Nous avons rencontré pour la première fois Franck aux abords du circuit de Charade, sur la ligne de départ du Blenheim Carburetor Rehab Run. Depuis, il est devenu un habitué de la maison, et nous le croisons régulièrement au volant de sa BX Sport ou de sa Kawazaki 1100 R. Mais au quotidien, Franck roule en Chrysler Voyager. Présentation.

Driver : Franck Hedin, musicien, compositeur et réalisateur artistique. Voiture : Chrysler Voyager ’90. Lieu : Paris XXe.

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Quelle était ta première voiture ?

Une Austin Mini 1000, avec le compteur de vitesse au centre, que j’avais acheté 5 000 F. Son avant était entièrement dessoudé : dès que tu accélérais, le capot moteur se soulevait avant que la voiture ne parte ! C’était assez incroyable, mais j’en garde des souvenirs fantastiques.

Comment tu en es venu au Voyager ?

Le Voyager c’était tout simplement une réponse au besoin d’une voiture purement utilitaire, et en même temps je ne peux pas concevoir de juste acheter un Kangoo… Le tour est vite fait, tu peux avoir un Espace premier modèle par exemple. Mais j’ai toujours aimé cette voiture, sans doute influencé par mon amour des Etats-Unis et mes voyages là bas. En parcourant les annonces je suis tombé sur celui-ci qui était vraiment pas cher. Il offre cette dimension utilitaire pour pouvoir transporter du matériel, assez grand pour éventuellement partir pour un trip de plusieurs jours et dormir dedans, avec un attelage pour pouvoir tirer un plateau avec une moto derrière. C’était ça, les raisons.

Tu as gardé les stigmates de l’ancien propriétaire.

Oui. C’était un surfeur urbain, il descendait de Montmartre sur de grandes planches à quatre roues, de nuit… C’était son véhicule, il se changeait à l’intérieur. Il l’a décoré avec des tas d’autocollants, donc ce Voyager a un petit côté van de surfeur assez sympa.

Avec aussi un côté assez brutal, ce n’est pas non plus le van à fleurs.

Non, parce-qu’il est noir. Il y a juste ce petit liseré rouge qui fait une référence amusante au A-Team, sinon il est assez brut de décoffrage, avec ses jantes en tôles. Mais j’aime bien, c’est sobre.

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Il va bien avec le style de musique que tu fais, il y a un univers qui est cohérent

C’est sûr, la musique de mon groupe, Lafayette, et encore plus le nouvel album, est dans le dépouillement, dans l’essence du rock . Extérieurement, le Voyager est sans fioritures, mais son intérieur est clairement kitsh. C’est le confort US tel qu’on le concevait dans les années 1980, avec un espèce de velours bordeaux et son tableau de bord en simili assorti.

Tu l’utilises comment aujourd’hui ?

Principalement pour transporter du matériel de musique. Quand tu as une batterie, des instruments, ça prend tout de suite beaucoup de place, et ça nous est arrivé de partir à des concerts avec. Comme on est trois sur scène, plus notre ingénieur du son, avec le matos ça rentre parfaitement. C’est le petit van idéal pour partir jouer.

Quel fut ton parcours automobile entre la Mini et le van ?

Avant la Mini, il y a eu la Fiat 500 de mes parents que j’ai commencé à conduire à 16 ans dans le parking. J’ai appris comme ça, sans leur dire, évidement, jusqu’au jour ou j’ai pris un virage trop vite – parce qu’évidement je voulais rouler vite- et j’ai frotté une aile sur le mur. Là j’ai du avouer… Il y a au la Mini, puis une Fiat Panda qui était à ma mère et que je m’étais un peu approprié. La première voiture sérieuse que je me suis acheté, étant toujours attiré par les sportives, fut une Polo G40 – les deuxièmes, avec les feux carrés. On était en pleine époque GTI, c’était un petit coupé qui faisait 115 ch pour 800 kg et qui avait cette particularité d’avoir un moteur à compresseur, et un train avant complètement dépassé – c’était assez drôle. Mon parcours professionnel progressait, et je progressais en automobiles… Il y a eu un coupé Audi S2 quattro 5 cylindres turbo, fantastique, assez monstrueux à conduire mais en même temps très confortable. Après j’ai acheté une vieille 911 Carrera 3.2 ; là j’atteignais un summum, j’avais même pas 30 ans : la réussite ! (rires) Elle devait avoir 90 000 km, elle était comme neuve. J’ai sillonné la France avec, je suis allé au ski… Je l’emmenais partout. J’ai commencé par être pris par la collectionnite, j’ai eu une Caterham, une Renault 5 Turbo 2 que j’ai absolument adoré et que je regrette énormément, une Ford Mustang, une Simca Aronde – tout ça en même temps. Avec des potes on avait une maison de campagne avec un grand hangar, et on avait tous des bagnoles, c’était assez génial. Après… La crise aidant, l’enfant arrivant, un achat de maison, d’autres priorité dans la vie : la Porsche a payé les travaux, la R5 autre chose, etc. J’ai tout revendu progressivement jusqu’à ne plus avoir de voiture pendant une période. Retour à la case départ : j’ai alors eu assez longtemps une Fiat Panda 750, très utilitaire. Je l’adorais, mais un jour, incroyable, on me l’a volée ! Et nous voici avec le Voyager.

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Ça ne te manque pas de ne pas avoir de voiture de sport aujourd’hui ?

Si, ça me manque. C’est clairement une question de moyens. J’ai fait le choix, à un moment, de bifurquer vers la moto. En gros, tu divises par dix le prix. Aujourd’hui je roule avec une moto qui a un rapport poids/puissance de Ferrari F40. En terme de sensations j’ai donc au quotidien ma dose, et puis j’ai l’immense plaisir de posséder une BX Sport qui est notre voiture du Blenheim Carburetor Championship, et que j’adore. Elle est hyper fiable, avec un comportement assez moderne pour une voiture qui a presque 30 ans. Je garde dans un coin de ma tête de racheter, quand les temps le permettront, une autre voiture. J’ai toujours quelques plans dans un coin de la tête….

C’est quoi, justement, ton plan ? Ta prochaine voiture ?

Ce qui me fait rêver aujourd’hui, en ayant la moto qui est loin d’être avare en sensations et qui est un truc de liberté dingue… Ce que je vise, en bagnole, ce sont des choses quasiment inatteignables. Je suis un enfant du Groupe B, je regardai tous les week-end les rallyes avec mon père à la télé à Auto Moto avec des yeux énormes. Les 205 Turbo 16, le Paris Dakar, j’ai été élevé à ça. C’est pour ça que j’ai eu une R5 Turbo. Le rêve absolu ce serait d’acheter une Gr.B de course et de faire des rallyes historiques avec, le Tour de France Auto, le Neige et Glace dans le Jura… Les ultimes, les plus monstrueuses : une Quattro S2, une 205 Turbo 16 evo 2, une Lancia Delta S4… Une de ces trois la.

Ah oui, c’est complètement inaccessible !

J’en suis conscient !

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Tu as un plan a court terme, sinon ?

Franchement, à court terme, je n’ai pas de besoins. La moto me comble énormément. M’acheter une voiture… Il faudrait un truc vraiment exceptionnel pour une utilisation vraiment exceptionnelle. Quand on est allé dans le Jura, par exemple, pour le Defrost Run, rouler sur la neige avec la BX ça c’était exceptionnel. Evidement, tu ne peux pas faire ça en moto, et j’ai adoré. Et pour ça la BX suffit amplement pour s’amuser.

À propos de souvenirs, quel fut, depuis ton permis, ton plus beau moment automobile ?

Il y en a 2 je dirais. J’ai un pote qui a toujours eu de supers bagnoles. On partait toujours avec deux de ses voitures. Il avait une 911 3,6 Turbo préparée avec un échappement quasi libre, qui faisait quasiment 500 ch, j’ai le souvenir sur une nationale d’avoir passé mon temps a dépasser des voitures avec le coup de pied au cul du turbo, dans son expression la plus dingue. Je n’ai jamais ressenti une telle violence dans une autre voiture. Surtout avec l’échappement libre, même les sensations suggestives était dingues. Ça faisait un de ces boucan…
Et, quand même, au panthéon de mes sensations automobiles, le Carb Run de l’année dernière. Un des trucs les plus extrêmes de mon expérience automobile. Conduire plus de 12 h trois nuits de suites, sur des routes dingues, avec ce choix que l’on avait fait avec mon coéquipier de rouler à une allure assez élevée, à base de Red Bull pour ne pas s’endormir…

Quel est le plus bel endroit ou tu as roulé ?

C’est récent, l’été dernier, pas en voiture mais en moto. Une traversé nord-sud en partant de Haute Loire, au niveau de La Chaise-Dieu, jusque dans l’Aveyron, à Millau, en passant par l’Allier, le Gévaudan, la Lozère, que sur des petites routes, évidement. Les Gorges du Tarn, la montée vers le Causse après Millau sur une route qui serpente avec un bitume lisse comme un billard et de vraies épingles… C’est assez fantastique. Ça doit faire un peu plus de 300 bornes.

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Et l’endroit où tu rêverais de rouler ?

J’ai un projet de traversée du Gabon, en 2 ou 4 roues. Un rêve qui va devenir réalité prochainement, courant 2015. J’ai plus ou moins déjà mon itinéraire, sur une succession de pistes en terre et de bourbiers. De toute façon il y a tellement peu de routes au Gabon, que tu n’as pas vraiment le choix ! Quelques grandes routes font le tour du pays du nord au sud, sans passer par le chemin le plus court. Le Gabon ce n’est pas énorme alors ça peut se faire en une semaine. Et puis c’est un des rares pays qui échappe au tourisme, c’est donc une vraie terre d’aventure.

Dernière question : quel est le meilleur morceau à écouter dans ton Voyager ?

Pour moi, la voiture c’est un endroit où, en dehors de mon studio, j’aime écouter la musique pour un peu, entre guillemets, contrôler, ou avoir une autre écoute. C’est toujours très agréable d’écouter de la musique en voiture. Comme on vient de terminer le notre nouvel album, TN MOTOR, qui sortira bientôt, c’est donc lui que j’écoute en ce moment. Le premier single s’appelle Keys to Riviera. On l’a enregistré, comme tout l’album, à Nashville, qui est la nouvelle Mecque du rock – pas que de la country, mais du gros son rock garage US : Jack White, les Black Keys, etc, sont installés là bas. C’est dans cette veine et dans ce son indie rock. Le clip a été tourné à Detroit dans les ruines de l’usine Packard.

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Photos : Fabien Breuil
Les photos sont la propriété exclusive de l’auteur Fabien Breuil. En aucun cas elles ne peuvent être utilisées sans la préalable autorisation écrite de l’auteur.

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

Une réponse

  1. Mikael

    Cher Franck,
    en tant que musicien, motard, propriétaire d’une BX, grand amateur de bagnoles et… résident gabonais, je me dois de te proposer un coup de pouce si tu passes par le Gabon !!!

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