368-370 Kensington High Street. Londres, bien sur, mais ça pourrait aussi bien être La Mecque – du moins pour nous. S’il y a un pèlerinage à faire une fois dans sa vie, quand on est membre du Blenheim Gang : voir le seul, l’unique show-room au monde de la vénérable compagnie Bristol.

(english version, after the jump)

Bien sur, il faut en avoir l’occasion. L’obédience britannique nous conduit certes de temps en temps remplir quelques devoir à Londres, mais il faut encore être géographiquement proche de la sus-nommé Kensington High Street, ce qui à l’échelle de la capitale anglaise n’est pas toujours des plus aisé. Après moult tentatives avortées, mon dernier voyage outre-manche fut le bon. Un rapide coup d’œil aux maps informatiques nous le confirme : mon hôtel se situe à Paddington, au nord d’Hyde Park, soit à une heure de marche de Kensington.

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Je vous épargne le récit de la traversée des streets, gardens, terraces et autres mews qui mènent à notre graal. L’arrivée au croisement de Kensington High St et de Hollad Road est un choc. On savait que la boutique était « vintage », c’est bien plus que ça. Occupant l’angle d’un immeuble des plus banals, le show-room vous envoie immédiatement dans les années 70, tel Sam Tyler le commissaire de la série Life on Mars. Un grand bandeau bleu profond, tellement anglais, et en lettre rouges capitales, dans un typo que l’on n’a plus vue depuis des décennies : BRISTOL CARS. En vitrine, une beaufighter flambante neuve et une 603 dans le même état. Devant l’entrée un homme fume une clope. Pantalon orange, chemise à carreaux verts gazon, cheveux grisonnants hirsute et visage buriné d’anglais pur jus. On se frotte les yeux : non, on n’a pas voyagé dans le temps. Les immondes taxis TX4 sont toujours là.

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Derrière la vitre trône également une 407 bordeaux et une Fighter actuelle, seul concession au modernisme. Pas de lumières, il fait sombre à l’intérieur. Linoléum au sol, lambris au mur, fanions Union Jack au plafond. Qu’est ce que c’est que cet endroit ? En tout cas ça n’a pas l’air ouvert. Je pousse la porte, au cas où… qui cède. Courage. Entrons.

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L’air fleur bon le vieux grenier. Entre les voitures c’est un véritable bric à brac d’objets qui pour certains renvoient à la création de la marque dans l’immédiat après-guerre. Lithographies au mur, maquettes de style de voitures en plâtre en vitrines, brochures d’époques. Une enseigne en forme de logo est entreposée à même le sol, aux côté d’en empilement de plaques d’immatriculations au nom de la marque. Le mobilier, les bureaux, tout semble avoir été conservé intact depuis 40 ans. Etrange. Une voix s’élève derrière la porte vitrée d’un bureau « … je dois te laisser, il y a quelqu’un dans la boutique ». C’est malin, voilà peut-être que l’on me prend pour le seul client de la journée. Ou de la semaine. Angoisse.

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L’homme qui me tend la main avec un grand sourire est plutôt enjoué. Ouf. Je lui explique qu’il s’agit que ma visite n’est poussée que par des années de curiosité. Pas de problèmes, voilà qu’il me fait faire le tour de la boutique et me détaille les voitures présentes. Devant ma moue ébahie devant la qualité de la déco il me rassure : « On va faire des travaux bientôt… Mais pas trop, après tout, c’est aussi un peu ça que les gens viennes chercher chez nous » me dit il désignant les fanions en plastiques d’un kitch exquis.

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Et le rachat par Frazer Nash ? « Une excellente nouvelle pour nous ». Et de m’affirmer que la marque va poursuivre la production de ses voitures, et non pas se limiter, comme on a pu l’entendre à la revente d’anciens modèles et de leur entretien. « Nos voitures, qu’elles soient neuves ou anciennes tiennent toujours la côte : la demande est beaucoup plus forte que l’offre. Celles que vous voyez ici sont déjà vendues ». Quand à Frazer Nash, l’entreprise qui ne produit plus de voitures depuis belle lurette, s’est spécialisée dans l’étude de plates-formes hybrides. « Une Bristol à motorisation hybride, c’est tout à fait compatible avec notre philosophie. Au lieu d’acheter à un constructeur une technologie très chère, nous avons maintenant un partenaire qui développe depuis des années ses solutions, qui sont bien meilleures ! » Prometteur. On verra bien, on est familier de l’enthousiasme parfois débordant des entreprises automobiles britanniques.

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On se rapproche de la Fighter et j’apprends qu’il s’agit de l’un des prototypes de développement. Mon hôte me fait remarquer ses proportions atypiques : la voiture très étroite à un gabarit inférieur à celui d’une Porsche 911. « Regardez les portes et le hayon, ils sont faits en carbone. Mais si vous observez bien, vous verrez qu’il n’y a aucune différence de surface avec les pièces en alu. Quand on sait à quel point c’est difficile d’obtenir un résultat pareil, on comprend le soin avec lequel on produit nos voitures. Je possédais une Carrera GT à une époque, cela n’avait rien à voir… ». Une Carrera GT ? Pardon ? « J’ai conduis cette Bristol pendant des heures à 200 mph (320 km/h), elle est imperturbable et peut aller bien plus vite ! Et regardez ce coffre, vous connaissez beaucoup de GT qui sont si faciles à vivre ? » On veut bien le croire. Une goutte d’eau tombe du plafond. Curieuses ambiance mélangeant archaïsme et haute technologies.

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Il est temps de partir, je remercie mon énigmatique hôte et glisse un mot sur l’existence de notre site internet. « Oh ? Le Blenheim Gang, c’est vous ? » s’écrit-il dans un immense sourire « J’adore, je me suis toujours demandé qui s’occupait de ce site, revenez quand vous voulez, on organisera quelque chose pour vous ! ». J’en reste coi. Et nous discutons encore un moment de la marque en France, de quelques propriétaires, et de l’avenir. En sortant je jette un œil à la carte qu’il m’a tendu : Toby Silverton. Propriétaire de Bristol de 2005 à 2011. Le Blenheim Gang adoubé par Bristol Cars, la boucle est bouclée.

 

368-370 Kensington High Street, London of course, but it could just as well be Mecca – at least for us. If ever there was a pilgrimage to make once in your life, when you’re a member of the Blenheim Gang, its this: See the only, the unique showroom of the venerable Bristol cars.

Of course, you need the right occasion. Chance brings us to London from time to time, but you still need to be reasonably close to Kensington High Street, which, in view of the sheer scale of the English capital, is not always easy. After a number of previous aborted efforts, my most recent cross-channel trip came up with the goods. A quick check of the map confirmed: my hotel was at Paddington, just north of Hyde park – an hour on foot from Kensington.

I’ll spare you the details of streets, gardens, trraces and mews which led us to the Holy Grail. Arriving at the junction of Kensingotn High Street and Holland Road is somethign of a shock; we knew the showroom was ‘vintage’, but its much more than that. Occupying the corner of a most unattractive building, the showroom sends you immediately back to the 70′s, the world of Sam Tyler from Life On Mars.
A wide blue shopfront sign, very English, with in red capital letters, in a font that had been thought extinct in the late 70′s: BRISTOL CARS. In the window, a spanking new Beaufighter and a 603 in simialr condition. In front of the door theres a chap smoking a cig. With orange trousers and a grass-green checked shirt, thick greying hair and an unmistakeably english face. You rub your eyes; No, you havent gone back in time. The countless TX1 taxis are still chugging past behind you.

Also behind the window are a wine-red 407 and a current Fighter, the only concession to the 21st century. No bright lights, its sombre-looking inside. Lino on the floor, laminate wood on the walls, union jack bunting on the ceiling. What on earth is this place? In any case it does’nt look very open. I push on the door anyway, and…. it opens! Courage – lets go in.

A rush of air enters the ‘old barn’. Between the cars theres a genuine bric-a-brac of all sorts, dating back to the creation of the marque shortly after WWII. Lithography prints on the wall, plaster styling models in the windows, ancient brochures. A large Bristol logo sits on the floor beside a large pile of named ‘Bristol’ number plates. The building, the office, all seems to have been left untouiched for at least 40 years. Strange. A voice is heard behind the glass door of an office – ‘Must go, someones in the showroom’. Funny, you’d think I was the only customer of the day. Or even the whole week.

A man shakes my hand warmly and greets me with a big smile. I explain to him that my visit is simply a mission to satisfy years of curiosity. No problem he says, I’ll show you our cars. He must have noticed my facial expression while looking round as he quips « we’ll be doing a few renovations in here shortly…. Nothing too radical though, its to some extent what customers expect of us » while my eyes are pointed at the amazingly kitsch bunting.

As for the Frazer Nash purchase? « Excellent news for us. » And to confirm that the new owners will continue as manufacturers, and not just maintain, renovate and re-sell existing Bristols, as has been mentioned: « Our cars hold their value exceptionally well. Demand always outstrips supply. The cars you see here are all already sold. » As for Frazer Nash, the marque which has not produced cars for a good 50 years, they are currently heavily involved with hybrid vehicle platform development. « A hybrid Bristol is absolutely compatible with our philosophy. Rather than buying in expensive technology from another manufacturer, we now have a partner who have their own extremely competitive solutions ». We will see – we are familiar with the somtimes overflowing enthusiasm of specialist British manufacturers.

As I approach the Fighter, I learn that its actually a development prototype. My host points out its unusual proportions; Its a tall car and narrower than a Porsche 911. « Look at the doors and the rear hatch; theyre made from carbon fibre. But if you look carefully, you’ll see that the surface finish is indistinguishable from the other, aluminium, sections of the bodywork. When you know how difficult it is to achieve that, you understand the care which goes into our cars. I used to have a Carrera GT, and it was nothing like this ». A Carrera GT? What??? « I have driven this Bristol for hours upon hours at 200 mph, its totally stable and capable of going a lot faster! And look at the boot – can you think of another GT as practical as this? » I certainly want to believe in it. A drop of water falls from the ceiling. A strange mix of high technology and archaic environment.

Its time to get moving, so i thank my enigmatic host and mention the existence of our website. « Oh, you’re from the Blenheim Gang, thats you? » he says with a beaming smile. « I love that site, i’ve often wondered who’s behind it. Come back whenever you like, we’ll organise something for you! » I stay a bit coy. We discuss Bristol’s image in France, a few of its French owners, and the future. As I leave i glimpse at the card he’s given me: Toby Silverton, Bristol cars owner, 2005 – 2011. The Blenheim gang admired by Bristol cars – the world has come full circle.

english version : Archie Vicar

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

9 Réponses

  1. Woolf barnato

    III y règne une atmosphère chapeau melon et bottes de cuir indéniable … Mystère et décalage , l image même de Bristol …

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  2. archie vicar

    Fantastique!!! Merci bcp, une super histoire. Je l’ai traduit en anglais pour un ami. Tu veux que je t’envoie le text?

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  3. Padrig

    Super!!

    J’y était au 368 il y a de cela quelques semaines et j’ai meme reçu des catalogues de la marque et des coupures de presse des 70′s…

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  4. GTEd Man

    Un point de repère de Londres! J’ai regardé par la fenêtre à plusieurs reprises. Je lève un verre à leur avenir, je suis sûr qu’il sera unique et construit sur leur passé ainsi

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  5. Gillam Charles M

    Beau reportage qui nous transporte vers les confins d’un goût automobile à tout jamais disparu…

    juste une petite précision concernant les deux voitures présentes dans le showroom, il s’agit d’une 411 S5 et non d’une 603 qui est à côté de la Beaufighter, mais vous êtes pardonné !

    G.C.M.

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