Citroën SM
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  Années : 1970-1975
Production :
12920
Moteur :
V6 à 90° - 2x2ACT2 - 3 carbus.
Cylindrée :
2670 cc
Puissance :
170 ch à 5500 tr/min
Couple :
23,5 mk/g à 4000 tr/min
Transmission :
BVM 5 - AV
Poids :
1450kg
V MAX :
220 km/h
0 à 100 km/h:
8,9s
1000 m d.a. :
29,9s
 
La version US et ses phares sans glace
SM Rallye
SM Presidentielle
     

La SM, c'est un peu l'apogée de la marque Citroën, une sorte de fantastique danseuse, formidable concentré de tout le savoir faire de la marque, mais aussi celle par qui la chute arriva...

Citroën voulait une "super DS" pour couronner sa gamme, mais chaque tentative pour concevoir un moteur digne de ce nom se soldait par un échec...jamais la DS ne connaîtra de 6 cylindres... Le récent rachat de Maserati aux frères Orsi va permetre à la marque aux chevrons de se donner les moyens de la réussite

La SM a en fait un "truc" stylistique...si on suit ses longs flancs lisses on arrive a un arrière...étrangement étroit! Et pour cause, les voies arrière sont 20cm plus étroites que les voies avant, vous avez bien lu ! 20 cm !!! C'est cet arrière compact qui donne cet air de fuselage à la SM, véritable avion de la route... Nous ne nous attarderons pas trop sur cet arrière curieux, étrange empilement surchargé de chromes où pointent 2 suggestives sorties d'échappement. Revenons devant et admirons encore cet avant de squale qui a du faire peur a plus d'un automobiliste égaré sur la file de gauche d'une des encore rares autoroutes françaises,ou la vitesse était encore libre... Cet avant est sans doute le trait le plus marquant de la ligne, avec sa batterie de 6 phares à Iodes dont 2 directionnels. Et cette large vitre qui occulte même la plaque d'immatriculation, cet avant lissa sans aucune calandre, ce qui gênera bien la ventilation...

Et de l'air le moteur va en avoir besoin ! Ce qui fait le charme de cette authentique coupé Grand Tourisme français (serais-ce le seul ?), c'est sa pétillante mécanique Italienne. C'est à l'ingénieur Alfieri que nous le devons... Mais a vrai dire il n'y a pas de quoi être trop euphorique... d'habitudes on habilles les créations d'Alfieri, on trouve une carrosserie pour ses moteurs, là c'est le contraire! Monsieur Alfieri vous avez la carrosserie, à vous de faire rentrer un moteur dedans! Un 6 cylindres, pas trop haut car l'auto est fine, placé a l'avant bien sur! Sacrilège... le maître n'as pas du apprécier...on murmure même qu'il s'est contenté d'amputer un V8 Maserati de 2 cylindres pour s'acquitter plus brièvement de la tache...

La SM sera donc dans un premier temps équipé dès 1970 d'un 2370 cm3 à 3 carburateurs délivrant 170ch DIN a 6250tr/min et qui la propulse allégrement a 220 Km/h... en 1973 il adopte le système d'injection Bosch déjà vu sur la DS pour atteindre 178ch DIN mais perdre un peu de caractère. En 1974, une boite auto fait son apparition, accouplée à un moteur à la cylindré revue a 2965 cm3 mais de nouveau a carburateurs, culminant à 180 ch. DIN.
Le bloc de la SM sera bien avidement aussi utilisé par Maserati sur la Merak, mais aussi sur la Quattroporte II, qui malheureusement fut tué dans l'oeuf par la crise du pétrole. On le vit aussi sur la Ligier JS2.

Nul doute, une fois installé a bord, nous sommes bien dans une Citroën. On se laisse glisser dans les mous sièges qui enveloppent bien le dos et on admire cette curieuse planche de bord... Curieux tout d'abord ce volant monobranche, emblématique de la marque qui au lieu d'être rond est...ovale... tout comme les compteurs! Certains sont bien curieusement agencés... on retrouve la minuscule montre tout seule a l'extrême gauche... sous laquelle trônent d'autres petits compteurs rectangulaires venant rompre l'harmonie de l'ensemble... On retrouve aussi le fameux "oeil rouge" hérité de la DS et qui s'illumine a la moindre annomalie. Mais le chef d'œuvre de cet habitacle est sans conteste le sublime levier de changement de vitesse, hymne au design des seventies, une véritable sculpture de chrome!

Au volant aussi pas de doute, la SM est la digne héritière de la DS... traction avant associé a la suspension hydraulique lui confèrent une tenue de route hallucinante, toujours d'actualité. Certes pour la conduire il faut être habitués aux "tics" des vraies Citroën : direction DIRAVI a assistance variable et retour du volant asservi, même a l'arrêt ! Ne jamais lâcher le volant en sortie de courbe! Et le fameux champignon de frein qu'il faut à peine effleurer au risque de se retrouver le nez dans le pare-brise!

Pourtant, malgré ses nombreuses qualités la SM (voiture de l'année 1972 rappelons-le) fut un échec et faillit être la chant du cygne de la marque... pourquoi donc? Elle est tout simplement sortie au mauvais moment, plus encore que la crise pétrolière ce furent les limitations de vitesse qui suivirent qui lui firent fatales... Quel sens il y avait t'il a s'acheter une dévoreuse d'autoroute alors qu'il n'était plus permis que de se traîner a des vitesse que même une Ami 8 était capable de dépasser...

La SM connaîtra une honorable carrière aux Etats Unis. René France, le dynamique agent de Citroën sur place, crée la Maserati Incorporated qui va distribuer ce modèle. La version américaine est facilement reconnaissable a son avant équipé de 4 phares ronds, dicté par les réglementation locales interdisant les phares carénés. Il fut vendu 3500 SM aux USA, soit plus d'un quart de la production totale, un véritable exploit quand on sait que son prix exorbitant dépassait les 10.000 $, soit plusieurs fois le prix d'une Cadillac !!! La SM reçut le prix de la meilleure voiture de l'année 1972 du magazine Motor Trend.

La SM connaîtra diverses modifications. On peut tout d'abord parler des versions de rallye a empattement raccourcis, engagées a titre officiel par la marque, qui finirent entre autres troisièmes au TAP 1972.
Mais les versions les plus connues et les plus prestigieuses sont sans conteste les 2 versions longues décapotables au service de l'Elysée pour les défilés officielles. Elles sont de tous les cortèges depuis 1972 jusqu'a aujourd'hui, spécialement équipées d'une transmission leur permettant de circuler aux allures les plus réduites.
Les carrossier s'en sont donnés aussi a coeur joie. Nous citeront ici la Heuliez Espace, La Chapron Mylord et Opéra, très intéressante version à 4 portes, répondant aux voeux des PDG de l'époque qui trouvait que la SM ne répondait pas tout a fait a leurs attentes. Frua signa aussi une SM très inspirée par les Maserati de l'époque.
Enfin du coté des préparateurs citons les très célèbre Régembeau qui se vante de "terminer" les SM imparfaites à son goût. Le moteur une fois modifié délivre 240 ch. tout en étant fiabilisé. Sa meilleure préparation culmine à 300ch grâce a 6 carburateurs et une vitesse de pointe d'environ 300 Km/h.

A mes yeux la SM restera comme la Citroën la plus ultime, celle qui a poussé le plus loin les vertus d'innovation de la marque. Alors oui, ce n'est pas une super sportive, juste une talentueuse autoroutière, mais qui n'a rien perdu de ses qualités au court des ans, toujours capables d'aligner les kilomètres dans un confort absolu, tout a fait conforme aux standards actuels, a l'exception de son bruyant coeur italien, qui lui donne ce petit "plus" qui la rend si attachante. L'admirer aujourd'hui s'est se replonger dans le futurisme des seventies, à une époque où l'automobiliste insouciant ignorait encore tout des limitations de vitesse et du coup de l'essence... Elle fut le dernier sursaut de l'automobile de prestige à la française et commence à s'impatienter de se voir une descendance...

 


texte : Ian Alexander, photos : Citroën - Droits Réservés