Blenheim Test : Bentley Continental GT (2011) | the Blenheim Gang : essais et culture automobile, youngtimers, formule 1 et musique pop
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Blenheim Test : Bentley Continental GT (2011)

Publié par le 08/12/2010 – 00:026 Commentaires

La Bentley Continental GT a changé, même si ça ne se voit pas au premier coup d’œil. Comme il ne faut pas nous demander deux fois pour essayer une anglaise sur-motorisée, nous ne nous sommes pas fait prier pour valider cette évolution.

Si vous voulez agacer les gens de Bentley, parlez leur donc de voitures de footballeur. Le sujet est réellement sensible, surtout chez les cadres germaniques qui constituent l’essentiel des recrues. Sans ce sport, les jours seraient sans doute plus heureux du côté de Crewe. Du coup, pour nous persuader de l’élégance de sa clientèle, la marque a décidé de nous envoyer dans le Golf Persique, une région du globe bien connue pour ses gouts automobiles bien supérieurs à ceux de les joueurs de la Premier League.

Me voici donc à Muscat, la capitale du Sultanat d’Oman au volant de cette nouvelle Continental GT, dans une discrète teinte « Orange Flame », bien plus indiquée sous ces latitudes que par chez nous. De l’intérieur comme de l’extérieur, même constat, j’ai bien du mal à me persuader que je suis à bord d’une nouvelle voiture. Interrogé à ce sujet, une connaissance, rédacteur-en-chef d’un très sérieux magazine automobile, m’a affirmé qu’il s’agit d’un simple restylage… Et pourtant.

Il suffit de la comparer avec l’ancienne (ce qui n’est pas évident à faire, c’est vrai), pour voir des différences frappantes. À l’avant les phares changent de taille, avec ceux qui entourent la calandre plus grands, équipés d’un anneau de LEDs, comme sur la Mulsanne. La grille aussi change d’angle, devenant plus agressive. Sur les flancs, les lignes sont plus construites. L’arrière enfin, évolue le plus avec une forme en « double fer à cheval » dixit la communication officielle. On ne sait absolument pas de quoi il s’agit, mais on notera la malle plus marquée, et des feux qui sont maintenant plutôt horizontaux que verticaux. En fait c’est la même chose qu’avant, mais en légèrement plus moderne – un peu comme comparer une génération de Porsche 911 par rapport à la précédente.

À l’intérieur c’est le même constat : si la planche de bord semble identique, tout a été revu, redessiné, retravaillé, avec surtout des nouvelles commandes qui ne semblent plus tout juste sortie d’une Phaeton. Des détails comme les sièges ou le système d’infotainement évoluent le plus, mais on n’a pas trop envie de vous ennuyer avec cela. Pour résumer l’esprit de cette auto on retranscrira l’avis d’un des responsables de la communication de la marque : ni un restylage, ni une nouvelle voiture (!) mais l’amélioration d’un produit déjà excellent (!!). Bon, la bonne nouvelle sera pour ceux qui ont commandés récemment l’ancienne version, elle ne sera pas trop – vite – démodée.

Sur la voie express qui traverse Muscat les innombrables radars fixes menacent les conducteurs locaux qui, résignés, roulent largement en dessous des vitesses limites. Dans le cocon feutré qu’est l’habitacle de la Bentley, totalement isolé sensoriellement du monde extérieur, il est bien difficile d’appréhender ladite limite, d’autant plus qu’elle est terriblement basse par rapport au potentiel de l’auto. Obligation est faite, pour tenter de rester dans la légalité, d’afficher sur l’écran central un compteur alpha-numérique, tant les tressauts de l’aiguille du tachymètre se traduisent en changements d’allure radicaux. Une fois l’autoroute atteinte, le rythme ne varie que trop légèrement pour me sortir cet ennui profond. L’occasion de jouer avec les réglages de l’impressionnante sono, et de paramétrer du bout du doigt le centre virtuel de la source sonore. Où un truc de ce genre là.

Enfin, l’autoroute cède la place à ce que nous appellerions une route nationale (sultanale?). Ce qui est une bonne nouvelle à plus d’un titre. Premièrement sur ces routes la vitesse est officieusement libre, c’est à dire que dans les faits elle semble l’être. Deuxièmement nous disposons de quelques armes sécrètes. Une plaque d’immatriculation verte, qui donne quelques privilèges d’indiscipline proche de ceux dont disposent les véhicules du corps diplomatique ; et surtout la présence dans la boite à gants d’une lettre signée par le Sultan (une photocopie, n’exagérons rien), qui promet – de ce que je comprends de l’arabe – l’émasculation à quelconque pandore osant nous stopper ne serait-ce que pour nous souhaiter la bonne journée.

Reste à comprendre quelques règles de circulation locales :

  • Les bandes blanches apposées sur la route sont strictement décoratives, ce qui permet de dépasser à peu près où l’on veut, pour peu qu’on dispose de courage et / ou d’une réserve suffisante de puissance. Je dispose au moins largement de la seconde option.
  • Le panneau le plus important est celui signalant les dos d’âne : ils sont impossibles à passer sans détruire le train avant de n’importe quel véhicule passé les 20 km/h.
  • Le conducteur omani fait souvent usage de ses phares, non pas pour prévenir de la présence de la police, mais pour dire bonjour. Ce qui arrive souvent quand on roule en Bentley orange. Ne pas lui répondre est offensant. Il est préférable de lui faire un signe de la main, sans se tromper, car la gauche est impure et l’utiliser serait pour le moins indélicat.

Simple non ? Mis à part le délicat problème de la main à utiliser (croyez moi, c’est assez compliqué à assimiler), tout cela ne devrait poser problème à aucun de vous. Tant mieux, j’ai gardé le meilleur pour la fin : le réseau routier d’Oman est l’un des plus dynamiques du moment : il se construit sans cesses de nouvelles routes, à l’enrobé parfait, dans les régions les plus reculées. Résultat, si le GPS tout neuf n’affiche qu’un écran jaune pale à perte de vue, ce sont de véritables circuits de haute vitesse qui se déroulent dans les montagnes du pays. Bien, bien, bien, il est temps de libérer les 558 chevaux du W12 biturbo.

Une fois la boite automatique libérée par l’usage des palettes au volant, la Continental s’autorise une légère brutalité, et même quelques indiscrétions. Le moteur gronde comme on est en droit de l’attendre d’un six litres, et le paysage défile soudainement bien plus vite. Ce qui ne permet à aucun instant d’imaginer quelle est la vitesse réelle de déplacement de l’engin. En l’absence toujours de tout référentiel sensoriel on dépasse allégrement la barre des 200 km/h alors que l’on imagine cruiser sereinement aux alentours des 130. Mieux, ou pire, selon ce que l’on attend d’une auto, la puissance et le couple dantesque (65 m/kg à… 1600 tr/min) font qu’il semble absolument impossible d’arriver à bout de cette colossale force. À moins de disposer d’une ligne droite infinie, jamais la possibilité d’atteindre les limites de cette auto ne pourra ne serait-ce que s’entre-apercevoir. Ce qui, il faut l’avouer, est agréable pour le voyageur au long cours adepte de confort de roulement et de performances élevées, moins pour le conducteur amateur de sensations mécaniques. Tant pis.

J’ai évoqué les montagnes, parlons de leur corolaires que sont les virages. À quoi pouvait on s’attendre ? En bonne locomotive anglaise, la Bentley avale les lignes droites goulument et nécessite un pied plus léger à l’approche des-dites courbes. Ceci-étant dit, le progrès avec les autos du passé est réel : si l’on n’est pas trop inconscient, on peut tourner à une vitesse suffisamment élevée pour humidifier l’échine, sans pour autant avoir à scruter le rapprochement soudain avec le bas-côté. En bref, sur une belle route, on peut se mouvoir avec célérité, à condition de savoir rester souple et réaliste dans sa conduite.

La Continental GT fait, pour conclure, particulièrement honneur à son patronyme : elle est sans doute la meilleure grand tourisme à vocation continentale. Une auto destinée à un voyage à la saveur surannée : traverser les continents de longs en larges pour le seul plaisir de la découverte d’horizons nouveaux. S’il fallait choisir une auto pour une croisière jaune, ou noire, du XXIème siècle c’est cette Bentley qu’il faudra choisir. Pour le reste, nous en sommes moins sur, mais qu’importe : qui peut le plus, peut le moins. En attendant, je vous laisse, la Route de la Soie m’appelle, puis, pourquoi pas, un modeste Pekin-Paris pour le retour…

Ni belle ni moche, la Continental GT est à la fois classique et un peu fade. En cause des volumes pachydermiques et des proportions peu élancées, avec un capot que l’on jugera trop court par rapport à l’important volume habitacle+poupe. Ceci étant dit, il n’y a rien non plus de rédhibitoire.

Quand le W12 bi-turbo se libère, l’auto semble inarrêtable dans sa charge héroïque. C’est plus que divertissant.

Même si elle n’est pas moins efficace qu’un quelconque autre coupé de grand tourisme, les vitesses atteintes, et surtout leur perception altérée, obligent une certaine dose de concentration en courbe.

Un coupé Bentley est une valeur sûre qui se bonifie généralement avec l’age, sans connaître de réel passage à vide. Tant pis s’il ne déchaînera pas les passions, les acheteurs en seconde main l’utiliseront en parfaite connaissance de cause.

Sans doute l’une des voitures les plus confortables du monde, la Bentley vous permettra de battre des records de vitesse sur votre trajet habituel sans jamais faire hausser ne serait-ce qu’un sourcil à votre passagère. Blenheim Girl tested & aproved.

Délicat passage au Blenheim Factor. Anglaise et surpuissante, la Continental GT pouvait espérer mieux, si elle n’avait autant de peine à cacher son fort accent germanique. Plus grave, passé l’excitation de la vitesse – si on arrive à atteindre celle nécessaire à cet état sans fini en prison – il ne se passe pas grand chose derrière le volant.

Texte et photos : Yan Alexandre

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6 Commentaires »

  • Rudge says:

    Ce qui change tout sur cette nouvelle génération, c’est l’assemblage du pare choc avant, dont le trait de jonction avec la carrosserie ne se situe plus entre les phares, ce qui était indigne d’une auto de ce prix.

  • [...] mesurer les différence entre une GT à la sauce Ferrari et par exemple, à la sauce anglaise, comme la nouvelle Bentley Continental GT. Si celle-ci n’est que calme et volupté, la California rappelle à tout instant que la [...]

  • [...] La Bentley Continental GT est une vieille connaissance. Souvenez-vous, l’année dernière nous avions déjà pris le volant de la seconde génération, qui venait tout juste d’être dévoilée. Cet automne c’est au tour du cabriolet, la GTC, de faire ses premiers tours de roues. Et encore une fois, nous étions là. [...]

  • [...] une Continental GT dans les colonnes du Blenheim Gang ? Oui, parce-qu’après un coupé à moteur W12 qui nous a laissé perplexes, et un cabriolet GTC qui nous a emballé, nous ne savions plus quoi [...]

  • [...] God save the Rolls ! Grisée de vitesse au sommet de son temple, Eléanor Thornton daigne toujours déployer ses voiles troublants. Le numéro de charme se poursuit par une fête des sens dans le cocon intimiste de l’habitacle. Odeur et toucher sensuels du cuir Connoly, épaisseur des moquettes invitant à se déchausser, symétrie des veines de bois, jeu de contrastes entre l’ébénisterie et la peausserie… une Phantom du XXIème siècle n’offre rien de mieux. Sous nos yeux gourmands, la planche de bord a conservé le sens primitif qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Inauguré en 1977 par la Silver Shadow II lors du montage de la clim’ bizone des Camargue, elle aura perduré jusqu’à la dernière Corniche V assemblée à Crewe, en août 2002. Sachez en apprécier les bizarreries ergonomiques (Neiman au tableau, essuie-glaces à boutons rotatifs…), ce poste de conduite équipe un bon tiers de la production totale de la marque depuis l’origine… A moins que vous ne préfériez broyer du noir devant le mur des lamentations d’une Benz ? Nous, nous adorons la mise en scène de l’instrumentation, le stylet ostensiblement planté dans la colonne de direction et les deux ouïes d’aération chromées, héritées de la Shadow, qu’occultent d’anachroniques tirettes de même métal. Les Spirit/Spur II (post-89) en offrent une paire supplémentaire, à chaque extrémité de la planche, et les séries IV (post-95), deux modèles réduits à l’attention des passagers arrière. Aujourd’hui, ces bouches à air doivent constituer les seuls éléments authentiquement britanniques d’une Bentley Continental GT… [...]

  • [...] tous nos suffrages, est une voiture diablement attachante. Nous l’avons essayée en version GT W12, V8 et GTC W12 et également V8. Bref nous la connaissons bien. Pourtant, nous ne vous avons jamais [...]

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