La SM, c'est un
peu l'apogée de la marque Citroën, une sorte de
fantastique danseuse, formidable concentré de tout
le savoir faire de la marque, mais aussi celle par qui la
chute arriva...
Citroën
voulait une "super DS" pour couronner sa gamme,
mais chaque tentative pour concevoir un moteur digne de ce
nom se soldait par un échec...jamais la DS ne connaîtra
de 6 cylindres... Le récent rachat de Maserati aux
frères Orsi va permetre à la marque aux chevrons
de se donner les moyens de la réussite
La SM
a en fait un "truc" stylistique...si on suit ses
longs flancs lisses on arrive a un arrière...étrangement
étroit! Et pour cause, les voies arrière sont
20cm plus étroites que les voies avant, vous avez bien
lu ! 20 cm !!! C'est cet arrière compact qui donne
cet air de fuselage à la SM, véritable avion
de la route... Nous ne nous attarderons pas trop sur cet arrière
curieux, étrange empilement surchargé de chromes
où pointent 2 suggestives sorties d'échappement.
Revenons devant et admirons encore cet avant de squale qui
a du faire peur a plus d'un automobiliste égaré
sur la file de gauche d'une des encore rares autoroutes françaises,ou
la vitesse était encore libre... Cet avant est sans
doute le trait le plus marquant de la ligne, avec sa batterie
de 6 phares à Iodes dont 2 directionnels. Et cette
large vitre qui occulte même la plaque d'immatriculation,
cet avant lissa sans aucune calandre, ce qui gênera
bien la ventilation...
Et de l'air le
moteur va en avoir besoin ! Ce qui fait le charme de cette
authentique coupé Grand Tourisme français (serais-ce
le seul ?), c'est sa pétillante mécanique Italienne.
C'est à l'ingénieur Alfieri que nous le devons...
Mais a vrai dire il n'y a pas de quoi être trop euphorique...
d'habitudes on habilles les créations d'Alfieri, on
trouve une carrosserie pour ses moteurs, là c'est le
contraire! Monsieur Alfieri vous avez la carrosserie, à
vous de faire rentrer un moteur dedans! Un 6 cylindres, pas
trop haut car l'auto est fine, placé a l'avant bien
sur! Sacrilège... le maître n'as pas du apprécier...on
murmure même qu'il s'est contenté d'amputer un
V8 Maserati de 2 cylindres pour s'acquitter plus brièvement
de la tache...
La SM
sera donc dans un premier temps équipé dès
1970 d'un 2370 cm3 à 3 carburateurs délivrant
170ch DIN a 6250tr/min et qui la propulse allégrement
a 220 Km/h... en 1973 il adopte le système d'injection
Bosch déjà vu sur la DS pour atteindre 178ch
DIN mais perdre un peu de caractère. En 1974, une boite
auto fait son apparition, accouplée à un moteur
à la cylindré revue a 2965 cm3 mais de nouveau
a carburateurs, culminant à 180 ch. DIN. Le
bloc de la SM sera bien avidement aussi utilisé par
Maserati sur la Merak, mais aussi sur la Quattroporte II,
qui malheureusement fut tué dans l'oeuf par la crise
du pétrole. On le vit aussi sur la Ligier JS2.
Nul doute, une
fois installé a bord, nous sommes bien dans une Citroën.
On se laisse glisser dans les mous sièges qui enveloppent
bien le dos et on admire cette curieuse planche de bord...
Curieux tout d'abord ce volant monobranche, emblématique
de la marque qui au lieu d'être rond est...ovale...
tout comme les compteurs! Certains sont bien curieusement
agencés... on retrouve la minuscule montre tout seule
a l'extrême gauche... sous laquelle trônent d'autres
petits compteurs rectangulaires venant rompre l'harmonie de
l'ensemble... On retrouve aussi le fameux "oeil rouge"
hérité de la DS et qui s'illumine a la moindre
annomalie. Mais le chef d'œuvre de cet habitacle est
sans conteste le sublime levier de changement de vitesse,
hymne au design des seventies, une véritable sculpture
de chrome!
Au volant
aussi pas de doute, la SM est la digne héritière
de la DS... traction avant associé a la suspension
hydraulique lui confèrent une tenue de route hallucinante,
toujours d'actualité. Certes pour la conduire il faut
être habitués aux "tics" des vraies
Citroën : direction DIRAVI a assistance variable et retour
du volant asservi, même a l'arrêt ! Ne jamais
lâcher le volant en sortie de courbe! Et le fameux champignon
de frein qu'il faut à peine effleurer au risque de
se retrouver le nez dans le pare-brise!
Pourtant, malgré
ses nombreuses qualités la SM (voiture de l'année
1972 rappelons-le) fut un échec et faillit être
la chant du cygne de la marque... pourquoi donc? Elle est
tout simplement sortie au mauvais moment, plus encore que
la crise pétrolière ce furent les limitations
de vitesse qui suivirent qui lui firent fatales... Quel sens
il y avait t'il a s'acheter une dévoreuse d'autoroute
alors qu'il n'était plus permis que de se traîner
a des vitesse que même une Ami 8 était capable
de dépasser...
La SM
connaîtra une honorable carrière aux Etats Unis.
René France, le dynamique agent de Citroën sur
place, crée la Maserati Incorporated qui va distribuer
ce modèle. La version américaine est facilement
reconnaissable a son avant équipé de 4 phares
ronds, dicté par les réglementation locales
interdisant les phares carénés. Il fut vendu
3500 SM aux USA, soit plus d'un quart de la production totale,
un véritable exploit quand on sait que son prix exorbitant
dépassait les 10.000 $, soit plusieurs fois le prix
d'une Cadillac !!! La SM reçut le prix de la meilleure
voiture de l'année 1972 du magazine Motor Trend.
La SM
connaîtra diverses modifications. On peut tout d'abord
parler des versions de rallye a empattement raccourcis, engagées
a titre officiel par la marque, qui finirent entre autres
troisièmes au TAP 1972.
Mais
les versions les plus connues et les plus prestigieuses sont
sans conteste les 2 versions longues décapotables au
service de l'Elysée pour les défilés
officielles. Elles sont de tous les cortèges depuis
1972 jusqu'a aujourd'hui, spécialement équipées
d'une transmission leur permettant de circuler aux allures
les plus réduites.
Les
carrossier s'en sont donnés aussi a coeur joie. Nous
citeront ici la Heuliez Espace, La Chapron Mylord et Opéra,
très intéressante version à 4 portes,
répondant aux voeux des PDG de l'époque qui
trouvait que la SM ne répondait pas tout a fait a leurs
attentes. Frua signa aussi une SM très inspirée
par les Maserati de l'époque. Enfin
du coté des préparateurs citons les très
célèbre Régembeau qui se vante de "terminer"
les SM imparfaites à son goût. Le moteur une
fois modifié délivre 240 ch. tout en étant
fiabilisé. Sa meilleure préparation culmine
à 300ch grâce a 6 carburateurs et une vitesse
de pointe d'environ 300 Km/h.
A mes yeux la SM
restera comme la Citroën la plus ultime, celle qui a
poussé le plus loin les vertus d'innovation de la marque.
Alors oui, ce n'est pas une super sportive, juste une talentueuse
autoroutière, mais qui n'a rien perdu de ses qualités
au court des ans, toujours capables d'aligner les kilomètres
dans un confort absolu, tout a fait conforme aux standards
actuels, a l'exception de son bruyant coeur italien, qui lui
donne ce petit "plus" qui la rend si attachante.
L'admirer aujourd'hui s'est se replonger dans le futurisme
des seventies, à une époque où l'automobiliste
insouciant ignorait encore tout des limitations de vitesse
et du coup de l'essence... Elle fut le dernier sursaut de
l'automobile de prestige à la française et commence
à s'impatienter de se voir une descendance...
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