Au Blenheim Gang on avoue parfois une faiblesse coupable pour les produits issus de l’URSS et de ses satellites, pourquoi ne pas choisir un appareil photo Zorki ou une montre Raketa pour leur exotisme ? Un récent séjour à Berlin nous a permis de nous pencher sur le cas plus particulier de l’urbanisme soviétique, à savoir la Karl Marx Allee située à une centaine de mètres de la tour de télévision et de l’horloge astronomique.

Berlin n’est que ruines en 1945. La partition de la ville en quatre secteurs d’occupation voit échoir le secteur est aux soviétique. La Frankfurter-Allee n’était sans doute pas la plus belle des avenues de la capitale allemande, mais les troupes soviétiques l’ont empruntée pour pénétrer dans Berlin, ce qui lui vaudra de devenir, le 21 décembre 1949, la Stalin-Allee en l’honneur du dictateur soviétique qui fêtait ce jour-là ses 70 ans. Renommée Karl Marx Allée après la déstalinisation, elle abrita avant tout les apparatchiks d’un régime où l’on défilait beaucoup.

Les immeubles qui la bordent sont le fruit du travail de l’architecte Hermann Henselmann qui a repris les éléments représentatifs du style confiseur, si cher aux soviétiques : carreaux de faïence, colonnes, balcons. Soit une accumulation d’ornements conçue comme un contre-modèle de l’architecture capitaliste de l’Ouest et destinée à faire oublier les carences du régime. L’aménagement intérieur des immeubles était à l’unisson de l’aspect extérieur : les appartements sont lumineux et dotés d’un confort qu’on ne retrouve pas ailleurs à Berlin Est.


Quand on remonte l’avenue De l’Alexanderplatz à la Strausbergerplatz, le visiteur croisera sur sa route deux morceaux de bravoure, le Kino International établit en face du café Mockba. Il est difficile de rester indifférent devant la silhouette de l’International, un bloc de béton particulièrement massif flanqué de larges baies vitrées. En face, vous trouverez le café Mockba, rectangle blanc pourvu d’une façade en verre et décoré d’une mosaïque à la gloire des peuples de l’Union soviétique.

Aujourd’hui, l’impression qui domine est que l’allée s’est figée dans son passé : 1989, la fin de l’histoire, un concept qui s’applique assez justement à l’avenue.
La Karl Marx Allée constitue encore la démonstration d’un urbanisme particulier, symbole du communisme triomphant sur les vicissitudes supposées du capitalisme. Un urbanisme prévu pour accueillir des défilés militaires plutôt que la population d’ouvrier à laquelle elle devait être destinée.

La situation économique de la DDR ne permit pas de rééditer l’expérience, laissant la place dans les autres quartiers de Berlin Est à des barres aussi hideuses que mal construites. A cet égard la Karl Marx Allee présente un intérêt urbanistique certain, mais elle n’est pas plus Blenheim qu’un autre symbole de la Deutsche Demokratische Republik, à savoir la Trabant.

A propos de l'auteur

Arnaud
Rédacteur Architecture & Design

Dès son plus jeune âge, Arnaud commence à compter le nombre de pots d’échappement des autos qui parcourent la côte d’Azur pour mesurer leur intérêt (nous vous rassurons, il a changé d’unité de valeur depuis). Comme tout petit garçon, il joue avec des trains et des voitures, ce qui contribuera définitivement à son intérêt pour tout ce qui vole et roule. Quelques années plus tard il développe une appétence supplémentaire pour l’architecture. Aujourd’hui, c’est dans un domaine bien différent qu’Arnaud se prépare à trouver un employeur. Il se mettra à porter des costumes, en même temps qu’il abandonnera sa carte Imagin’R et se mettra en quête de quatre roues et un toit.

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