Thoughts and Words est un morceau du 4e album des Byrds Younger than Yesterday, sorti en février 1967. Ce n’est pas un des morceaux les plus connus des Byrds et, à mon avis, c’est mal !

Dans ce morceau, on sent que le monde va bientôt basculer dans la baba-coolerie la plus ignoble et, cependant, en grande partie grâce au refrain très pop et à la production, il ne sombre jamais dans la mièvrerie à sandales et écharpe violette. Bien au contraire, il atteint des sommets de psychédélisme. Il faut dire que les Byrds s’y connaissent en musique psychédélique puisqu’ils en sont souvent considérés, à juste titre, comme les précurseurs américains avec cet autre génial morceau qu’est Eight Miles High.

Thoughts And Words est également très représentatif du talent du groupe : une mélodie catchy, des voix bien léchées, une batterie bien roots, des arrangements inventifs et ces guitares, ces guitares !
Je suis peut-être un peu trop sensible aux bandes à l’envers mais, sur ce morceau, leur utilisation est tout sauf anecdotique et on frise le génie. Elles se mêlent si bien avec les autres instruments et elles structurent vraiment la composition entière… Avec leur arrivée, le morceau prend une nouvelle ampleur et annonce cette deuxième voix qui répond à la mélodie principale et nous transporte eight miles high (quoi, j’en fais trop ?!).

Bref, c’est un morceau génial pas assez considéré à mon humble avis et je profite de ce blog pour le dire haut et fort.

Début 1964, à Los Angeles, Jim McGuinn (guitare / chant), Gene Clark (guitare / chant) et David Crosby (guitare / chant) forment un trio nommé The Jet Set. Ils ont tous les trois une petite carrière de chanteur folk derrière eux et outre ce point particulier, ils ont également en commun un goût prononcé pour les chansons des Beatles. Leur répertoire est alors tout naturellement composé de morceaux folk qu’ils Beatlessifient et de reprises des Beatles qu’il folkisent.

Le batteur Michael Clarke les rejoint mi-64, plus parce qu’il a une bonne coupe à la Brian Jones que pour ses talents de batteur, il n’a d’ailleurs qu’une expérience de joueur de congas semi-professionnel et, ne possédant pas de batterie, il joue au début sur des caisses en cartons et un tambourin…

Après avoir vu le film A Hard Day’s Night, le groupe décide de s’équiper exactement comme les Beatles et ils achètent donc une rickenbacker douze cordes pour McGuinn (sans cette douze cordes, leur son n’aurait jamais été le même), une Gretsch pour Crosby (trop la classe !) et une batterie Ludwig pour Clarke (ça sonne mieux que les cartons).

A peu près au même moment (tout s’enchaîne très vite), ils décident de reprendre Mr Tambourine Man de Bob Dylan en l’électrisant et en passant son tempo de 2/4 à 4/4 qui est plus rock, Chris Hillman, joueur de mandoline country (!) les rejoint à la basse, ils signent un contrat avec Columbia Records et ils changent leur nom en Byrds (le Y faisant écho au EA de Beatles).

En janvier 1965, ils rentrent en studio pour enregistrer Mr Tambourine Man et I Knew I’d Want You (une compo de Gene Clark) mais le producteur les trouve un peu limites et, à part la douze cordes de McGuinn (et leurs voix, tout de même !), ce sont des musiciens de studio qui jouent sur ces enregistrements… Une rumeur persistante indique qu’ils ne jouent sur aucun enregistrement de leur premier album mais il s’avère en fait que ce n’est qu’une rumeur.

Dès sa sortie, en avril 1965, le morceau est un franc succès et il sera numéro 1 des charts aux USA et en Angleterre détrônant ainsi leurs modèles, les Beatles. Les Byrds deviennent donc LA réponse américaine à l’invasion anglaise pour la presse, les fans et même pour George Harrison en personne !
Il faut noter ici qu’après avoir été largement influencés par les Beatles et Bob Dylan, ces derniers seront à leur tour influencés par les Byrds, entre autre, en électrifiant leurs sons. C’est donc grâce aux Byrds que les Beatles ont sorti Paperback writter/Rain et Revolver et que Dylan est sorti des sentiers battus du folk.

Leur troisième 45 tours Turn, Turn, Turn sera à nouveau numéro 1 des charts US fin 1965.
Les paroles, inspirées du Livre des Ecclésiastes, prônent la paix et la tolérance alors que la guerre du Vietnam fait rage. Ils deviennent alors les porte-paroles de cette jeunesse américaine bientôt hippie.
Leur 45 tours suivant Eight Miles Eight, sorti en février 1966, marque deux jalons importants:
- Le début du rock psychédélique
- Le début de la fin des succès commerciaux pour les Byrds.

Les paroles pouvant être comprises comme une apologie de la drogue, bien que le groupe s’en défende et prétexte un voyage en avion, bon nombre de radios vont le censurer bloquant ainsi sa progression à la 14e place (quand même pas si mal). Mais ce sera le dernier Top20 des Byrds…
La cause principale de ce déclin, c’est le départ de Gene Clark, chanteur principal et compositeur talentueux et prolifique. Il quitte le groupe peu après la sortie de Eight Miles High car il a peur en avion et ne veut plus faire les tournées ! La petit histoire veut que McGuinn lui aurait lancé: « If you can’t fly, you can’t be a Byrd »

Les Byrds continueront néanmoins avec talent à produire un rock teinté de folk et de psychédélisme (Thoughts and Words le prouve non ?), puis de country (mauvaise pioche sur ce coup là).

Mais pendant l’année 1967, des tensions s’installent au sein du groupe.
Le batteur, Michael Clarke, n’est pas satisfait de la qualité des morceaux composés pour leur cinquième album et après de bonnes engueulades, il quitte le groupe en aout, pendant les sessions d’enregistrements.
Crosby s’adonne de plus en plus à la drogue et agace ses petits copains en faisant des speeches entre les morceaux (en particulier pendant le festival de Monterey où il aborde l’assassinat de JFK et le LSD) et en allant faire mumuse avec un groupe rival, Buffalo Springfield (pour remplacer Neil Young). En Octobre, McGuinn et Hillman virent Crosby du groupe…

Le groupe perdurera quand même jusqu’en 1973 avec différents membres, dont Gram Parsons, mais, en ce qui me concerne, il ne présente plus aucun intérêt car ils jouent de la mauvaise country music !
Malgré cette fin un peu pitoyable, les Byrds restent un des groupes les plus inventifs et son influence a été profonde sur le rock.

Mr Tambourine Man :

Turn, Turn, Turn :

Eight Miles High :

Eight Miles High, 10 minutes d’impro live en 1970 (ce ne sont plus vraiment les Byrds même s’ils en portent encore le nom et McGuinn est d’ailleurs le seul « original Byrd » mais quelle section rythmique !) :

A propos de l'auteur

Enfant, Regaloeb écoute Georges Brassens, Guy Béart et, surtout Charles Trenet. A 9-10 ans, il découvre les Beatles, les Beach Boys, les Kinks et les Who et il adore ! De mauvais choix esthétiques l'amènent ensuite à écouter Kiss mais heureusement pour lui, à l'été 1978, son grand frère va en vacances en Angleterre et il revient avec les Jam et les Buzzcocks ! Alors, c'est la folie punk/new wave/mods anglaise avec les Stranglers, les Undertones, Joe Jackson, Elvis Costello, XTC, les Lambrettas, Generation X, le grand retour du ska avec Madness, les Specials, les Selecters. Il y a aussi les Dogs, Edith Nylon, Marie et les Garçons, Ultraviolet, Oberkampf ou Métal Urbain pour le rock français. Mais trop rapidement, les années 80 naissantes laissent un goût amer avec toute cette daube-variétoche-électronique-danse-TOP50 comme Wham ou Dépeche Mode et le retour en force des horribles hard rockers avec AC/DC, Iron Maiden ou Europe. Regaloeb se tourne alors vers le 60's punk grâce aux premières compilations EVA. Depuis, à part quelques retours au monde moderne pour Blur, Nirvana, QOTSA ou les Libertines, il reste globalement bloqué entre 1964 et 1968 !

6 Réponses

  1. regaloeb

    C’est vrai que parfois je me laisse emporter par la plume et j’en viens à écrire des pléonasmes !
    Mais ce n’est pas une raison pour m’envoyer un oxymore au visage !

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  2. Padrig

    Wasn’t born to follow : un must a mon sens et faisant partie de la BO de easy rider…

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  3. regaloeb

    C’est vrai que le solo psyché avec flanger et bandes à l’envers fait la blague sur ce morceau !
    Mais le reste de la chanson sent trop la bouse de bison pour mon nez délicat !

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