Les
Alchimistes, exégètes du mouvement Hermetique
initié par le dieu Hermès, se sont transmis
depuis des siècles les secrets de la pierre philosophale
dont les propriétés miraculeuses permettaient,
entre autre, la transmutation de toute substance en or. Pininfarina,
qui n'a pourtant rien d'une secte ésotérique
mystérieuse, a certainement reçu d'ancêtres
druidiques les recettes apportant la lumière, le rayonnement
sur les matières informes.
Ainsi
en 1970, lorsqu'il eut pour mission de tracer les lignes d'un
coupé issu de la vaine Fiat 130, l'alchimiste Paolo
Martin, apôtre en chef des crayons du maître Pininfarina,
reçut la grâce du divin et d'un coup de mine
graphitée fit jaillir le soleil de l'amas de tôles
turinois. Emportés
par un vent solaire des plus fertile, les lumineux créateurs
des offices du 'Petit Farina' déclineront les traits
de génie qui composent cette Fiat 130 Coupé
sur 2 concepts dévoilés en 1974 et 1975. Si
la Maremma est une version shooting-brake assez classique,
la très éloquente berline 4 portes baptisée
Opera contribuera à faire de la saloon car officielle,
le parangon des oeuvres roulantes puissament anti-érectile,
aussi excitante qu'un Snack Stor® Container de chez Tupperware.
Dans
les années 60, la Fiat n'a pas encore l'aura de l'Intouchable
pestilent et pestiféré qu'elle possède
actuellement et ses chiffres de vente et de production évoluent
exponentiellement depuis la sortie de la guerre. Mais les
dirigeants italiens ont la testostérone latine et,
frustrés de n'occuper que le terrain de la populaire
pas chère, ils vont se lancer dans une montée
en gamme qui verra naître les Fiat 2300 S, coupé
et spider Dino, ainsi que notre 130 cubique, rivale espérée
des Mercedes 300 au prestige déjà affirmé.
Pour
illustrer la béatitude inconcevable dans laquelle se
trouvait les pontes turinois, sachez que l'ingénieur
motoriste Lampredi dut s'employer à concevoir, dans
le même temps, pas moins de deux V6 differents ! Un
pour la Dino et l'autre pour l'auto qui nous interresse aujourd'hui
! Economies d'échelle et rentabilité n'était
manifestement pas des priorités en cette époque
bénie qui portait en elle tous les ingrédients
des soucis ultérieurs de la grande maison turinoise.
Si c'est un V6 2,8l 140 ch qui tentera péniblement
d'ébranler la Fiat 130 saloon de 1969, le coupé
sera propulsé par une version à la cylindrée
majorée à 3235 cm3, exprimant 165 ch et une
valeur de couple plus significative de 26 m/kg.
Gréée
de manière remarquable, l'auto transpire la qualité
à tout point de vue. L'intérieur, revu également
par Pininfarina, aurait poussé au suicide le prolétaire
égaré, client habituel de Fiat 600 ou autres
124. Le velours, l'antenne et les vitres électriques,
la direction assistée, la boite automatique Borg Warner,
les 4 larges places ..., tout ceci singe la débauche
dégoulinante d'appareils de confort des mastodontes
d'Outre-Atlantique, muses des concepteurs de la voiture. Cette
profusion d'attention pour le conducteur se traduit immanquablement
par une obésité tangenteant les 1600 kg mais
la définition technique du chassis, avec suspensions
indépendantes aux 4 roues, fera illusion sur autoroute.
La grande magnanimité de l'adorateur de coupé
130 lui fera taire le potentiel réduit de cette grande
dame dans l'ascension d'un col de montagne ou dans la putréfaction
d'un "gtiste" belliqueux.
Personne
ne sait vraiment s'il faut accorder quelques crédibilités
aux alchimistes, mais on peut être tout de même
sûr qu'en cas de reussite dans le Grand Oeuvre de la
transmutation, les brillants résultats aurifères
apportaient monnaies sonnantes et trébuchantes à
leurs instigateurs. Le coupé Fiat 130, paré
de tous les éléments constitutifs du noble matériau
étalon, ne saura enrichir ses créateurs que
de la fierté du devoir bien accompli car, avec 4491
exemplaires produits jusqu'en 1977, personne n'aura la cuistrerie
de parler de succès. Outre les conjonctures exterieures
défavorables, iI faut trouver les raisons de ce fiasco
dans l'emblême bien trop populaire qui orne ce flacon
d'essences essentielles aux fragrances somptueuses qui malheureusement
ne trouvera jamais sa clientèle.
Pire
encore, la légende des druides médievaux est
une nouvelle fois battu en brêche puisque ce brillant
coupé que l'on aurait pu croire revêtu d'or est
consciencieusement laminé par les attaques de la rouille
qui ont, à ce jour, fait disparaitre bon nombre de
membres la lignée. Ce qui en fait un objet rare mais
pas forcément cher ! 9000 €
Qui croira encore, après ça, aux vertues miraculeuses
de l'Alchimie ?!
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