Le tempérament
tyrannique et manipulateur du bouillant Alejandro de Tomaso
n’empêcha pas ce dernier de tisser de solides
liens avec les instances dirigeantes de la Ford Motor Company
à la fin des années 60.
Le conglomérat américain, vexé par l’échec
de sa tentative de rachat de Ferrari, vit en de Tomaso l’opportunité
de riposter en donnant à la firme du bouillant argentino-italien
le statut de bras armé sur le terrain des Grand Tourisme
de haut vol. C’est lors d’une visite en Italie
destinée à contrôler le développement
de la Pantera que Lee Iaccoca, alors à la tête
du groupe Ford, fit part de son admiration pour la Jaguar
XJ à Tom Tjaarda, le designer maison. Cette conversation
informelle prit tout son sens lorsque, peu après, Iaccoca
appuyé par Henry Ford II ordonna à de Tomaso
la mise en chantier d’une limousine destinée
à briller sur le marché américain. Quelques
mois plus tard, en novembre 1970, De Tomaso présenta
sa première berline sous l’appellation, Deauville.
Soucieux de ne pas froisser les aspirations de l’autorité
suprême et pressé par Alejandro de Tomaso de
faire « une Jaguar…mais différente »,
Tjaarda se borna à pomper les gimmicks stylistiques
de la belle anglaise en y apposant un panneau arrière
au traitement similaire à celui de la Pantera, également
signée de son crayon.
Proposée à un prix deux fois plus élevé
que son inspiratrice, le Deauville ne pouvait vraiment rivaliser
en termes de sophistication technique avec la digne anglaise.
Mue par un rustique mais performant V8 Ford de 5.7l couplé
en général à une boîte «
Cruise-O-Matic », la de Tomaso ne brillait guère
par sa noblesse qu’elle cédait volontiers pour
s’adonner à de réjouissantes velléités
de vigueur teintée d’exubérance.
Malheureusement, la bienveillance de Ford s’évanouit
à mesure que les premières Pantera débarquées
sur le continent américain démontraient le manque
de rigueur apporté à sa construction et la Deauville
ne fut jamais importée officiellement aux USA.
Des chiffres très imprécis circulent quant au
nombre d’exemplaires produits entre 1970 et 1981 mais
il semble peu probable que ce dernier ait dépassé
la barrière des 240. Prisée par une poignée
d’excentriques épris d’exotisme, la Deauville
a connu une carrière confidentielle ponctuée
par l’absence d’évolutions significatives.
Ses aspirations de berline d’apparat se marient avec
un panache certain à son caractère de Pantera
« Quattroporte », le tout composant un cocktail
aux fortes saveurs de Blenheim Car latine par excellence.
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