Early 90’s in Nice : Duel dans la jungle…

Et oui… ça sent le sud…et un peu la plaquette de freins cramée parfois – qui a dit ” et l’huile d’olive aussi“?
C’était une « casse » dans les marécages, prés de l’aérodrome de Mandelieu, au début des 90′s.
Lassé de mes récriminations sur la poussivité de la fiat 500 qui m’avait été rétrocédée pour mon permis, et qui ne me permettait que difficilement de faire bonne figure pour attraper une petite amie habitant les prestigieuses (et pentues) collines niçoises, Solo Senior, magnanime, avait décidé de me trouver une auto plus habitable et plus moderne.
On marche dans les allées de bagnoles plus ou moins accidentées, et là l’espoir se fait jour: des 405 Mi16, des kadett GSi 16v, des fiesta Xr2, tout l’aréopage du boy racer niçois à portée de main.
Mais c’était illusoire: comme il est généralement plus difficile de négocier avec Solo Senior qu’avec Yasser Arafat, la 405 Mi16 blanche “retour de vol” est disqualifiée.
J’hérite d’une jolie corsa 1.2 blanche, pas un dragster mais question prestige déjà mieux que la fiat 126 repeinte au rouleau de mon meilleur ami.
Rapatriée à la maison, elle est démontée, repeinte, remontée et me voila fier possesseur d’une jolie auto, qui marche plutôt bien avec sa bv 4 ultra courte…seul hic: l’intérieur à damier orange/orange foncé, il y a des fois ou les allemands se lâchent…
Un autoradio à tiroir alpine 4x20watts est vite négocié chez le prestigieux “tout pour l’auto Nice”, avenue de la république: 3090 francs avec deux HP Sony qui paraissaient immenses à l’époque: des 16cm!!!
Et nous voila cruisant au son des cassettes de new-wave. Mais on allait vite manquer de chevaux.
La 1ere chose à faire après l’autoradio était de changer le volant deux branches en plastoc. Momo était alors rare et inabordable, je me tourne vers Moto-lita: Solo Senior, bienveillant mais bourru voire obtus, émet un diktat : “Tu ne vas pas mettre un Moto-Lita c’est démodé, j’en avais déjà un dans ma Sprite il y 25 ans et quand j’en ai mis un dans la Scirocco GLi il y a 15 ans c’était déjà has been!”
Bref, un volant de Manta GSI acheté 150 francs dans une casse fit l’affaire (je le possède toujours, accroché au mur dans le garage!)
Un aller retour à Vintimille pour acheter deux longue portée blancs Hella (de contrefaçon) et zou ! Les phares blancs à l’époque c’était interdit et donc le comble d’un préparation réussie: 4 ampoules de 100 watts plus tard (interdites et rares!) et l’affaire était bouclée, j’étais équipé pour braver les chemins des collines ou étaient sises les villas des parents de nos petites copines. Pas encore bétonnées par les promoteurs (les collines, pas nos petites copines) elles offraient encore des spots de conduite fabuleux dans des vallons déserts que l’on appelait “le delta du Mékong” La jungle, pas de lampadaires, pas de signalisation par terre: le rêve a 5mn de la maison pour celui qui aime limer l’asphalte: on ne s’en privait pas! et les chemins de traverse ne manquaient pas pour s’abriter des regards indiscrets en compagnie d’une jolie blondinette…
A l’époque le mot tuning existait déjà, mais entre initiés lecteurs d’Option Auto 1ere époque.
Le leitmotiv: meilleur châssis, meilleur moteur, une contrainte: que l’auto ai l’air le plus possible d’origine, tout se jouant dans le détail qui renforçait l’agressivité sans alerter le badaud (…et nos amis les gallinacés).
J’avais commencé par remplacer les jantes 13′ par du 14′ en 185-55: à l’époque c’était une surmonte notable que personne ne croyait techniquement possible sur une Corsa! Un vieux technicien de chez Opel, affolé, m’avait mis en garde: « tu vas tout casser, et te tuer! ». Le monteur de Feu Vert lui aussi avait été impressionné: 185 de large, la classe ! Bref voila 4 jantes alu en place avec des “Uniroyal rallye 340″ (l’inscription “rallye” surlignée au feutre à pneus jaune, comme en compète!). Un train avant de corsa GSi nanti de sa barre anti-roulis prend place (150 francs!). Puis il fallu s’attaquer à la garde au sol: 4 ressorts courts, mais pas assez courts, hop un coup de disqueuse, une spire en moins à l’avant. À l’arrière, technique de Solo Senior version “60′s”: chauffés au chalumeau, puis retrempé dans l’huile les ressorts se sont rétractés de 5 bons cm! Assis à bord, portière ouverte, on laisse pendre son bras…la main touche la route: parfait!
Passer les roues dans les ailes maintenant….
Je commençais à avoir un châssis correct sur cette corsa 1.2S…Le châssis c’est la base de tout, et puis avoir peu de puissance ça vous apprend à conduire dans le style le plus efficace et le plus fluide, pour pas perdre du temps et des précieux chevaux dans les virages. Chez mon casseur habituel, j’avais trouvé deux étriers de Kadett GSi en bon état pour 300 francs: ils m’ont permis d’installer deux disques ventilés préalablement perforés maison, avec des plaquettes agressives et du bon Lockheed ça permettait de faire l’intérieur aux grosses bagnoles dés le 1er gros freinage.
Oui mais voilà: notre ami barbu avait “upgradé” son AX Citroën! Le brave bloc TU 45 cv 1000cm3 avait disparu dans les poubelles de l’histoire (et ses économies avec). Initialement, il voulait le célèbre TU 1300 de l’AX sport, avec ses deux doubles corps…Nous en avions trouvé un, comme toujours dans une casse. Pendant que le ferrailleur tentait avec bagout de présenter le bourrin posé par terre dans le hangar comme un maxi groupe A à mon ami déjà convaincu, je regardais de plus prés: manifestement le moteur en question avait été au cœur d’un incendie, et les précieux carbus semblaient avoir été l’épicentre du barbecue: j’en fais part avec délicatesse au casseur, qui me lance un regard furibond…bref les esprits s’échauffent.
J’avoue qu’en courant vers notre voiture restée dehors, poursuivis par les deux dobermans que ce pécore avait lâché sur nous, j’ai regretté ce “dis donc gros con, tu nous prendrais pas pour des américains avec ton moulin moisi?”, lancé avec un tantinet trop de légèreté. Ah…péremptoire tu es, péremptoire tu resteras…
Bref, le 1300, ça n’a pas pu se faire, parce que “tu n’es pas assez diplomate” me dit mon ami dans l’auto sur le chemin du retour, sans perdre son flegme. Un 1400 d’ax GT, moins puissant mais plus coupleux, finit par atterrir dans l’AX… la peste ! Avec 90 cv cette “pince” de barbu allait me griller, je n’avais que 60cv…ce fut dés le samedi suivant.
Nous partons tous deux de chez une amie, après un barbecue dans une villa coincée au fond d’un vallon des collines niçoises: pour rentrer, une merveilleuse petite route serpente autour d’un canal de la compagnie de l’eau: virages incurvés, petits ponts, pas de lampadaire, pas de marquage au sol. Chacun seul dans sa voiture… bref il enquille 1ere et disparait dans la montée, l’instant d’après je suis au rupteur, à sa poursuite…D’abord le S qui traverse le canal : en dévers, étroit, il est négocié sur 3 roues, bien en appui, la roue arrière intérieure décolle, jolie glisse, je l’ai en ligne de mire, c’est trop tortueux pour que la puissance parle : je le recolle et ne le lâche plus. Enchainements, une grande courbe, il se loupe et part en sous virage massif…Je passe !
Bref la demi-heure suivante nous avons descendu toute la colline en rase-mottes, au taquet jusqu’à Nice par l’avenue de Pessicart… Il a fini par me redoubler, puis dans les lignes droites m’a mis une valise que je n’ai pu rattraper, même en passant mieux que lui dans les virages. Il fallait réagir.
Dans la remise de l’éternel Bobby trainait un 1300 Opel, moteur réputé rageur: accouplé à ma boite 4 ultra-courte il ferait merveille. Furetant dans une casse prés du musée de l’automobile, à Mougins, je trouve une vieille Kadett des 80’s : je négocie prestement le collecteur d’admission à longs conduits surmonté d’un énorme carburateur double corps sur lequel est gravé un sigle prometteur : « varia jet II ».
Le tout est acheté sans s’assurer que cela rentrera sous le capot de la pauvre corsa, est il besoin de le préciser ?
Une vieille cintreuse hydraulique « mingori » est mise à contribution pour la ligne d’échappement maison…et Bobby, chargé du montage, émet un définitif et laconique « tu vas voir, ça va prendre des tours ». Je n’ai rien connu de plus amusant en automobile que de puiser dans la banque d’organes du constructeur des pièces provenant de modèles les plus gros pour les adapter sur les modèles les plus petits: jusque là cela m’avait plutôt réussi d’ailleurs, surtout pour les gros freins à prix d’ami, dont les étriers peints en laque rouge avec l’autocollant brembo avait fait de moi un king of ze hill.
Seulement pour la pipe d’admission « spéciale » j’avais vu trop grand: ça ne rentrait pas. Pas question d’y renoncer bien sûr, la course au cheval vapeur étant primordiale. J’ai donc supprimé le chauffage et le bloc ventilation, pour aménager un renfoncement dans la cloison pare feu. Gros radiateur de corsa TD, remontage de la ligne d’échappement maison…une planche de bord de corsa GSi achetée 50 francs me permit de disposer d’un voltmètre et de brancher un manomètre de pression d’huile.
C’était un vendredi soir, après manger: nous la sortîmes du garage. Le barbu et son AX étaient venus rôder dans les environs, curieux de voir si le bitza démarrerait…
Pour démarrer…ça, elle a démarré: l’admission maison respirait à plein poumon: branché à l’énorme double corps un manchon alimenté par un filtre mousse de r19 16s groupe N ! Et ce bruit métallique incroyable…On s’est tous esclaffés en même temps: on dirait une Alfasud !
Petit tour du quartier pour chauffer l’huile (de la yacco vx500): un feulement vraiment alfa-esque, et zéro couple en bas…J’étais sceptique. Nous avons ramené bobby chez lui, puis au retour on s’est retrouvés cote à cote au feu rouge, Corsa contre AX. J’envoie et je découvre que l’engin prend VRAIMENT des tours: je claque 7400 sur les 3 1ers rapports ultra courts, avec un superbe coup de pied au c… vers 5000!
Deux phares loin dans le retro! Je suis de nouveau ze king! J’exulte! La chose avoine diaboliquement dans les tours, le bruit est magique ! Re-feu rouge: l’AX s’arrête à coté de moi, il feint le flegme puis me lâche: “êêê march’ bien on dirait !“. Un blanc… puis il rajoute sur un ton anodin: “t’étais à fond?”
texte : N. Solo

Toujours autant de plaisir à lire ceci!..
Étant de la région, je connais tous les coins dont tu parles et ça me fait vivre tes histoires comme si j’y étais… Ah la bonne vieille époque où tout engin ne devait pas obligatoirement être “sarko-compatible” et où “les gallinacés” n’étaient pas forcément boostés à la prime de résultat qui tombait chaque fin de mois faste pour le trésor public…
Je tente avec désespoir (et quelques amis) de faire revivre cette époque à bord de mon porte-avion (injustement surnommé Clémenceau alors que je l’avait baptisée du doux nom de Clémence), une MB 190E de 1984 avec environ 110 chevaux sous le capot (une dizaine ont dû mourir de vieillesse, je présume) et des amortos aussi raides que des ressorts d’un lit de camp dans un refuge de hautes-montagne, j’arpente les colline et l’arrière pays de ma chère région niçoise…
En espérant qu’il y en ai un de vous à qui je pourrai faire l’aspi (et non l’inverse), je vous souhaite à tous, une bonne continuation !