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En route pour Le Mans en Corvette ZR1

Publié par le 17/06/2010 – 18:331 Commentaire

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Le Blenheim Gang a passé 5 jours au bord du circuit du Mans, soit bien plus que le service minimum imposé de 24h, pour s’imprégner de l’ambiance unique de la plus grande course automobile au monde. Chaque jour, un épisode de cette semaine pas comme les autres.

Kowalski avait une mission : convoyer une Dodge Challenger de Denver à San Francisco en 15h. Ça ne lui a pas réussi, pourtant l’idée était tentante. Nous aussi nous avions une mission, plus simple, mais dont l’intitulé ne manquait pas moins de panache. Au programme deux Chevrolet Corvette qui attendent sagement dans un parking souterrain de la banlieue parisienne que des volontaires les emmènent sur le circuit du Mans, où elles doivent être exposées au public. Un des volontaires, c’était moi. Le sens du sacrifice, vous savez…

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Pour commencer en douceur, je prend le volant du Cabriolet Grand Sport. Une voiture plus sage que ce que son nom promet : seule différence avec la version de base, un kit carrosserie plus affirmé (avec des prises d’air latérales) et un freinage plus mordant. Le choix du cabriolet semblait légitime, après tout les premières Corvette ne proposaient que cette carrosserie, mais pas de chance, il pleut à verse et je ne décapoterai… jamais.
À premier abord la Corvette de 6ème génération impressionne. Pas par l’élégance de ces lignes, elle ne peut que difficilement y prétendre, mais par la brutalité de son style et ses volumes conséquents. Certes, elle a perdu du volume face à la précédente mouture qui semblait avoir besoin de toute la largeur d’une autoroute pour se mouvoir, certes elle s’est européanisée – des dires même de GM – mais elle reste toujours une auto américaine, avec tout ce que ça impose côté canons stylistiques.
Large, basse, plate, c’est ainsi que l’on peut la décrire. La « faute » à son moteur V8 simple arbre, une mécanique apparemment rustique, mais qui se permet d’être compacte, et d’autoriser ce capot ultra-plongeant. La ligne en bouteille de Coca-Cola est toujours bien présente, et après la baie de pare-brise, la ceinture de caisse remonte jusqu’au très hautes ailes arrières qui aboutissent à une malle démesurément longue, bien que brutalement tronquée. L’arrière est celui que l’on connait depuis la C4 : un brutal plan incliné flanqué de 4 phares rond. À la manière d’une 911, la Corvette fait évoluer son dessin sans trop de modifications majeures au fil des ans.

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Premier constat à bord, les sièges sont d’un confort étonnant. Elastiques et spongieux à la fois, il donnent l’impression de se lover dans la semelle des Nike Air Max de notre enfance. Assurément confortable. Le reste est moins joyeux : la finition à l’américaine n’usurpe pas sa réputation. Le design de la planche de bord est d’un quelconque rare, et le tout est réalisé dans des plastiques médiocres, à peine rehaussé de faux carbone. Avec ses deux gigantesques compteurs l’instrumentation fait dans l’exotique. On y trouve un voltmètre par exemple, à quoi cela sert-il encore ? Les commandes qui l’entourent en arc de cercles semblent issues d’un délire des années 80 : une multitude de boutons qui commandent des fonctions que l’on ne se donnera pas la peine de découvrir.

Histoire de compléter le tableau made-in-USA, ce cabriolet est équipé d’une boîte automatique, qui n’a rien de transcendante. C’est parti pour une ballade rythmé par les glissements des rapports et les changements intempestifs de régime moteur. Heureusement celui-ci glougloute comme il se doit, ce qui n’a rien de déplaisant. Cap à l’oust en s’extirpant de Paris par l’autoroute, que l’on quittera rapidement pour le réseau secondaire. La conduite de cette Corvette est sans histoire, et sans émotions particulières, ce qui, dans une auto de 437 chevaux, dérange un peu. Cela accélère, oui, mais la boîte automatique se charge de dépassionner la charge. La direction aussi avoue une légère mollesse. Pas très passionnant, surtout que dans la rétroviseur, un avion de chasse ne cesse de se rapprocher à chaque tentative d’accélérer : la très méchante ZR1.

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Avec sa carrosserie encore plus agressive, la ZR1 fait passer la Grand Sport pour une paisible GT – qu’elle n’est pas loin d’être, en fait. Encore plus boursouflée et torturée par des entrées d’air, avec un spoiler ultra large, posé au ras du sol, elle semble vouloir engloutir toute la route à elle seule. Coquetterie ultime, son capot au bossage transparent laisse apparaître le haut de la culasse, à la manière des shaker hoods des muscle cars des 60′s. À bord, c’est moins festif car l’habitacle est strictement le même que celui d’une Corvette « normale » à l’exception d’une sellerie bi-ton. Le faux carbone est toujours présent, ce qui est navrant alors que la carrosserie est faite de cette matière. Le volant est toujours aussi moche, mais cette fois on à le droit à une boite manuelle – avec un gros et moche levier, zut.

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Ce qui change, c’est qu’à la place du dispensable voltmètre on hérite d’un manomètre de pression du compresseur. Et envoyer balader son aiguille à la première accélération permet de comprendre immédiatement que l’on est à bord d’une auto en tous points différente. Oubliez la sagesse de la Corvette, la ZR1 est un monstre assoiffé de bitume qui demande une poigne de fer pour être maitrisé. Car ici c’est une impressionnante cavalerie de 647 chevaux qui déboule avec toute la violence que cela implique. Oubliez toutes les policées soit-disantes supercar européennes castrées par leur éléctronique sophistiquée. Ici la voiture se commande avec vos pieds et vos bras, et ça ne sera pas donné à tout le monde. Résultat, le plaisir de conduite est réel, et ce même à vitesse autorisée, tant la ZR1 distille des sensations avec générosité.
Gadget amusant, elle est dotée (comme toutes les Corvette) d’un afficheur tête haute ultra-complet, proposant un compte tour, la vitesse, mais aussi la pression du compresseur et un G-mètre latéral – autant s’amuser un peu. De quoi se concentrer sur la route, sans avoir à chercher les informations sur le tableau de bord. Et rester concentré vous en aurez besoin !

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Passé les 3000 tours, le moteur se déchaîne en délivrant toute se sonorité grave, à peine recouverte par le sifflement de plus en plus présent du compresseur. L’emmener vers la zone rouge, soit à 6500 tr/min, donne l’inquiétante impression de chevaucher un taureau à cru au beau milieu d’un corrida : tôt ou tard l’animal finira par reprendre ses droits. Yvan Muller aurait avoué, après avoir mené la ZR1, qu’il s’agit d’une des rares voitures dont les limites se situent au delà des siennes. Connaissant le coup de volant impressionnant du pilote, à des années lumières de mes misérables notions de conduites, je ne peux que rester humble aux commandes du monstre. En attendant, à condition de garder les roues arrière à l’écart de toute flaque ou bande blanche, et celles de l’avant bien droite, on peut s’offrir des sévères montées d’adrénalines au premier dépassement.

Curieusement, les victimes du jour se sont soumises non pas en klaxonnant ou en nous aveuglant d’appels de phares vengeurs, mais avec les pouces levés. C’est aussi ça la Corvette, un voiture populaire, dont l’image est bien éloigné de celle de ses concurrentes déclarées, aux prix stratosphériques. C’est sous des regards alléchés et bienfaisant que l’on arrive au but du voyage : le circuit des 24h du Mans.

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C’est fini, en quelques secondes le rêve bascule, il faut rendre les clés au personnel de Chevrolet, pressé de la nettoyer pour l’exposer. Ces malheureux nous attendent en se rongeant les ongles depuis près de 3 heures – non, nous n’avons pas pris le chemin le plus direct, loin de là. Heureusement, on se console vite : nous voilà arrivé dans la Mecque du sport automobile, et déjà, on entend le vrombissement des moteurs sur la piste. Devinez lesquels font le plus de bruit ? Ceux des Corvette, bien sur…

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Dur de faire plus méchant que le look de la ZR1. Les petites voitures croisées ont eu tellement peur qu’elles ont toutes fini dans le fossé. Il reste néanmoins un je-ne-sais-quoi de pas très subtil là dedans.

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Ce moteur est une brute épaisse qui ne demande qu’une chose : vous donner une claque dans les reins à chaque accélération. Sans doute l’un des engins les plus vivants de la production actuelle. Réjouissant.

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On ne connait pas plus velu à conduire, véritablement jouissif à mener rapidement. Mais attention, contrairement à la plupart des autos modernes, à la moindre incartade c’est le coup de règle sur les doigts.

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Série limitée la plus aboutie jamais réalisée sur base de la plus mythique des autos américaines, elle à déjà sa place en collection. D’ailleurs c’est la première qui y a pleinement le droit depuis la Sting Ray. Attention, voiture sauvage, il faudra compter les survivantes…

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La Corvette attire les filles c’est un fait. Si le look de surfeuse Kiabi, les cheveux mal décolorés et les tatouages sur l’épaule sont votre came, vous avez de la chance. Nous passons notre chemin.

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Dans la triste production actuelle, la Corvette ZR1 est l’une des rares autos qui provoque quelques émotions au volant, et qui rappelle que conduire n’est pas donné à tout le monde. Si elle ne transpirait pas autant l’Utah profond, on signerait un bon de commande sur le champ.

Lire la suite : Première nuit au Mans

Texte et photos : Yan Alexandre

Voir les meilleures photos de cet article dans la Blenheim Photothèque

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