La saison 2013 de  Formule 1 à commencé hier à Jerez, avec les touts premiers essais d’intersaison, l’occasion pour toutes les écuries, ou presque, de faire tourner pour la première fois les roues de leurs nouvelles monoplaces. Le Blenheim Gang y était.

Je dois vous avouer que je ne m’attendais pas à grand chose. On m’a dit que le premier jour, les voitures ne roulaient que très peu. Quant à la piste de Jerez, mis à part le lointain souvenir d’un Schumacher tentant harponner la Williams de Villeneuve, elle ne m’évoquait rien. Ça sera la journée des bonnes surprises…

Jerez-2013-06

La première c’est l’absence de la foule qui accompagne chaque épreuve de Formule 1. Quiconque ayant déjà assisté à un Grand Prix, que ce soit debout dans la plus mauvaise tribune ou avachi dans un sofa du Paddock Club, est habituellement confronté à un magma humain engloutissant chaque centimètre carré des infrastructures de la piste. Même les paddocks se retrouvent envahis d’une foule de mécaniciens, officiels, invités, journalistes et autres pit-babes – comme on le voit dans chaque reportage précédant les départs. Ici c’est le désert. En à peine 30 secondes je passe la grille du circuit et me retrouve au milieu du paddock. On se croirait au salon du camion : les Renault, Man, Mercedes, Volvo et Iveco sont alignés comme à la parade, parfaitement briquée et parés de leurs plus beaux atours. Mais il n’y a pas grand chose d’autre à voir par ici, juste s’émerveiller sur les gigantesques motorhomes qui se déploient en largeur, longueur et hauteur.

À propos de motor-home, mon camp de base est le restaurant de Red Bull. Installé dans une seule remorque, une fois toutes les extensions dépliées il occupe une surface deux fois plus grande que celle de mon appartement. Et en plus, c’est confortable. Démesure.

Jerez-2013-03

Premier passage obligé, une conférence de Christian Horner, qui nous explique le nouvel engagement d’Infiniti, qui passe de sponsor à partenaire technique d’une écurie devenue Infiniti Red Bull Racing. Une fois n’est pas coutume je suis au premier rang. J’ai beau être habitué aux exercices de communication, celui là est mené avec un naturel et une intimité surprenante. À ma gauche des journalistes anglais, debouts et semblant tout droit sortis du pub le plus proche, apostrophent familièrement Horner, qui répond du tac au tac. Soit le discours et maitrisé au micron près, soit la F1 est un milieu moins froid qu’il n’y parait. À moins que le calme de Jerez pousse à la décontraction…

Jerez-2013-08

Le circuit n’a sans doute pas beaucoup évolué depuis la fin des années 1990, mis à part une étrange soucoupe volante posée sur la ligne de départ, vague architecture moderne, sans doute pompée sur les délires des circuits asiatiques actuels. La piste date de 1985, mais certaines tribunes, panneaux d’affichage, et la tour de contrôle (surmontée d’une bouteille de vin en costume traditionnel, si si) semblent tout droit sortis des années 1960. Drôle d’ambiance. La piste est légèrement encaissée, avec des changements de niveau, et le tracé est visible dans sa quasi-intégralité depuis le toit du bâtiment des stands. Je pensais trouver une obscure piste d’essai de seconde zone, c’est tout le contraire : il y a ici une véritable ambiance, digne des circuits « historiques ».

C’est donc au dessus des stands que je m’installe pour profiter de cette première journée d’essais, avec une vue imprenable sur la piste. S’il n’y a jamais plus de 4 ou 5 voitures roulant simultanément, le spectacle est quasi ininterrompu.

Jerez-2013-09

La nouvelle Lotus est une des premières à tourner, aux mains de Romain Grosjean. Cette année les prénoms des pilotes sont écrits en gros sur la monoplace (qui comme toutes les autres n’évolue que très peu, en attendant 2014), tout comme le nom de Genii sur le flan. Histoire de rappeler qui est le patron ici. Pendant ce temps là, Pastor Maldonado, encore sur l’ancienne Williams, oublie de freiner en entrant dans les stands, et jardine un peu.

Jerez-2013-21

Les Ferrari et les Force India sont affublées de leur habituel mat (mais à quoi cela peut-il donc servir ?) durant les essais.

Un seul pilote est présent aujourd’hui, souvent le numéro 2. Chez Ferrari il s’agit de Massa, et chez Red Bull c’est Weber qui inaugure la voiture.

Et Ricciardo chez Toro Rosso…

Un détail qu’on ne voit pas forcément en photo, et encore moins à la télévision, c’est à quel point les couleurs de la Red Bull sont vives. Cette voiture est une explosion visuelle. Son jaune, son rouge et son bleu, désormais rehaussé du violet d’Infiniti, font passer l’orange des Force India pour terne, le Rouge des Ferrari pour passé, et le vert des Caterham pour délavé…

Il est temps de redescendre, je reçois un appel me disant que c’est l’heure de visiter le garage Red Bull, justement. Ici, les photos sont interdites. Il faudra donc vous contenter des mots… Surprise, encore : un aquarium en verre est positionné entre l’emplacement des deux voitures. À peine le temps de s’y insérer qu’un hurlement indescriptible déchire l’air. La RB9 de Weber vient de se positionner en face des stands. Le moteur pas encore coupé elle est poussée à reculons dans le garage, accompagnée du sifflement strident, à vous en percer les oreilles, des souffleuses portatives dirigées vers ses pontons. Soudain le moment devient magique. L’intensité lumineuse vient de baisser d’un cran : des paravents dressés devant l’entrée du garage empêchent la lumière du soleil d’y pénétrer, tout comme les regards des curieux… Mais nous sommes toujours là, séparés de la voiture située à même pas un mètre par une simple vitre… À peine le temps de le remarquer qu’elle est levée et que des couvertures chauffantes sont placées sur les pneus. Les 12 mécaniciens s’agitent dans un ballet où chacun sait exactement ce qu’il a à faire. Certains sont devant un écran, un autre, plus affairé, tripote les entrailles de la RB9 au niveau de la roue arrière gauche, à l’aide de deux longues clés plates, montées sur d’épais manches, pareilles à quelques instruments de cuisine. Mark Weber a enlevé ses gants, se délasse les doigts, et fait un peu de causette, sans retirer son casque. J’essaye de tout regarder, un sourire incontrôlable barrant mon visage d’une oreille à l’autre. J’ai l’impression de faire partie de l’équipe.

À peine quelques minutes sont passées. Quelqu’un à posé le démarreur à côté de la monoplace et je comprends qu’il ne me reste que peu de temps pour insérer mes bouchons protecteurs dans mes oreilles. Plus personne ne bouge, chacun des 12 hommes a pris une position stratégique, dans une attitude proche du sprinter sur la ligne de départ. À qui un paravent, à qui une couverture chauffante… La tige est glissée dans la voiture. Attente. Bruit pneumatique, le moteur finit par démarrer après quelques secondes, plus longue que ça à quoi je m’attendais. Tension toujours, rien ne bouge, hormis les chiffres rouges au dessus du volant de Mark. Et soudain, à la même seconde, tout le monde s’affaire, simultanément. Plus de paravents, plus de couvertures chauffante, et en un battement de cil, plus de voiture. Voilà, c’est fini. Je peux remonter sur mon perchoir, sous le choc.

La matinée s’écoule dans le bruit furieux des Formule 1. Chaque voiture qui s’élance s’annonce quelques secondes au préalable par un vacarme de tous les diables en provenance des stands, en contrebas. Pratique pour savoir qui va s’élancer et préparer l’appareil photo. J’abandonne tout espoir de voir les Mercedes, aucun mouvement de ce côté là, mais le panonceau « Jenson » me rend fébrile. À son niveau, un moteur à démarré. Une fois. Puis s’est tu. McLaren, es-tu là ?

Jerez-2013-31

Felipe Massa, lui, s’arrête devant son stand à tous les tours. À chaque fois, une armée de mécanicien s’affaire, concentrée sur l’aileron avant.

Pendant ce temps là, inlassablement, Paul di Resta enchaîne les tours.

Romain Grosjean est ressorti pour des sessions de 7 tours, la voiture parfois bariolée de cette peinture verte permettant de lire l’écoulement de l’air sur tel ou tel élément de la carrosserie. À son premier arrêt, tout le staff l’observe. Inquiets ? Lotus est la seule équipe ayant installé son « poste de commande » sur le muret des stands…

Pastor Maldonado repasse lui aussi aux stands à chaque tour, fait hurler son moteur en passant devant les stands, semblant narguer tout le monde, et s’arrête à la sortie pour redémarrer en trombe. Visiblement on simule un départ chez Williams.

Interlude…

Mais à qui Mark Weber parle t-il à la pause déjeuner ? Réponse en bas de page…

Jerez-2013-51

Et soudain, profitant d’un moment inattention de ma part, Jenson apparait. La McLaren me fait immédiatement oublier les couleurs vives de la Red Bull. Cette flèche chromée bardées de marquages rouges fluos est un véritable aimant à regards. Un petit tour et puis s’en va…

Tout comme moi : il est l’heure de prendre mon avion pour Paris, des souvenirs pleins la tête.

Quant à Mark, il parlait, bien sur, à l’homme à la casquette rouge.

Jerez-2013-57

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

2 Réponses

  1. n1c0

    Le « mat » des Ferrari et Force India sert à faire des mesures d’écoulement d’air.

    Répondre
  2. Yves

    Superbe récit!
    Mais les mécanicens s’agitent en un ballet, plutôt qu’en un balai…

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.