GANG LIFE

Early 90′s in Nice : le mazout racing.

Publié par le 26/02/2009 – 17:233 Commentaires

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Les brumes de la vodka suédoise mélangée au champagne se dissipent par moments, et les souvenirs rappliquent.

C’était vers 1993.

Nous venions de coopter un ami pour lui faire intégrer notre prestigieuse assemblée : je roulais à l’époque en Opel Corsa 1.2 “réalésée” 1300cm3 et nantie d’une pipe d’admission/carburateur double corps “variajet” prélevée sur une Kadett 1.6 dans une casse cannoise. Je prenais 7500 tours minutes.

Mes amis roulaient en GT turbo phase 2, 75 1.6 série limitée « diva », AX “convertie” GT, 205Gti 1.6 (furtivement rebadgée 1.9)… Bref dans ce superbe aréopage des meilleurs spécialistes de l’asphalte, le “gros” comme on le surnommait, détonnait un peu.

Non content d’abuser des grâces (graisses?) du McDonald ou il travaillait, notre ami avait la particularité notable de rouler en diesel. “Mazout” était le terme péjoratif que nous préférions employer en sa présence pour mieux lui faire sentir notre supériorité. Mais son redoutable coup de volant et son inconscience notoire permettaient à sa modeste Supercinq gtd de rester dans le sillage des meilleurs lors des expéditions nocturnes au Turini. Bref il avait intégré le commando.

Attachant ce gars là, quoique un peu agité de la perceuse. Sa première décision fut de percer 4 trous dans le capot pour installer 4 longue-portées carrefour “copie de Cibié oscar+”. Nonobstant l’esthétique « discutable », le câblage alambiqué “à ciel ouvert” était très surprenant, tout comme les ampoules de 160 watts, précieuses perles de contrebande interdites à l’époque!

Sa 2eme décision fut de virer ses maigres économies sur le compte du centre Norauto le plus proche pour nantir l’engin d’un set de jantes alu dont on peut, vu leur masse proche de celle d’un âne mort, se demander si elles étaient réellement en aluminium… Je vous épargne la marque des pneus, je n’arriverais de toute façon pas à m’en rappeler l’orthographe, je ne parle pas taïwanais.

Sa 3eme décision fut de demander à “Bobby” notre préparateur officiel, d’abaisser la caisse de la pauvre Supercinq. 2 ressorts de gt turbo groupe A et un décrantage sauvage des barres de torsion arrière plus tard, notre gros ami mesurait à quel point son inconséquence en termes de vocabulaire avait été funeste. Je me revois encore, devant l’auto à peine sortie du garage, et devant sa mine perplexe, lui dire:

- Mais enfin pourquoi tu lui as dit : « Monsieur Bobby, posez la caisse par terre! »
- Ben je voulais rouler ultra bas, mais là c’est par terre ?!
- Falait pas dire à Bobby de poser la caisse par terre ! Avec Bobby faut mesurer son vocabulaire, ça t’apprendras!”

A sa décharge, toujours pressé de faire un bonne blague, notre ami Bobby avait chargé la mule: -15cm c’est beaucoup.
Une intervention de Solo Senior avait in extremis permis de gonfler les ailes arrière pour loger les roues, et les ailes avant, selon la recette “rallye” alors en vigueur, s’étaient vues privées de leurs points d’attache inférieurs, pour qu’elle puissent bouger et s’écarter lors des gros appuis: elles étaient en quelque sorte articulées : notre version sudiste du concept gullwing, en quelque sorte.

Puis ce furent les « essais en vol » dans les virages de notre circuit: Der GrandeKörnischRing

C’est alors donc, qu’avisant la malheureuse Supercinq mazout gisant sur le ventre comme un Dakota après un atterrissage forcé, Bobby, fier de son œuvre , en rajoute une couche: « Z’allez voir, j’ai mitonné une barre anti roulis maxi groupe A ». Ce qui voulait dire que plutôt que d’investir dans la chère pièce Renault sport il avait ingénieusement remplacé le raidisseur d’origine, par trois raidisseurs montés en série, une recette bien connue en course de cote.

Pour être franc, j’ai décliné poliment l’invitation de m’installer dans le siège passager, prélevé comme le reste du cockpit sur une épave de 5 GT Turbo. J’ai regardé la voiture démarrer dans un nuage de mazout trahissant la pompe à injection trop décalée pour être honnête (+d’avance = + de chevaux, disait il, négligeant les volutes de suie noire qui accompagnaient aussi ce genre de réglage). L’engin s’est lancé, rebondissant de bosse en bosse… Et nous l’avons vu aborder le 1er virage… Scalpant les fourmis au passage… Pour se bloquer en travers avant même d’en être sorti, crissement épouvantable de pneus taïwanais et terreur des autres usagers de la route inclus.

Retour en roue libre, pont élévateur, verdict: l’auto était tellement basse qu’en appui tout se bloquait et la barre anti roulis frappait le berceau, ou un truc dans ce genre. Colossale rigolade…

Bref 2cm d’altitude plus haut, l’auto était devenue roulable, et notre gros ami s’est attaqué à l’échappement. Pas de demi mesure, il défouraille la disqueuse 230mm, tronçonne, soude à l’arc (mal, comme tout ce qu’il faisait), bourre les trous de syntofer, dont il était grand consommateur. Les silent-blocs de la ligne d’échappement d’origine, inadaptés, sont remplacés par des “silent-blocs groupe A”, c’est à dire du fil électrique monobrin cuivre pour la maison, avec de jolis nœuds, et gaine rouge, pour faire joli.
J’ai encore en souvenir l’horrible sonorité de cette chose roulante : un grognement avec d’incontrôlables résonances, et des fuites qui empestaient l’habitacle d’une odeur aigre de diesel.

Je me souviens aussi d’une descente depuis la colline ou il habitait, ou il me fit découvrir que les mazouts aussi avaient un rupteur : une expérience terrifiante, surtout quand il s’est enhardi pour doubler un malheureux touriste belge en 911, dans une courbe masquée, lui maculant au passage le capot d’un relent d’huile lourde.

Nous pensions être tranquilles pour un moment, puis il nous a annoncé qu’il allait greffer une double sortie à l’échappement et (je cite) peaufiner l’acoustique pour faire un bruit de turbo. Je lui signale en riant que sans turbo ça risque d’être malaisé. ERREUR.

A con vaillant, rien d’impossible…la semaine passe…

Nous sommes comme tous les samedi soir attablés au Player’s une salle de billard glauque qui donne sur une traverse de la “zone piétonne ” de Nice, traverse sur laquelle il était alors de bon ton lorsque on avait une auto « d’homme », de passer et repasser, les soirs de week-end.Un rugissement, un “pouf” de wastegate : tiens une Escort Cosworth…Suivent une golf G60 et une fausse Lancia Integrale jaune bien connue…Puis le silence…Puis un bruit de tonnerre doublé d’une sorte de hululement, un peu comme ces autobus de tourisme des pays de l’est que l’on croisait l’été sur nos nationales, dans les 70’s… En tout cas un bruit de turbo, quoique agricole.

Un éclat de lumière à 4x160watts, la Supercinq passe en rase-motte, on se regarde, on sort, on le voit s’arrêter et manœuvrer pour se garer, donnant de grands coups de gaz pour faire siffler la pauvre Renault et écarter les nuées de touristes promeneurs de la rue piétonne. Croyez le ou non il avait passé la semaine à bricoler une sorte de sifflet ou d’évent en inox, et l’avait soudé dans la sortie d’échappement, l’accordant ensuite au fil des kilomètres comme un instrument de musique.

L’apogée fut cependant l’éphémère épisode du pare chocs “mille lacs”…10 phares « à très longue portée », «ayant chacun leur propre réglage » comme le souligna, pince sans rire, mon père, qui avait assisté à ce cauchemar.

Tout avait commencé par une funeste course poursuite sur la voie rapide, en pleine nuit.

Avisant cette 325i blanche remplie de nos amis les gens du voyage, je lui avais conseillé de remballer son franc-parler (son merveilleux don de la spontanéité qui, avouons le, n’était, un peu injustement, pas apprécié de tous, et avait fini par devenir un merveilleux don de déclencher une bagarre générale). Bref, cette remarque grivoise sur la passagère (au demeurant d’un fort mauvais genre) de la dite BMW avait été mal accueillie par le conducteur, ce qui nous avait valu une séance d’auto-tamponneuse trop longue à mon goût… Et heureusement écourtée à force de courtoisie et de présence d’esprit par votre serviteur, toujours heureux de pacifier un débat. (Merveilleux don du dialogue, incontestablement magnifié par l’indispensable springfield automatique brandi à la fenêtre de la portière)

Le lendemain, le syntofer avait coulé à flots pour réparer les fissures des boucliers de la malheureuse Renault, fissures qui lui avait (misère) donné une idée.
Pour remplacer les 4 phares additionnels arrachés du capot la veille pendant la bataille, il avait décidé de « créer », sur la base du bouclier d’origine cassé, une sorte de réplique de celui des Maxi 5 Turbo des 80’s.

Après un rapide aller-retour chez carrefour pour se procurer DIX phares additionnels ronds chinois à bas prix, il se retranche dans mon garage, armé de cette scie sauteuse qui ne le quittait jamais. Il en est ressorti en sueur, hirsute, recouvert de copeaux de plastic gris, lunettes de ponçage sur le nez. Sous le regard horrifié de Pistone Senior, qui, à court de souffle court se réfugier au bar noyer cette vision d’horreur par un bon pastis, il brandit le …enfin…le… « bouclier», et s’exclame (copyright) « j’ai décidé de le baptiser pare chocs mille lacs ».

Dix phares aux réglages divergents, « intégrés » grâce à des supports de haut parleur , des platines, du mastic et que sais je encore… Le pire était peut être le montage électrique étanche : c’est à dire barbouillé de mastic salle de bain (celui qui laisse des traces de silicone, qui même des années après vous empêchent de repeindre l’auto à cause d’une réaction chimique). Et puis cette habitude de travailler avec du fil électrique “de maison”… Et puis ce complexe système de relais et de variateur… Bref tous les ingrédients étaient réunis pour un bon barbecue.

Il me propose courtoisement d’aller faire un essai, je refuse, arguant que je dois rentrer: il me propose de me déposer… Zut! Les gens du quartier vont me voir à bord de ce machin…. Me voilà arrivé, je me libère des grotesques harnais Sparco et je saute dehors. Il embraye, me salue, accélère, grille le stop du boulevard Delfino sous le nez de deux motards de la police, une montée en régime interminable, et une déflagration épouvantable. Deux carrefours plus loin une Twingo avait réclamé la priorité, les disques de frein hors d’âge, épais comme des vinyles 45 tours, ont déclaré forfait.

Mère nature avait, dans son infinie sagesse, décidé de mettre fin à la récréation.
Fin du pare choc mille lacs, devenu pare chocs mille morceaux.

Pas un phare ne rechapa à cette apocalypse.

Le lendemain il écumait les casses à la recherche d’un kit carrosserie de gt turbo. Mais c’est une autre histoire

voir les autres épisodes de Early 90′s in Nice

texte : N. Solo

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3 Commentaires »

  • frederic.E says:

    Pas possible, vous y étiez vous aussi ! A deux différences près, nous c’était en 1988 ou 1989 je ne sais plus et les R5 Alpine tenaitent le haut du parking du Macumba. Bien evidemment kitées Alpine turbo grâce à 4 jantes récupérées chez le trop fameux accessoiriste PAM et montées avec les fameux Michelin MXV en 185/60 HR13 ( c’était bien plus sport que les 175/70 13 d’origine ), deux adhésifs latéraux “Turbo” finement négociés chez un agent Renault ( c’est bien plus facile de discuter le bout de gras avec une personne qui est un pro de la mécanique plutôt que de la calculette comme dans une Succ…), un pot Devil inox double sorties et les inévitables mais obligatoires sièges pétales qui faisaient toute la différence auprès de la gent féminine ( même si, comme souvent on était dans une R5 TS ou Alpine d’avant 1980…pourquoi TS ou Alpine, pour le compte tours, bien sur ! ) et roule ma poule.
    C’était aussi le temps où les Kadett D 1300 SR se muaient grace au talent d’un pote peintre en de formidables GTE 115, oui celles qui abattaient le 0 à 100 en moins de 10 secondes. Et puis dans cette formidable Opel faisait la part belle au confort grace aux Recaro SR, à la place, nécessaire pour les copines et au beau bruit du moteur OHC fort bien secondé par un Sebring commandé à prix d’or chez Stand 21 à Dijon et patiemment attendu pendant 2 mois. Et oui, à l’époque l’Autriche c’était presque le bout de la planète !
    Mais qu’est ce qu’on a pu en faire des virées, des départs arrètés, des discussions interminables et surement assomantes pour l’entourage, bien sur non initié à la chose automobile de sport. Notre zone test s’étirait alors non pas sur les routes de la Riviéra, mais plus simplement entre Lyon, la plaine de l’Ain ( idéale avec ses longues lignes droites; un pur bonheur aggripé fermement au volant, les fesses serrées sur le sièges et l’adrénaline si haute que ça devait sentir le fauve dans les autos ! ) et les étangs de la Dombes. Toute une époque qui laisse parfois un brin de nostalgie quand on discute avec les plus jeunes de voitures, mais pas de tuning ou de jackysation automobile et d’Airness attitude …
    Et dire qu’en 1988, je n’avais pas encore de “puissante” sportive seulement une trainarde de 1977, oui c’était le surnom qu’on donnait aux petites italiennes de compèt qu’étaient les 127 70 HP et les A112 Abarth. Et oui, je faisais le fier en A112 Abarth série3 ( celle avec le capot noir mat mais sans prise d’air ) mais tout de même agrémentée de pneus en 155/70 SR 13 en lieu et place des 135 SR13, d’un silencieux Devil et de deux manos supplémentaires Véglia en plus de ceux qui ornaient déjà la console. Un vrai cockpit d’avion, surtout la nuit mais quel plaisir à piloter à fond de 4 à 130… et dire que j’en cherche toujours une depuis 10 ans…..

    @Franck: c’est excellent et très sympa à lire et relire …

  • Ian Alexander says:

    Hello Frede,
    Je transmet à Franck votre réponse, ça va lui faire plaisir.
    Amusant, quand je suis né, en 1980, mon père avait une R5 TS, avec des jantes d’Alpine (à 3 fentes). J’ai des photos de moi, tenant à peine debout, avec cette auto. Ça commence tôt la passion…

  • Colin Chapman says:

    Des fois, on regrette d’être nés un peu trop tard…
    Je me marre bien en voyant les vieux polaroïd de mon père devant sa Dauphine gordinisée avec l’arceau “maison” en tuyau de chauffage piqué au plombier!
    Comme vous il a enchaîné sur le duo 127 / A112, avec la carte de fidélité de Stand 21 pour l’équipement…
    Je me trouve bien sage parfois…
    Merci Franck de nous faire partager ces souvenirs dépaysants. Le Turini fait un peu plus rêver que le tracé de la course de côte de Haute-Rivières dans les Ardennes… ;)

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