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Il était une fois dans une Union soviétique qui avait bien tourné, la Régie Socialiste des Usines Renov.

Au pays où l’auto n’allait pas sans mobile, la Régie Socialiste des Usines Renov fournissait le camarade contribuable en bagnole sinon en opium, à la faveur d’une Turbo-mutation de la poubelle ordinaire. Et pour ceux qui n’avaient pas les moyens d’acquérir une R12 Gordinski ou une R5 Alpinovitch, Renov hissait haut les couleurs du prolétariat dans les Grands Prix de F1 aux yeux et à la barbes des nations capitalistes. Il fallait bien flatter la masse laborieuse en ces temps ennuyeux où la Béhême et l’Audi n’étaient encore que l’apanage d’une minorité d’asociaux pervertis par le Grand Capital.

Si ce n’étaient quelques vaines tentatives de putsch des socio-traîtres Citronov ou Peugowski, la RSUR ignorait jusqu’au mot « concurrence ». L’exportation ? Une lointaine et obscure préoccupation d’aventurier post-colonialiste face à l’attrait d’un pré-carré de France tout acquis à son losange. Les clients, pardon, les candidats acquéreurs, évoluaient en grade sur une échelle sociale graduée de la R4 à la R30, et tous étaient contents puisqu’ils vivaient dans le meilleur des mondes possibles. Si, d’aventure, certains camarades devaient essuyer quelques plâtres, gageons qu’il s’agissait là de la contribution de chacun à l’édification du Socialisme. En cas de pépin, la permanence Renov était toute disposée à offrir à l’usager un autocollant et un stylo magique à l’effigie du camarade Alain Prostkovich. Dans les cas les plus extrêmes, on pouvait même lui vendre une autre Renov.

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Le 23 vendémiaire de l’an 191 après la Révolution (1984 chez les socio-traîtres) le Parti lança le nouveau fleuron socialiste, la R25. Bien qu’affichant une sophistication à base d’électro-gadgets et de nids à bugs sans grand rapport avec le minimum syndical préconisé par la CGT, la Régie se défendit de tout embourgeoisement. « La philosophie de Renov, en abordant le haut de gamme, c’est de traiter le problème à la façon Renov, c’est-à-dire en privilégiant beaucoup plus les prestations et les qualités de la voiture que le statut social » arguaient alors les prêts à recopier envoyés aux pravdas automobiles.

C’est ainsi que dans ce pays où le « haut de gamme » tient d’avantage au présentoir à fanions qu’à l’aura du blason, la R25 emmena à la fois les cols bleus vers les rives de la Méditerranée que les cols blancs vers les cimes de la Mitterrandie. Haut de gamme populaire et haut de gamme d’Etat, elle remplit la mission assignée par le Parti sans qu’il fut besoin de se préoccuper outre-mesure d’une concurrence trop peu développée pour songer à changer le turbo-poumon et le tourne-broche hérités de la R20 qui sévissaient encore sous son immense capot de paisible limeuse d’autoroute.

Pour certains apparatchiks pressés « pour raisons d’Etat » par des maîtresses « d’Etat » sollicitant des faveurs tout aussi é(x)tatiques, on avait prévu le V8 à six pattes dont les 144 mulets rentraient plus facilement dans la cour des édiles que dans le cœur des idoles. Cela suffisait amplement à vrai dire pour se faire l’Elysées-Matignon le jour et l’Elysées-Montmartre le soir venu.

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Toutefois, la Régie Socialiste des Usines Renov se montra préoccupée par les importations sauvage d’Audi 200 Turbo, BMW Mesrine style et autres subversions capitalistes qui détournaient de plus en plus de camarades du Socialisme. Pour ramener ces asociaux vers le droit chemin, la RSUR concocta une R25 V6 Turbo forte de 180 ch et promise au 220 chrono sous l’alibi sécuritaire de l’ABS optionnel. Dans un pays où le Grand Tourisme était soluble dans la grande série, l’arrivée d’une telle bête provoqua autant de curiosité que d’animosité. Un char de l’Etat qui se prend pour une supercar à rupin : trahison envers la Révolution ? Le Parti se disculpa en vantant les mérite du premier système d’ABS de conception socialiste qui ne devait rien à Bosch, l’habituel fournisseur des marques renégates.

Mais l’Histoire était semble-t-il déjà en marche. Entre-temps, la gauche avait découvert le caviar sous les ors de l’Ancien Régime et le camarade Mitterranov se défendait déjà de toute dérive monarchiste. Pour la seconde partie de son règne, pardon, de son mandat, les armées de courtisans mitterrandolâtres ou simples arrivistes chouchous du Prince ne se déplaçaient plus qu’en R25 V6 « Baccara ». « Baccara » sans le « t » final pour ne pas faire de publicité à la cristallerie d’art, ce qui n’empêcha pas les spécimen concernés de se couvrir d’une surabondance de cuirs graisseux et de boiseries rococo à faire pâlir la plus antisociales des limousines ennemies. On était déjà loin du blue jean’s biodégradable des kolkhoziennes R5.

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D’aucuns, parmi ceux qui ne croyaient plus en Dieu ni en Marx, remarquèrent que si tout les camarades étaient égaux, certains l’étaient plus que d’autres. En langue de bois, on appelle cela le « réalisme de gauche », en bon cynisme, « le socialisme de marché ». Voilà comment la R25 contribua à l’effondrement en douceur de la dernière République Socialiste d’Occident. L’empâtée Safrane qui lui succéda en 1992 unit bien vite anciens révolutionnaires et néo-conservateurs dans le consensus mou de ses banquettes pullman alors que la Régie Socialiste des Usines Renault passa dans le secteur privé comme une lettre à la Poste, deux ans plus tard. Goodbye Lenin.

texte : Laurent Berreterot, dit la Jamais Contente, photo : D.R.

A propos de l'auteur

Laurent Berreterot
Rédacteur Icons

Lorsqu’il s’ennuie dans l’Education Nationale (ce qui arrive fréquemment), ce bordelais laisse libre cours à sa plume alerte dans de nouveaux articles réhabilitant les autos et le style de ses chères années 70. La Jamais Contente, c’était lui, mais aujourd’hui, le journalisme auto est son nouvel horizon. Belle opportunité de compulser ses mètres cube d’archives de presse accumulées avec passion depuis l’enfance ! Il compte les grandes Citroën hydrauliques parmi ses madeleines de Proust, considère les moteurs à six cylindres comme des instruments de musique et utilise un bouchon de radiateur de Rolls-Royce comme presse-papier. Enough said ? Non, justement, car il exècre les anglicismes ! Il est enfin ferrovipathe et chasseur de ruines, deux obsessions qu’il conjugue, armé de son Nikon, dans ses multiples explorations de la ligne Pau-Canfranc.

2 Réponses

  1. crewzy

    Rappelons que le partie à définitivement tourné la page en osant afficher leur embourgeoisement avec les séries « Méribel » et « Courchevel ».

    En tout cas cette auto me rappel à mon bon souvenir, et à un très douloureux Clermont – Ferrand / Orléans, où le « porte arrière droite mal fermée » résonna jusqu’à épuisement du conducteur. Elle était belle cette option sur la R25 Turbo-DX de papa…la digne héritière de la trop mal aimé R30 lâchement vendu au nom du progrès :-)

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  2. Mathieu

    .. Moi aussi quelques souvenirs, et même quelques rêves !
    Des aller-retours en Corse et ailleurs, mais jamais de ‘porte arrière droite mal fermée’ : sur les versions de base, comme la mienne – enfin la future mienne, rendons à César ce qui est à mes parents, pour le moment… – on était plutôt ‘luxe communiste’. Compte-tours électronique et montre à cristaux liquides quoi !

    Mais bon, 25 ans après, ne serait-ce pas ce qui fait, ce que j’appellerai pompeusement, prétentieusement même ! son charme ?

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