Si le cousinage actuel des indécents VW Touareg et Porsche Cayenne relève plus d'un atavisme pavlovien que d'une véritable inclinaison plébeienne, il en était tout autrement dans l'esprit du fondateur originel. Après guerre, VW, avec sa Coccinelle made by Ferdinand se conformait à sa définition littérale en cherchant à équiper les masses populaires éreintées par la défaite alors que la jeune marque Porsche s'en remettait aux relations de son éponyme patron pour fouiller dans la banque d'organe de Wolfsburg et construire ses sportives 356 pionnières. L'histoire de la marque de Zuffenhausen, à l'image de son créateur a constamment tangenté les extrêmes, tâtant de l'automobile quasi populacière à fort rendement pécuniaire mais aussi de la sportscar plus exclusive au coefficient d'image des plus valorisant.
C'est ainsi qu'à la fin des sixties, pour atteindre la félicité financière, les liens genesiaques évoqués ci-dessus vont être resserrés et officialisés par la création d'une société commune. Celle ci aura pour mission de faire oublier l'échec d'une sournoise 912, dont les atours trompeurs empruntés à la 911 ne masquèrent pas l'indigence de sa motorisation issue de feue la 356. Ce mariage presque consanguin offrira les moyens d'étudier, construire et vendre la très cubique et très blenheim, VW-Porsche 914.
Celle que la légende urbaine la plus erronée définit comme un insuccès se révèle en fait avoir explosé les chiffres de vente avec plus de 120 000 exemplaires écoulés entre 1969 et 1975. Il convient toutefois de modérer l'enthousiasme en précisant que la rectitude de ses formes propre à faire jouir le plus fervent adepte du "bauhaus style", ne séduiront jamais le porschiste européen plus ému par les girondes 356 et 911. C'est donc aux USA que la 914 trouvera l'amour d'une population qui aura vite fait de biffer les premières lettres de la dénomination officielle pour ne retenir que le patronyme le plus éloquent. Pourtant, l'oreille la plus candide saura reconnaitre le broutement tremblant du 4 cylindres VW mais le peuple américain est ainsi fait qu'il se satisfait plus d'image que de substance. Porsche s'en félicite encore. Par contre, la 914/6 propulsée par un flat 6 bien dans la tradition des productions de Weissach s'auto-mutilera par un prix de vente prohibitif qui lui interdira les chemins du succès. Le raté sera sanctionné de 3300 ventes en 3 ans.
La "testosteutonne" n'étant pas une légende, la maison Porsche se mortifie des résultats européens indignes. L'association avec VW périclite alors tout comme la version 6 cylindres retiré du catalogue dès 1972. Une version 4 cyl 2,0 litres de 100ch la remplace opportunément pour devenir la plus homogène de toutes alors que dans le même élan rénovateur, la 914/4 évasera ses cylindres de 1700 à 1800 cm3 tout en accueillant l'injection.
De toutes ces versions, le blenheim ganger bien doté se mettra certainement en quête d'une plus désirable encore puisque Porsche dans une de ses crises de schizophrénie identitaire ne pourra s'empêcher de lui greffer le 2,4 litres 190 ch de la 911 S, "juste pour voir". L'adjonction de très organiques extensions d'ailes sur cette "brique" de métal aura pour effet de redonner virilité à l'eunuque le plus cisaillé, de faire rompre le voeu de chasteté du moine le plus proscrit, voire de faire admettre à un monomaniaque BMW, l'inanité de ses préceptes stylistiques. Sans parler du chant vociférant qui ferait perdre sa rectitude à Rocco Siffredi, entrer Jenna Jameson au couvent, ou pour les cas les plus extrêmes dessinerait l'esquisse d'un sourire sur le visage d'un propriétaire de Mercedes Viano !
Seules 11 étourdissantes 916 verront la lumière du jour. Une rareté qui les propulsera immédiatement au rayon des autos mythiques faisant d'elles les équivalentes du Saint Graal que de preux chevaliers se jurent encore de dénicher. Aux armes, gangers!
|