71

B.G. : Comment les choses ont changé depuis que vous êtes avec Volkswagen ? Est ce que cela a changé le processus de design ?

Robin Page : Avant c’était toujours difficile quand nous allions voir un fournisseur, nous leur disions que nous voulions tel interrupteur, ils nous demandaient pour combien de voitures, on leur répondait 2000, et ils refusaient généralement… Nous avions du mal à avoir les meilleurs fournisseurs. Volkswagen nous a ouvert leurs portes, et ce même si nous demandions des petits volumes, cela ne leur posait pas de problème grâce à l’appui du groupe. Cela signifie que maintenant nous avons la meilleure technologie, et la plus récente. Par contre Volkswagen nous a laissé faire de l’artisanat, sans interférer avec nous. Le team de design est resté en Angleterre pour créer ce que nous pensons être une Bentley, sans l’influence de leur studio de design. C’est très bien.

B.G. : Vous êtes donc complètement libres de ce côté là ?

Robin Page : Oui. Tout est fait en Angleterre, depuis les dessins, les maquettes en clay. Quand nous avons fini, nous soumettons la maquette finale au groupe, mais c’est très rare qu’ils changent quoi que ce soit. Tout est fait en interne.

B.G. : Alors cette Mulsanne, c’est un nouveau départ pour Bentley ?

Robin Page : C’est une voiture très importante pour nous. La première Bentley complètement nouvelle depuis les années 30. C’est la Bentley ultime. De nombreux clients l’attendaient, ils sont très excités à son propos.

091124-design_bentley_20

B.G. : Est-ce une concurrente directe de la Rolls-Royce Phantom ?

Robin Page : Je pense que les gens trouvent la Phantom trop arrogante. La beauté de la Mulsanne est bien plus subtile. Nos clients sont plus à l’aise avec ça quand ils conduisent. Puis une Rolls-Royce est vraiment une voiture pour laquelle il vous faut un chauffeur. La Bentley est à part sur le marché puisque vous pouvez aussi la conduire. Si nos clients connaissent les qualités de la Phantom, ils apprécient surtout les Bentley pour cela.

B.G. : Y aura t-il un coupé et un cabriolet comme sur l’Arnage ?

Robin Page : Cela fait partie de l’histoire des Bentley, mais c’est trop tôt pour savoir quand des variantes verrons le jour.

B.G. : Pour conclure cette interview j’aimerais savoir quelle est, pour vous, la plus anglaise de toutes les voitures ?

Raul Pires : C’est une question presque impossible ! Voyons, la voiture qui me fait le plus penser à l’Angleterre serait la Jaguar type E.

Robin Page : J’ai toujours aimé la Jaguar type E. J’ai travaillé avec Jaguar avant, et j’ai toujours pensé à la type E comme la vraie voiture anglaise. Mais il y a aussi les Bentley de l’époque Cricklewood : les Bowlers.

B.G. : Et une personnalité qui définirait le plus la marque Bentley?

091124-design_bentley_50

Robin Page : Les Bentley Boys, et plus particulièrement Tim Birkin (ndlr : vainqueur au 24h du Mans 1929 et 31). Ils étaient si extravagants ! C’étaient de riches hommes d’affaires, qui pilotaient des voitures en course juste pour le plaisir. Leur esprit, et leur passion nous influence beaucoup.

091124-design_bentley_51

Raul Pires : W.O. Bentley, le fondateur de la compagnie. Nous essayons toujours de suivre la philosophie qu’il a instauré dès le début de la marque. Nous l’appliquons toujours aujourd’hui !

091124-design_bentley_34

091124-design_bentley_30

interview réalisée par Yan Alexandre

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

1 Commentaire »

Laissez un commentaire !

Ajouter votre commentaire ci-dessous, ou un trackback depuis votre propre site. Vous pouvez aussi vous abonner à ces commentaires via RSS.

Soyez polis, restez sur le sujet, et pas de spams, merci !

Vous pouvez utiliser ces tags:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Vous pouvez utiliser votre Gravatar sur ce blog. Pour avoir votre propre avatar, enregistrez vous sur Gravatar.