Pour sa survie en milieu hostile, le playboy international se doit de connaître certaines règles indispensables au bon déroulement de ses périples transcontinentaux.

A Tokyo, perdu en plein Shibuya à la recherche d’une guest-list de night-club sur laquelle figure son nom, il sait que le souriant indigène auquel il demandera son chemin tiendra la carte tête-bêche, le sud vers le haut et que ce dernier ne parlera pas un mot d’anglais. L’isolationnisme nippon, n’encourage en effet pas l’apprentissage des langues étrangères mais quelques mots à consonance britannique franchissent néanmoins les barrières du langage courant en changeant parfois curieusement de sens. Prenons le mot « midget » par exemple. Outre Manche il désigne un exquis roadster, reproduction à l’échelle un demi de sa grande sœur, la MG B. Equipée d’un moteur de cylindrée réduite, son poids contenu et ses dimensions des plus compactes assurent à son jeune et dynamique conducteur des sensations de belle tenue à des vitesses qui demeurent avouables.

Daihatsu Copen

A contrario, « midget » désigne au Japon une catégorie d’automobile bien particulière dont la petite taille et la motorisation à la capacité retenue sont les seuls points communs avec leur homonyme anglais. Trois cylindres et à peine plus de trois mètres de long, cela n’est pas sans rappeler les voiturettes populaires qui motorisèrent l’Europe de l’après-guerre. Cette catégorie a été crée pour soustraire les Japonais peu argentés de l’obligation de posséder un dispendieux garage pour avoir le droit de se mouvoir dans les agglomérations congestionnées à outrance. Heureusement pour eux les constructeurs sont imaginatifs et proposent quelques modèles au taux de désirabilité plus élevé que les citadines basiques qui constituent l’essentiel de la catégorie. On retrouve ainsi quelques perles neo-retros au look baroque, quelques « daily-drivers » goldorakifiées en bêtes de courses et plus rarement des objets purement ludiques telle cette Daihatsu Copen. Sa récente importation sur notre continent constitue une excellente occasion de vérifier si pour une fois les japonais ont bien appris leur leçon d’anglais.

Daihatsu Copen

La Copen est initialement troublante. Esseulée sur un emplacement de parking qui paraît totalement démesuré, elle semble tout juste échappée d’un manège de foire. Son faciès orné d’une calandre esquissant un franc sourire ne fait qu’accentuer ce sentiment de frivolité. Son dessin fait irrésistiblement penser l’Audi TT par ses formes générales en surfaces courbes monolithiques, par sa symétrie appuyée par quelques gimmicks stylistiques telles les jantes aux larges branches. L’adjonction d’optiques rondes lui fait toutefois perdre le sérieux germanique pour le coté ‘kawai’ qu’affectionne la jeunesse nipponne. La ligne du toit n’est certes pas des plus harmonieuses mais elle ne fait que souligner le tour de force du pool d’ingénieurs chargé de sa conception. La Copen est tout simplement le plus petit coupé-cabriolet de la production, et parvenir à contenir le complexe système dans un espace si contenu tient réellement de l’exploit.

Le volant fermement installé à droite ne trahit pas une quelconque provenance du « grey market » anglais. Il s’agit bien d’une importation officielle. La rentabilité d’une conversion en Left-Hand Drive n’étant tout simplement pas suffisante au vu du chiffre de vente initialement prévu, il faudra pour l’heure se contenter de cette configuration dûment homologuée.

Daihatsu Copen

Toit en place c’est au prix de moult contorsions, familières aux pilotes de courses, que l’on réussit à s’encastrer dans les magnifiques semi-baquets. Une fois installés, les conducteurs de belle taille se retrouvent, contre toute attente, fort confortablement lovés malgré l’espace restreint. Seuls les gabarits plus « rassurants » seront gênés par l’extrême étroitesse de la voiture. L’habitacle surprend par la finesse de son traitement et par sa richesse : sièges et contre-portes tendus de cuir rouge, levier de vitesse chromé, volant sport Momo. Il n’en faut pas plus pour que la connotation de « toy car » s’estompe pour laisser place à un caractère des plus avenants.

Les premiers tours de roues se font dans l’appréhension due au manque de pratique de la conduite à droite. L’exercice est toutefois étonnamment naturel et les craintes de dévier imperceptiblement sur la gauche ne se vérifient pas. Il est vrai toutefois que les dimensions réduites contribuent grandement à la réussite de l’exercice. Certains esprits chagrins pesteront en évoquant les potentielles difficultés au péage ou à l’abord des barrières de parking, mais ce n’est pas digne d’un Blenheimganger qui s’en accommodera avec flegme. Si la voiture est plutôt vive sur les premiers rapports, son manque de souffle se fera vite ressentir sur voies rapides lorsque l’on atteint le seuil des vitesses prohibées. De même, en deçà de la plage de déclenchement du turbo la Copen vous rappellera qu’elle n’est équipée que d’un modeste tri-cylindre. Mais qu’à cela ne tienne, l’ambiance à bord est parfaite. Le ronronnement de l’échappement, la fermeté des suspensions et la visibilité de bathyscaphe donnent l’impression d’être a bord d’une GT pensée pour Hervé Villechaize. Le seul gros problème étant justement la visibilité toit en place. D’une, le fait de conduire à droite transforme complètement la façon de s’orienter pour surveiller le trafic autour de soi. De deux la surface vitrée minuscule pénalise considérablement la bonne gestion des manœuvres. Pensez que par exemple, les vitres latérales s’arrêtent si bas qu’il faille se plier en quatre au feu sous peine de ne pas le voir passer au vert…

Daihatsu Copen

A l’approche des petites routes, on n’hésite pas à décapoter, et ce malgré la météo incertaine. Force est de constater que, si caser un toit en dur, à commande électrique qui plus est, dans un si petit gabarit, et ce sans dénaturer la ligne générale est un véritable exploit, cela n’est pas allé sans quelques sacrifices forts incommodants. Premièrement, le minuscule coffre est inutilisable toit rangé, deuxièmement le couvre capote est en fait une plaque en plastique amovible et qui se range pliée en trois dans une poche prévue a cet effet, dans le coffre. Ce petit accessoire, dont la fonction est purement esthétique va devenir le cauchemar de l’utilisateur de la Copen.

Jugez donc de la marche à suivre pour décapoter. Une fois arrêté, il faut déverrouiller électriquement le coffre de l’intérieur, se contorsionner pour sortir de la voiture et extraire le couvre capote du coffre, sans quoi le toit est verrouillé. Il faut ensuite sortir le couvre capote de sa poche de rangement et le poser quelque part, c’est-à-dire par terre. Il faut ensuite se recontorsionner pour monter à bord et déclencher la commande du toit, puis une fois celui-ci plie dans le coffre, ressortir, de plier le couvre capote et le fixer avec difficulté. Il ne reste plus qu’à remonter à bord pour repartir. Entre nous, quel intérêt y a-t-il de disposer d’une commande électrique si il faut entrer et ressortir de la voiture deux fois pour décapoter ? A l’usage on abandonne vite l’usage de ce couvre capote purement esthétique (il camoufle un espace de dix centimètres entre le coffre et l’habitacle) pour le glisser derrière un siège tout d’abord, et pour finalement le laisser au garage… Il aurait été plus judicieux d’offrir un couvre capote souple, facilement rangeable et éminemment plus qualitatif que cet assemblage complexe en plastique.

Daihatsu Copen

Une fois ouverte, la Copen procure des sensations de conduites décuplées. On se retrouve vite grisé par l’impression de vitesse. En conduite inspirée, on apprécie la boite précise et bien étagée. Le moteur se montre quant à lui volontaire, et il y a de quoi: certes il ne dispose que de 68 chevaux, mais la puissance spécifique dépasse les 100ch/litre. C’est cela toute la force de la Copen , proposer un véritable package sportif, mais à échelle réduite. Tant que la route est lisse, le châssis est irréprochable et autorise des passages en courbes à vitesse relativement élevée. Quant la chaussée se dégrade la fermeté de la suspension devient un peu plus gênante, rendant la voiture légèrement instable. Le freinage pourrait être perfectible, mais il n’y a rien de catastrophique. L’essentiel demeure qu’au volant de la Copen on a vite fait de se prendre pour un pilote chevronnée avalant les routes vallonnées à des vitesses flirtant avec l’insanité mentale. Un bref regard au compteur de vitesse calmera les plus enthousiastes… si certes on est dans l’illégalité, on ne va pas si vite que ça et tenter poursuivre une quelconque GTi à la première ligne droite venue tient de l’illusoire. Il suffit de jeter un coup d’œil aux chiffres des performances pour se voir confirmer des temps digne d’une banale routière sous-motorisée. Mais que cela ne tienne, le plaisir de conduite, lui, est intacte, et c’est bien là l’essentiel.

Daihatsu Copen

Apres quelques jours au volant on se rend compte que la Copen possède un autre terrain de prédilection que les petites départementale. Sa petite taille et sa vivacité en font une voiture parfaite pour les escapades citadines. La Copen ne manque pas d’attirer la convoitise des badauds à l’approche des beaux quartiers. Entre curiosité, surprise et convoitise, c’est un franc succès pour la Daihatsu. C’est tout d’abord son gabarit qui interloque les propriétaires de smart for-two, puis ses airs de « sportscars » qui agaceront les aspirants playboy en smart coupé, alors que les belles en Mini Cooper tombent sous le charme de cette voiture souriante. Tous s’étonnent de ce logo en forme de « D » décidément bien inconnu… Croyez le ou non, mais à la sortie d’un des établissements les plus prestigieux de la nuit parisienne, deux rutilantes Ferrari n’ont pu détourner les regards de la clientèle captivée par notre petit roadster. Ultime luxe, la conduite à droite permet de discuter tranquillement au long des Champs Elysées avec des conducteurs incrédules, au plus grand désespoir de la maréchaussée… Non je n’ai pas fabriqué cette voiture moi-même, non je ne l’ai pas importée moi-même du Japon, oui Daihatsu et une marque qui existe bel et bien, non mademoiselle, je ne suis pas libre ce soir mais appelez-moi donc demain au 06 76…

Daihatsu Copen

Le verdict est sans appel : Oui, la Daihatsu Copen est une ré-interprétation des plus intéressante de la philosophie défendue par la MG Midget. Les sensations procurées par cette minuscule voiture sont tout bonnement incroyable, et on s’y attache très vite. Seul regret, si la présence d’un toit rigide est sans doute un excellent artifice marketing, et qu’il est vrai que la conduite en configuration « coupé »est des plus confortables, il ne fait nul doute que le choix d’une capote souple aurait été tout aussi judicieux ne serait-ce qu’au niveau du poids et du prix. Qu’a cela ne tienne louons l’effort de Daihatsu d’avoir osé proposer un engin si rafraîchissant et espérons qu’elle saura se créer une descendance à long terme.

 

Daihatsu Copen

Daihatsu Copen

DAIHATSU COPEN
VISUAL ATTRACTION7
MECHANICAL THRILLS4
HANDLING8
CLASSIC APPEAL7
BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY10
BLENHEIM FACTOR8
7.3Note Finale
Note des lecteurs: (1 Vote)
8.1

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

2 Réponses

  1. Doc

    Excellent article, dont la verve est toujours aussi agréable à lire…
    Les critiques relatives à l’essai sont objectives et élogieuses, on sent que l’essai a été réalisé (et oui comment apprécier la Copen si on ne l’a pas conduite ???…) et que Daihatsu a réussi son pari: faire une petite midget, abordable, chic, et riche en sensations !
    Bref un petite roadster sympa, trés 60′s mais avec la sécurité du vingt et unième siècle…

    Pour en savoir plus

    http:/www.copenclub.net

    Répondre
  2. Yan Alexandre Damasiewicz
    Ian Alexander

    Merci Doc pour le compliment !
    Daihatsu fait d’excellentes autos, par trop méconnues en France. Dans un tout autre registre, la Materia est aussi très intéressante.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.