Blenheim Coupe des Alpes #1 – part 1

Début septembre, quelques membres du Blenheim Gang se sont élancés sur les routes de la première Blenheim Coupe des Alpes, un événement qui désormais aura lieu chaque année, et que nous allons largement vous présenter. Dans ce premier épisode, Giovanni nous raconte comme il a vécu ce rallye résolument unique.
Day 0 / La Nationale 7: La route de tous les dangers.
5 Septembre, 8h10 AM. La rosée de mon pare brise indique un dimanche très matinal. Rapide coup d’œil à ma montre, je dois être place de la république dans moins de 20 minutes. Mais après 10 minutes de flirt avec les limites de la légalité, me voila arrivé au point de RDV, et je constate que je ne suis pas le seul à avoir été victime des excès de la veille. Tant mieux, cela me laisse un répit de relaxation de quelques minutes, que j’utilise volontiers pour me plonger dans les nuages le temps d’un instant. C’est alors qu’une vision peu commune vient troubler mon champ de vision devenu flou : un point rouge dans la grisaille parisienne. Le temps de refaire surface, je découvre ce qui va nous servir à rouler ces prochains jours : une Miata première série – celle avec les pop-up – dans une livrée rouge immaculé. Cool. Ce Trip des Alpes s’annonce sous les meilleurs auspices.
C’est par la Nationale 7 que nous décidons de prendre la route. En effet, comme tout bon road trip qui se respecte, l’autoroute est exclue du programme. Et oui : nous, au Blenheim Gang, nous laissons les voies rapides aux propriétaires de Scénic diesel, vous savez, ceux qui veulent, sans raisons apparentes, arriver plus vite à la Grande Motte en écoutant la CD d’Henri Dièse. Et puis, il faut tout de même reconnaître qu’il est plus amusant de repérer sa position kilométrique au moyen des bâtiments et hôtels qui longent la nationale grâce a leurs noms très recherchés (comme le « Le Bazar du kilomètre 122 » ou « Hotel des 200 », entre autres) que par les panneaux d’autoroute sur fond bleu, plantés tout les 20 kilomètres entre deux pompes a fric.
Mais il y à une autre forme de savoir vivre sur les nationales de France : celui de ces nombreux restaurants si typiques implantés le long de la route, et son lot de vieilles stations réhabilitées de façon plus ou moins adroite. Ainsi, il n’est par rare de croiser ce genre d’établissement pour le moins original :

Mais tout ceci nous à donné faim, et nous arrêtons notre choix sur un des quelques 4 étoiles qui longent la N7, comprenez par là un de ces restaurants qui à de véritables murs en briques, à l’opposé des autres établissements nomades ou préfabriqués.
C’est donc rassasiés d’une spécialité locale (une formule entrecôte-sauce forestière / frites + café) que nous reprenons notre trajet, accompagnés du soleil qui nous caresse délicatement la nuque, et des étendues de verdure défilant sous nos yeux. Mais le temps défile aussi vite que le paysage, et c’est sans s’en rendre compte que la nuit commence à pointer le bout de son nez, nous offrant de par la même un spectacle étoilé sans égal. Vive la décapotable.
C’est en traversant Montélimar que nous décidons de faire une pause diner on the place to be de la ville, à savoir une petite place mignonnette ou trônent environ les deux seuls restaurants ouverts le dimanche soir. Nous n’en oublions pas pour autant de faire une petite visite touristique des lieux, bien aidé, il faut le souligner, par le sens de l’orientation hyperpointu du conducteur. Le circuit touristique Montilien de la piscine municipale, de la salle des fêtes Jeanne Moreau et de l’école Portugaise Georges Clooney n’à donc désormais plus aucun secret pour nous; nous l’avons fait !
Un peu plus tard, ces belles images en tête, nous apercevons enfin le mur en pierre de l’Hotel du Parc, à Gemenos. Il était temps, car nous n’avons plus qu’une envie : celle de nous reposer, car demain une grosse journée nous attends.
Day 1 /France secrète
Le grand jour, celui du départ officiel de la première Blenheim Coupe des Alpes. Plus qu’un banal événement, c’est une symbolique. Celle de rouler sur les traces de la véritable Coupe des Alpes de l’époque. Pour ceux qui ne comprennent pas ce que je veux dire : il y à un meeting de 206 CC tunées, ce dimanche, sur le parking de l’Intermarché d’Ouzoir. Mais je m’égare.
Nous retrouvons les autres participants sur la place du centre ville pour que chacun se voie remettre les instructions des plus basiques : rejoindre chaque jour un point A à un point B, à l’aide d’un simple roadbook soigneusement préparé et une carte routière, point. Basique, je vous ai dit.
Et c’est parti pour cette première Coupe des Alpes. Les aiguilles da ma Patek & Philippe indiquent 8h40, et nous entrons tout de suite dans le vif du sujet. En effet, le début du parcours commence directement avec une série de lacets de montagne, lacets dans lesquels nous pouvons d’ailleurs apercevoir les traces d’un récent rallye s’étant déroulé la veille. Tout un programme.
C’est également l’occasion de tester le Road Book, qui s’avère diabolique de précision. La Miata n’est pas en reste, car elle affiche une santé et un équilibre hors normes. Le soleil parfumé aux effluves des conifères nous accompagne, que demander de plus ?

Nous ne tardons pas à rattraper un convoi d’Hollandais faisant visiblement la même chose que nous, mais en mode papy ET désordonné, c’est dire. Nous les suivrons un bon moment, car ces derniers, prenant toute la largeur de la route avec leur XK quasi-neuves, se trainent passablement sans se ranger. Mais qu’à cela ne tienne, une fois doublés, la paysage s’offre à nous, et la traversée des petits villages s’avère riche de patrimoine.

Nous arrivons un peu plus loin sur le premier choix cornélien de la journée : le roadbook et ses options: une option «route standard en bitume» et une option «original alpina cup road», comprenez par là un tracé complètement oublié des voitures, plus emprunté aujourd’hui que par les 4×4, les vrais. Ce dernier, plus chaotique, reprends néanmoins le tracé original du rallye d’époque. Et c’est exactement ce pourquoi nous avons opté pour cette option sans hésiter (une autre façon de dire les choses aurait sans doute été de dire que nous avons pu tester la Miata dans des conditions extrêmes). Le résultat ? Presque 30 kilomètres de routes (ou plutôt, de chemins étroits recouverts de pierres et de terre) complètement ornées par les tout-terrains, mais néanmoins très amusant, si l’on considère le bruit des pierres martelant le châssis comme tel. Arrivés en haut du col, le spectacle se passe de commentaires:

Mais une fois arrivés en haut, il faut redescendre, et il s’avère que sur l’autre versant, le chemin est encore plus dégradé. C’est donc à 20 km/h que nous rejoignons notre autre étape : l’auberge du point sublime. Détail amusant : le petit bout de route goudronné après le chemin caillouteux ressemble à un ruban de patchwork posé a la va-que-je-te-pousse :


Arrivés sur place, nul besoin de chercher à comprendre pourquoi ce lieu se nomme ainsi. En effet, le paysage est littéralement à couper le souffle. Nul besoin de parler, il suffit simplement d’admirer en face de l’auberge :


Mais il est déjà l’heure de reprendre la route, car nous avons encore du chemin avant d’arriver. L’occasion de passer par de lieux tout aussi époustouflants et improbables que celui que nous avons pu voir auparavant. Ce qui frappe d’ailleurs, ce n’est pas la main de mon père, mais le changement de paysages à chaque descente de col : en effet, en montagne, on passe du très boisé à du très sec en moins de temps qu’il en faut pour le dire. Hallucinant.


Il est bientôt 19 heures, le compteur de la Miata affiche un peu plus de 360 kilomètres, et l’on devine de loin le Fort d’Entrevaux, dont l’histoire est aussi chargée qu’une 504 break en juillet. Ceci sera notre étape des deux prochains jours.

Mais pour l’heure, il est temps d’aller se reposer et de reprendre des forces, car nous avons encore 3 jours comme celui ci devant nous. Good Night.
Day 2 / Plan 9 from Outer Space, ou la traversée de Violet Rock Mountain.
C’est sous les nuages que nous ouvrons les yeux en ce mardi matin. Mais le spectacle n’en est pas moins réjouissant, car le décor prend les airs d’un vieux film de Dracula. Mais trêve de bavardages, il est déjà 9h00, et nous n’avons pas encore pris le petit déjeuner. Direction le village d’Entrevaux, à quelques kilomètres de là, pour s’imprégner de l’atmosphère nuageuse des lieux, et avaler un café en vitesse.
L’endroit où nous arrêtons pour le petit déjeuner – l’Auberge de la Grand Place – méritait bien quelques lignes. En effet, cet endroit, tenu depuis plus de 35 ans par la même personne, est digne d’une scène ou l’on aurait pu y mettre Jean Gabin: grand comptoir en zinc reposant sur les boiseries et ses moulures patinées par le temps ; derrière le bar, des bouteilles d’alcool aujourd’hui oubliées par la jeunesse dorée, comme de la Suze, du Triple sec Cusenier ou encore du vieux Vermouth, le tout posé sur les étagères en verre devant un vieux miroir taché et usé par les années. Oublié dans un coin, on aperçoit également un présentoir à cartes postales (avec les cartes d’époque) ; sans parler des tapisseries à grosses fleurs, âgées de quelques bonnes décénnies, qui feraient probablement le bonheur de designers d’intérieur en manque d’inspiration. Un endroit à l’atmosphère très ancrée dans son temps…
Nous reprenons le volant de la décapotable après avoir fait le plein du plus pur des nectars d’Octane 98, suivi de très près, il faut le dire, par de gros nuages, menaçant de distiller toute leur pluie d’une minute à l’autre. Cela ne tarde pas, car 20 minutes après être partis, nous sommes contraints de recapoter suite à un déluge que nous prenons en plein sur la tête. Mais le décor n’en est pas moins impressionnant, car les lieux prennent alors une toute autre dimension :


Un peu plus loin, alors que les nuages semblaient dissimuler des vieilles pierres échouées sur le flanc de la montagne, nous faisons une découverte stupéfiante lorsque nous nous rapprochons :

Rien de bien extraordinaire que de trouver des moutons en montagne, me direz vous. Sauf que pour le coup, c’est le volume du troupeau qui est incroyable ! Pas 1, ni 10, ni 100, non madame, j’annonce un millier de moutons, tous gentiment rangés par ordre alphabétique…
Plus tard, toujours dans la lignée d’un bon film d’épouvante, notre pause déjeuner prend une drôle de tournure, lorsque nous débarquons dans Barcelonnette – une ville fantôme à cette époque, ou à 12H30 et sous la grisaille du jour, toutes les boutiques avaient déjà fermé. Certains restaurants n’avaient rien trouvé de mieux que de prendre leur jour de congé le mardi, mais l’un d’eux semblait ouvert. Poussé la porte de ce “Bar à Vins à spécialités” (dixit l’enseigne), nous découvrons une salle remplie, vivante et animée, à l’opposé de l’extérieur. Ouf. Au menu, c’est du local : fromage-pommes de terre ou pomme de terres sur lit de fromage, avec sa salade d’accompagnement (pour la ligne), bien entendu. Bref une ambiance très conviviale à l’Irlandaise, le fromage en plus.
Il fallait au moins ça pour affronter ce qui nous attendait l’après-midi : l’ascension du col de la Bonnette et ses 2800m, altitude qui fait de ce col le plus haut d’Europe. L’ascension est digne d’un livre, car chaque lacet y laisse découvrir une nouvelle facette de la montagne et un nouveau paysage. Stupéfiant.


Seulement voilà, la montagne est capricieuse, et l’arrivée au sommet rime avec pluie abondante et brouillard. Qu’à cela ne tienne, un peu de Photoshop pour enlever la brume, on efface les gouttes de pluie, et normalement, on découvre, du haut du col, ceci :

Bon, OK, il est vrai que j’ai triché, j’ai choppé cette photo sur le net, mais avouez que cela aurait pu valoir le coup. Fichus nuages.
La descente de la Bonnette nous réserve d’autres surprises, comme la traversée, entre autres, d’un curieux endroit : un petit village déserté il y à de nombreuses années, comme une sorte de village Martyr. Exploration obligatoire, sur les traces du passé. Une occasion de découvrir l’antre de ce lieu étrange et aussi désert qu’un village ou se serait abattu un nuage radioactif :

Mais ce village n’est pas la seule curiosité de ce versant de montagne. En effet, car plus bas, nous tombons sur ceci :

Un refuge d’une dizaine de maisons, ou en d’autre temps vivaient à cet endroit une dizaine de familles isolées du monde, avec, à en croire les panneaux d’informations, un taux de natalité très élevé les mois d’hiver. Je vous laisse réfléchir la dessus.
Le parcours se poursuit, avec la traversée d’une montagne hors du commun. En effet, celle-ci présente la particularité d’être constituée d’une roche aussi violette qu’un costume d’Ozwald Boateng. Un parcours vraiment incroyable aux couleurs résolument pop.

Sur ces magnifiques couleurs, notre parcours du jour touche à sa fin.
Les aiguilles de l’Hôtel de Ville indiquent presque 23 heures. Entrevaux s’endort peu à peu. Au loin, on peut distinguer des voix. Celles des Gangers reconnaissants des pépites de lecture cachées que leur a offert le passage chez le marchand de journaux, un peu plus tôt… discussions non moins rythmées sur le débat intensif de la constitution parfaite d’un genogramme intra-familial… Sur ces bonnes paroles nous allons nous coucher, car les aiguilles de l’horloge de l’Hôtel de Ville indiquent déja une heure passée. Restons sérieux.
À suivre !
Texte et photos : Giovanni











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