Rassurez-vous, si par hasard vous aperceviez un tel module en rase campagne, votre cerveau n’est pas plus irrémédiablement endommagé par des substances psychotropes, que l’existence des extra-terrestres établie ; vous venez simplement de voir l’une des rares Futuro House qui subsiste.

Dès la fin des années 20, différents architectes s’employèrent à construire des objets en trois dimensions de la manière la plus efficace. Leur vision était moins empreinte de traditions architecturales que de sources mathématique et biologique, avec comme objectif la recherche de l’efficacité en terme de pertes de chaleur, de coût de construction et d’aérodynamisme. Mais c’est après la guerre que le mouvement connaitra son apogée. Au milieu des années 50, l’industrie du plastique cerna dans le secteur du bâtiment de nouvelles possibilités d’application, allant jusqu’à une conception totale à partir de ces nouveaux matériaux.

Ces années sont aussi celles de l’affrontement entre les deux grandes puissances dans la course à l’espace. La puissance des nations est mesurée à leur capacité à progresser dans ce domaine et le mouvement n’est pas sans influer les design : les lampes de salon ressemblent à des fusées et les téléviseurs à des casques d’astronautes. L’architecte finnois Matti Suuronen suivit cette tendance quand il conçut en 1968 une maison transportable et pratique, pensée avant tout comme résidence de vacance ou studio de ski, dont l’apparence fait penser à un module spatial. L’analogie est renforcée par son positionnement sur des pieds et le sens d’ouverture de la porte, à la façon d’un avion, vers le bas.

Etudiée pour être construite en série, la Futuro House était faite de plastique renforcé de fibre afin de contenir son poids et de permettre son transport par hélicoptère. L’aménagement intérieur de la Futuro House est constitué d’une pièce dotée de fauteuils inclinables sur son pourtour, tandis que les pièces de servitudes occupent le tiers restant de la surface.

La crise pétrolière de 1973 scella le destin des constructions en plastique, et les utopies fondées sur cette matière laissèrent la place à des concepts plus durables. Ces considérations géopolitiques n’étant pas de mises au Blenheim Gang, nous considérons que les futuro house présentent un double intérêt : à la fois product architecture au combien plus excitant qu’un algeco et écrin d’un manifeste de l’application du plastique à la sphère de la vie quotidienne.

A propos de l'auteur

Arnaud
Rédacteur Architecture & Design

Dès son plus jeune âge, Arnaud commence à compter le nombre de pots d’échappement des autos qui parcourent la côte d’Azur pour mesurer leur intérêt (nous vous rassurons, il a changé d’unité de valeur depuis). Comme tout petit garçon, il joue avec des trains et des voitures, ce qui contribuera définitivement à son intérêt pour tout ce qui vole et roule. Quelques années plus tard il développe une appétence supplémentaire pour l’architecture. Aujourd’hui, c’est dans un domaine bien différent qu’Arnaud se prépare à trouver un employeur. Il se mettra à porter des costumes, en même temps qu’il abandonnera sa carte Imagin’R et se mettra en quête de quatre roues et un toit.

3 Réponses

  1. Gracus

    Cela me fait penser à la Dymaxion House que l’on peut voir au musée H. Ford a Detroit. On retrouve le plan circulaire et le partage « etrange » des pieces de vie. Par contre, celle de Detroit est en alu et date des années 30…

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  2. Guillaume

    Voir aussi les réalisations de l’architecte John Lautner et les fameuses maisons vues dans « Body Double » de B. de Palma et « Diamonds are Forever », la villa de Willard White ou Bond se bat avec deux sauvageonnes !

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  3. Yan Alexandre Damasiewicz
    Ian Alexander

    Bien vu !

    La Dymaxion House est clairement une inspiration de cet Ufo. L’une est plus airstream, l’autre plus pop… Quelque part au fin fond de nos archives doivent se trouver quelques souvenirs de la visite du H.Ford Museum, un musée qui a lui seul vaut le voyage dans Detroit la déprimante.

    Quant à la maisons de Lautner (a t-elle un nom ?), son inspiration spatiale et son palmarès cinématographique devraient lui ouvrir les portes de cette chronique…

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