Panther Solo 2
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Années : 1989-1990
Production totale: 16
Moteur : 4L - turbo
Cylindrée : 1993 cc
Puissance : 204 ch
Couple : 205 lb.ft
Transmission : -
Poids : 1232 kg
V MAX : 232 km/h
0 à 100 km/h: 6.8 s
1000 m d.a. : -

     

« The most important British sportscar since the E-Type Jaguar ». C’est agrémentée de cette tonitruante accroche que la Panther Solo II paradait effrontément en couverture de Car Magazine à l’automne 1987. Près de 20 ans plus tard, seul les amateurs avisé se rappellent du parcours tumultueux de cet acte manqué qui semblait destiné selon certains, à laisser une trace indélébile au panthéon virtuel des « automotive legends ».

Les prémices de l’échec retentissant du « Solo Project » remontent à l’an de grâce 1980. Robert Jankel se voit contraint de fermer les portes de « Panther Westwinds », l’officine qu’il a crée 9 ans plus tôt. L’attrait de la J72 , évocation flamboyante de la Jaguar SS100 et de la DeVille pastiche de Bugatti Royale sur base Jaguar, ne survit qu’avec peine à l’essouflement terminal du mouvement du glam-rock. C’est en la personne d’un industriel coréen nommé Young C Kim que se matérialisera l’inattendu mais passager salut de Panther. Le cadre des ambitions du repreneur dépasse largement la part de marché négligeable de la Kallista, roadster baroque d’inspiration « thirties », qui demeure seul au catalogue.
En 1983, le dynamique extrême-oriental confie donc à Len Bailey, l’auteur du châssis de la Ford GT 40, le soin de dessiner une voiture de sport a moteur central au prix contenu car équipée d’ une base mécanique empruntée à la Ford Escort. Le designer Ken Greenley et son acolyte John Heffernan se joignent au projet et Panther dévoile en 1985 une séduisante monocoque en configuration targa, propulsée par le 1.6l de la XR3i. L’accueil de la presse est des plus bienveillants mais Young Kim ne tarde pas à remarquer l’émergence sur le marché de la Toyota MR2 à la configuration et aux objectifs identiques. Le candide entrepreneur asiatique est dès lors convaincu que l’assaut du conglomérat nippon sur une niche de marché qu’il pensait vierge ne laisse que peu d’espoir de réussite à sa démarche. En 1986, le projet Solo change donc radicalement d’objectif. Le but est désormais de mettre sur le marché une supercar dotée de raffinements technologiques de pointe. Le châssis acier de Len Bailey cède la place à une complexe monocoque constituée d’un savant et coûteux mélange composite réalisé avec l’aide de March Engineering. Le fameux manufacturier d’automobiles de course va également apporter son expertise à l’étude aérodynamique poussée de l’ensemble comme en témoigne son Cx de 0.32 et l’appui positif généré par l’aileron arrière. Les éléments de transmission de l’Escort sont remplacés par un système 4X4 Ferguson de dernière génération. Au 105 cv de l’XR3i succèdent les 204bhp extraits du bloc turbocompressé de la Sierra Cosworth. Le souci du détail est permanent comme en témoigne l’ingénieuse activation latérale des optiques mais la maîtrise des coûts est une considération dont les membres du pool technique se passent joyeusement, laissant librement s’exprimer leurs fantasmes d’excellence en sélectionnant systématiquement les composants les plus onéreux, parfois en dépit du bon sens le plus élémentaire.

L’enthousiasme est toujours de mise lorsqu’un exemplaire de la Solo II est présenté au salon de Francfort 1987. Il est alors question d’un lancement imminent de la production et les pré-commandes affluent. La presse britannique, éblouie par les ambitieuses perspectives que laissent entrevoir cette nouvelle mouture, se charge spontanément de propager la rumeur mais Young Kim, lassé des turpitudes liées à la complexité du projet cède 80% des actions Panther à un conglomérat industriel coréen nommé Ssangyong qui songe alors à se lancer sur le secteur automobile. Sous son influence, le développement de la Solo II sera temporairement réduit a sa portion congrue, les ressources pécuniaires et intellectuelles de Panther étant consacrées à l’évaluation d’un 4x4 de loisir qui ne verra jamais le jour. Les finances de la firme sont également mises à rude épreuve par l’acquisition d’une nouvelle usine plus en rapport avec ses nouvelles aspirations. Panther se voit également abandonné par une bonne partie de ses collaborateurs « historiques » peu désireux de quitter le Surrey pour l’Essex.
En définitive les premiers exemplaires de production de la Solo II sont livrés aux bons soins des road testers de la presse britanniques en septembre 1989 soit deux ans après la présentation de Francfort. La voiture impressionne par les ardeurs télépathiques de sa direction, le surplus de rigidité perceptible conféré par sa coque composite, son absence quasi totale de roulis et son exceptionnelle maniabilité. Mais ces louanges sont fortement tempérés par le manque de raffinement du groupe propulseur Cosworth trop plébéien pour rivaliser dignement avec le 4cyl turbo Lotus, sans parler des flat six et V8 continentaux. La qualité d’assemblage et la finition sont également mises à l’index et malgré les qualités du châssis jugées exceptionnelles, les conclusions sont des plus mitigées. De plus, 2 ans se sont écoulés depuis la présentation de Francfort et la majeure partie des commandes passées lors du salon allemand se sont vues annulées par des acheteurs potentiels lassés.
Il est trop tard. Panther n’a pas les moyens d’attendre que la Solo II trouve sa place sur le marché. L’usine de Harlow ferme ses portes a l’automne 1990 après avoir produit en tout et pour tout 16 Solo II.

Le chapitre Solo n’est toutefois pas complètement fermé. 4 ans après la liquidation des avoirs de Panther, Ssangyong a dévoilé au salon de Seoul 1994 le concept Solo III, qui reprend le chassis de sa devancière, restylé par Ken Greenley et doté d’un moteur Mercedes. Curieusement, cette dernière figure toujours sur le site du constructeur coréen sous la rubrique « Concept Cars » à l’heure ou ces lignes sont écrites. Curieux lieu d’échouement pour une automobile appelée à succéder à la Jaguar E-Type dans l’imaginaire public …


 

"Ssang Yong" Panther 3
www.panthersolo.com

texte : Paul Reynolds, photos : droits réservés

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