Hystérie Connective, sorti en septembre 1978, est le 3e et dernier 45 tours de Métal Urbain qui, comme les Bee Gees, était composé de garçons, mais c’est bien le seul point commun qu’on puisse leur trouver, si tant est que les Bee Gees soient bien de sexe masculin ! Métal Urbain a plus de points communs avec les Ramones ou les Sex Pistols : par exemple le dégoût des babas-cools et de la musique planante ou le goût des Stooges et de la provocation.

Métal Urbain fait partie de la première vague punk de 1976, au départ sans même le savoir, ils le découvrent lors d’un séjour à Londres ! Leur musique, guitares saturées sur nappes de synthés utilisés comme machines à bruits, boîte à rythmes minimaliste et épileptique, est agressive, très violente et sans doute un peu trop en avance sur son temps. Les paroles peuvent parfois faire sourire aujourd’hui, mais elles sont directes, engagées et, avec ce chant hargneux, elles sont parfaitement en phase avec la musique.

Au milieu des années 70, les punks parisiens de la première vague, c’est une bande de potes qui traînent du coté des Halles entre le magasin de disques Open Market et le magasin de tee-shirts Harry Cover. De cette bande naîtront plusieurs groupes dont les Stinky Toys (avec Elie et Jacno), Asphalt Jungle (avec Patrick Eudeline) et Métal Urbain.

Le groupe est fondé par Eric Daugu, dit Eric Débris, Jean-Pierre Zinc, dit Zip-Zinc et Eric Feidt, dit Rikky Darling.
Eric et Zip sont passionnés de machines, de synthés et avec les guitares saturées de Rikky ils veulent faire une musique violente et jusqu’au-boutiste, constituée uniquement se sons traités et synthétiques.
A la base, Zip Zinc est batteur mais, féru d’électronique, il se fabrique une boîte à rythmes et préfère programmer que taper sur les fûts. Il fabrique aussi ses propres synthés et compose les musiques.
Eric Débris joue du synthé (des « machines » comme il dit) et écrit les textes.
Rikky, qui est également guitariste de Asphalt Jungle, rajoute sa couche de guitares saturées et fait quelques arrangements.

Lors de leurs premières répétitions, ils trouvent le nom Métal Urbain qui qualifie bien leur musique: un son métallique et une ambiance pas vraiment bucolique !

Ils sont très vite rejoints par leur pote Claude Peronne, dit Clode Panik, qui prend le chant principal.

Métal Urbain, formation définitive

Leur premier concert se tiendra le 3 décembre 1976 au tremplin du Golf Drouot où ne passent à l’époque que des groupes de musique planante et où le public est constitué de babas-cools à cheveux longs, restes avariés des hippies des sixties. Evidemment, la musique de Métal Urbain va les surprendre et les agresser !
En réponse, au bout de 3 morceaux, une canette vole et manque d’atteindre Eric Débris. Celui-ci réagit très subtilement par un salut nazi et ça finit par une baston générale avec d’un coté, les babs, et de l’autre, le groupe et les quelques punks du premier rang (dont les membres de Asphalt Jungle)…
Le patron du Golf Drouot, un vieux de la vieille de l’époque des Chaussettes Noires, est mort de rire (ça lui rappelle peut-être sa jeunesse et les débuts du rock’n’roll) et il leur annonce en se marrant qu’ils sont « hors concours ».

Métal Urbain sur scène

Ce premier concert leur assure une image de punks « purs et durs » et les fait entrer dans la légende du rock par la grande porte mais ce salut nazi leur vaudra aussi une bien mauvaise réputation de fascistes alors qu’ils sont plutôt anarchistes à tendance situationniste !

Dans le public, il y a Alain Pons, un journaliste de Best qui travaille aussi chez Cézame Cobra, un petit label indépendant et il flashe sur le groupe. Un peu plus tard, le patron du label est également convaincu lors d’un concert au Théâtre Oblique et il les signe.
Leur premier 45 tours, Panik / Lady Coca Cola, sort en mai 1977.

Il s’en vendra 5 000 exemplaires de part et d’autre de la Manche, nombre insuffisant pour que la maison de disque propose un second enregistrement. Si on fait un parallèle avec l’Angleterre, les Damned qui vendent le même nombre de leur premier 45 tours, New Rose, auront droit à une couverture du magazine Sounds, seront soutenus par leur maison de disque et ils feront la carrière que l’on sait.

Entretemps, Rikky Darling qui a participé aux enregistrements, a quitté le groupe pour se consacrer entièrement à Asphalt Jungle dont le premier 45 tours vient également de sortir. Il est remplacé par les frères Boulanger, Patrick, dit Pat Lüger et Jean-Louis, dit Hermann Schwarz et ce sont eux qui apparaitront sur la pochette du 45 tours.

Peu après la sortie du disque, Zip-Zinc a un peu de mal avec l’image du groupe (le salut nazi et d’autres provocations du même ordre relatés dans un article du Matin de Paris leur valent une réputation de fachos difficile à assumer pour tous…) et il préfére faire de l’alpinisme plutôt que participer à un concert. Il sera aussitôt viré du groupe !

Métal Urbain rencontre plus d’écho en Angleterre, grâce à un passage à l’émission radio de John Peel (God Bless John Peel ! – c’est une exclamation personnelle et pas le nom de l’émission…) et ils seront même le premier groupe signé par le label Rough Trade, monté par le fameux magasin de disques londonien du même nom.
Leur deuxième 45 tours, Paris-Maquis / Clé de contact, sort en décembre 1977 et les 10 000 exemplaires pressés se vendront en un mois.

Métal Urbain, Panik

Le groupe tourne dans tous les clubs mythiques de Londres comme le Roxy ou le 100 Club. Celui-ci leur propose même de venir jouer tous les 15 jours (le seul autre groupe à qui ils ont fait cette proposition, ce sont les Sex Pistols !). Mais Rough Trade ne peut pas financer leur séjour en Angleterre plus longtemps et ils doivent retourner en France.
En France où leur disque n’est disponible qu’en import anglais.
En France où personne ne veut les signer, sans doute à cause de leur image et de leur radicalité.
En France où cet ostracisme les rendra encore plus radicaux !
En France où un concert catastrophique à l’Olympia (trop d’alcool et de mauvais réglages) achève de les griller auprès des maisons de disques.

C’est pendant l’été 1978 qu’ils enregistrent Hystérie Connective / Pop Poubelle.
En accord avec Rough Trade, ce 45 tours sort en septembre sur Radar, petit label anglais monté par un des fondateurs de Stiff Records, filiale de Warner, qui a déjà signé Elvis Costello et les Inmates.
Au moment où le disque sort, Warner essaye de couler Radar pour récupérer Elvis Costello. Et, alors qu’il y a des commandes d’import en France, Warner refuse de represser le disque.

En décembre 1978, Métal Urbain fait deux concerts au Gibus pour fêter ses deux ans d’existence et ce seront leurs derniers concerts. Clode Panik décide de quitter le groupe et il disparaitra pour toujours du paysage musical !

Les autres font encore quelques apparitions en France et en Angleterre avec Eric Débris au chant et ils enregistrent leurs derniers morceaux avant de monter deux entités: Metal Boys, suite logique de Métal Urbain et Dr Mix and the Remix spécialisé dans les reprises de standards passés à la moulinette distorsion.

En 1980 sortira un album posthume, « Les Hommes Morts Sont Dangereux », regroupant tous les 45 tours, les derniers enregistrements et une session BBC enregistrées pour John Peel.

L’approche « électro punk » du groupe, très novatrice en son temps, en a fait une référence pour des groupes comme The Jesus and Mary Chain, les Bérurier Noir (dont Eric Débris réalisera d’ailleurs les deux derniers abums), ou encore pour le producteur Steve Albini.
Jello Biafra, chanteur des Dead Kennedys, considère lui aussi Métal Urbain comme un groupe majeur et novateur.

Métal Urbain se reformera en 2003 autours d’Eric Débris et Hermann Schwarz et vu le titre de leur album sorti en 2006 (produit par Jello Biaffra), « J’irai Chier Dans Ton Vomi », on peut difficilement les taxer d’opportunisme commercial !

Punk un jour, punk toujours !

Paris Maquis, autre pépite bruitiste révolutionnaire:

Panik avec ce playback d’anthologie où il chuchotte et on entend les petits bruits de frottement du pied de micro !

Et Lady Coca-cola, pour ceux à qui il reste des oreilles !

A propos de l'auteur

Enfant, Regaloeb écoute Georges Brassens, Guy Béart et, surtout Charles Trenet. A 9-10 ans, il découvre les Beatles, les Beach Boys, les Kinks et les Who et il adore ! De mauvais choix esthétiques l'amènent ensuite à écouter Kiss mais heureusement pour lui, à l'été 1978, son grand frère va en vacances en Angleterre et il revient avec les Jam et les Buzzcocks ! Alors, c'est la folie punk/new wave/mods anglaise avec les Stranglers, les Undertones, Joe Jackson, Elvis Costello, XTC, les Lambrettas, Generation X, le grand retour du ska avec Madness, les Specials, les Selecters. Il y a aussi les Dogs, Edith Nylon, Marie et les Garçons, Ultraviolet, Oberkampf ou Métal Urbain pour le rock français. Mais trop rapidement, les années 80 naissantes laissent un goût amer avec toute cette daube-variétoche-électronique-danse-TOP50 comme Wham ou Dépeche Mode et le retour en force des horribles hard rockers avec AC/DC, Iron Maiden ou Europe. Regaloeb se tourne alors vers le 60's punk grâce aux premières compilations EVA. Depuis, à part quelques retours au monde moderne pour Blur, Nirvana, QOTSA ou les Libertines, il reste globalement bloqué entre 1964 et 1968 !

Une réponse

  1. Whack-A-Kitty

    BG fait très fort en chroniquant MU. Quel groupe, et que de souvenirs ! A l’époque j’avais réussi à user « Les hommes morts sont dangereux » que je devais écouter quotidiennement. Merci !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.