Parmi la myriade
des GT semi artisanales enfantées par les années
soixante-dix et distribuées au compte goutte, il en
émerge quelques unes qui ont échappées
à l’oubli le plus total par la grâce de
leur original parcours. La Bitter Cd est de celles-ci. Observez-la
bien : ce coupé taillé pour le grand tourisme
possède toute l’élégance, la finesse
et la classe des productions italiennes. Il ne semble lui
manquer que la présence d’un célèbre
trident pour avaler à vive allure les routes de l’Emilie
Romagne. Observez-la mieux et vous trouverez ce détail
qui corrigera votre erreur. Au centre de chaque roue, un petit
logo vous ramènera bien plus au nord, le Blitz d’Opel,
marque à laquelle l’histoire de la CD sera indissociable.
C’est
en 1969 que l’histoire débute. Bob Lutz, depuis
peu parton d’Opel, commandite une dream-car basée
sur la nouvelle Diplomat, le haut de gamme de la marque. Le
dessin est confié à l’italien Frua. La
voiture, d’abord nommée Astra, puis Styling CD
fut présentée au salon de Francfort où
elle reçu un accueil extrêmement enthousiaste
de la part du public. A un point tel, qu’une production
en série est envisagée. Après tout la
base mécanique existe déjà : un version
raccourcie du chassis de la Diplomat a été conçue
pour la voiture, et celle-ci peut accueillir le moteur de
la Corvette. Le projet est tout de même abandonné,
les coûts engendrés par un nouvel outillage inquiètent,
tout comme la concurrence interne faite à la sportive
vedette du groupe General Motors. L’année suivante
Frua propose une nouvelle version plus personnelle de la Styling
CD, qui se verra elle aussi refuser la production. L’histoire
aurait bien pu s’arrêter là.
Intervient
alors Erich Bitter, ancien pilote, qui signa quelques faits
de gloire au volant officiel d’une modeste Kadett à
la fin des années soixante. Il deviendra brièvement
par la suite l’importateur allemand d’Intermeccanica.
Lassé par la fiabilité catastrophique des produits
de la marque italo-américaine, il décide de
construire ses propres voitures sur la base de composants
Opel à la robustesse éprouvée.
Pour convaincre la marque d’un partenariat, il devra
réaliser un premier prototype roulant. Le dessin, dérivé
de la Styling CD est confié à Giovanni Michelotti,
épaulé par les stylistes d’Opel. Quant
au châssis il ne change pas : c’est toujours une
version raccourcie de celui de la Diplomat. Erich Bitter n’a
ni les ressources ni le temps de construire une usine, l’assemblage
est donc confié aux carrosseries Baur à Stuttgart.
La direction d’Opel est emballée par ce projet
de voiture d’exception ,idéale pour coiffer leur
gamme, et offre au jeune constructeur sa garantie et son réseau
de distribution. Présentée au salon de Francfort
1973 , la nouvelle Bitter CD est un succès : 176 commandes
sont passées sur le stand.
La voiture
avait en effet tout pour plaire. Fabriquée à
l’unité par Baur avec un souci exclusif de la
finition, l’intérieur est personnalisable à
volonté selon les desideratas des riches clients. La
voiture est extrêmement confortable, même à
l’arrière ou l’espace est étonnant
pour une GT. La planche de bord est un joyeux patchwork de
dessin d’inspiration américaine, d’ambiance
british et d’éléments…directement
issus du catalogue Opel. En fait tout provient des Diplomat,
Commodore et Manta, même le volant et les sièges
avant. Sur la route le V8 Chevolet 327ci est un peu à
la peine pour propulser la lourde CD, mais le comportement
est exemplaire, tout comme le freinage. La CD est une authentique
et exclusive GT, tout semble aller pour le mieux pour la petite
marque.
Mais l’histoire
vous la connaissez tous, l’automne 1973 et la crise
du pétrole, la grande faucheuse de la passion automobile.
La production n’atteindra jamais les 200 exemplaires
par ans prévus initialement. Grâce au soutien
de GM, Bitter survivra et arrivera à redresser légèrement
ses ventes après le crash, puis en 1977, Opel décide
de stopper la production jugée trop peu rentable. Bitter
retentera l’aventure 2 ans plus tard avec la SC, sur
une base de Senator, mais c’est une autre histoire que
nous vous raconterons plus tard.
Aujourd’hui, grâce à la
fiabilité de leur base mécanique et leur assemblage
exemplaire, plus de la moitié de CD produites roulent
encore, en continuant allégrement à se faire
passer aux yeux des béotiens pour d’exotiques
transalpines au pedigree universel
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