Jensen Healey & GT
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  Années : 1972-1976
Production :
10912 (dont 507 GT)
Moteur :
4L - 2ACT - 2 carbus.
Cylindrée :
1973 cc
Puissance :
142 ch DIN à 6500 tr/min
Couple :
18 mkg à 5000 tr min
Transmission :
BVM5 - AR

Poids : 980 kg
V MAX :
185 km/h
0 à 100 km/h:
9,2s
1000 m d.a. :
30,4s
 
     

L’évocatrice dénomination de la Jensen Healey n’est que la façade d’une genèse complexe mettant en scène de nombreux acteurs de la A-list du patrimoine automobile. Sportscar méconnue, son destin troublé réunit la plupart des éléments de base d’un récit historique qui semble naturellement trouver sa place dans les colonnes du Blenheim Guide.

Les origines de l’aventure Jensen Healey remontent à 1967. La fin de production de l ‘Austin Healey 3000 est annoncée. L’espoir de voir une Healey 4000 équipée d’un inline six Rolls Royce lui succéder est prestement annihilé par des considérations budgétaires. La British Motor Company décide donc que la MG C remplira le rôle anciennement dévolu à la Big Healey tout en ayant l’insigne avantage de ne pas générer le payment de royalties à l’officine du déjà vénérable Donald . La Sprite se voit d’ailleurs dépouiller de son badge Healey en 1970 avant de se voir signifier son arrêt de mort l’année suivante.
Si les perspectives d’avenir semblent s’estomper en Europe, c’est des Etats Unis viendra le salut en la personne de Kjell Qvale. Ce dernier est l’ importateur « historique » des Jaguar, Rolls-Royce et des marques BMC pour la West Coast. Contraint d’écouler des MGC qui peinent à susciter l’intérêt du marché, il décide de donner lui même une descendance à la défunte Big Healey. Il se met en quête de rencontrer Donald Healey, qui mettra en évidence le fait que les carrosseries de ses voitures étaient produites par la marque Jensen (NDLBGR : La Sprite était fabriquée dans l’usine MG d’Abingdon). Le fortuné Américain rachètera donc 75% d’une Jensen Motors Ltd, mise à mal elle aussi par l’arrêt de la 3000 et en confiera la direction à Donald Healey. Tout est donc prêt pour la mise en chantier d’un ambitieux roadster.

Décidés à concrétiser le projet rapidement, nos deux compères vont brûler toutes les étapes. Le dessin tout d’abord. Portant la griffe d’un William Towns tout auréolé par le succès d’estime de l’Aston Martin DBS, il fait certes preuve de modernité mais la Jensen-Healey ne brille pas par son impact visuel. Si l’arrière est un peu plus personnel avec ses ailes légèrement saillantes, la partie avant est plutôt fade et générique. Sans être déplaisant, son style général soufre de la comparaison avec les MGC et Triumph TR6, certes vieillissantes, mais incontestablement plus attachantes et évocatrices.
C’est sous le capot que se scellera le destin de la voiture. On pense tout d’abord à installer le 2.3 Vauxhall, mais le moteur déçoit par son manque de vigueur. BMW propose son 4 cylindres 2.0, mais Qvale pêche par excès d’enthousiasme et table sur une production élevée, que la marque bavaroise ne peut supporter. Colin Chapman sera l’homme de la providence. Il propose son tout nouveau 4 cylindres 16 soupapes maison en exclusivité d’autant plus facilement que son développement est loin d’être achevé.

La Jensen Healey est lancée au salon de Genève 1972, après seulement un an de gestation. Si les ventes sont encourageantes initialement, la crise du pétrole jettera vite un voile sombre sur l’aventure. Et elle ne sera pas la seule, puisque les problèmes divers s’accumulent sur les voitures. Le moteur se révèle être d’une fragilité catastrophique. Si le consensus laisse généralement entendre que Colin Chapman s’est servi des clients de Jensen comme banc d’essai grandeur nature, certains historiens semblent préciser que Qvale et Healey, dans leur précipitation à mettre le véhicule sur le marché, se sont accommodés de bon gré du manque de développement du groupe Lotus 907. Quant au châssis, très rigide, il rend la conduite particulièrement inconfortable sur mauvaise route, trahissant la piètre qualité générale de l’assemblage.

En septembre1975 est présentée une version plus confortable et moins rustique a toit rigide, prenant la forme d’un élégant break de chasse : la Jensen GT. Elle offre un climatiseur en série, et un intérieur beaucoup plus luxueux. Mais la messe est déjà dite depuis longtemps. Les finances de Jensen sont dans le rouge et Qvale est contraint de mettre la clé sous la porte en Mai 1976, emportant dans sa chute les diverses variantes d’Interceptor.

Aujourd’hui la Jensen-Healey est rare en Europe, la grande majorité de sa production ayant été écoulée aux Etats-Unis. Même dans son pays d’origine elle est méconnue à un point tel que certains de ses aficionados, avec passablement d’humour, suggèrent de la faire passer pour une Datsun 240Z décapotable pour couper court aux inévitables questions sur ses origines. Qvale, quant à lui a eu plus de succès par la suite en important les marques Hyundai et Subaru. Ironie du sort, le Qvale Automotive Group, qui il y a 30 ans s’est battu pour sauver des marques délaissées par la BMC, a vendu son antenne européenne en 2001 à l’ultime incarnation du conglomérat anglais : le groupe MG Rover dont la MG SV a pour base la Qvale Mangusta elle même née De Tomaso Bigua mais ceci est une autre histoire…


 


texte : Ian Alexander, photos : Jensen Motors Ltd - droits réservés