Une luxueuse berline née de la compétition. Voilà l'argumentaire commercial destiné aux clients de la « Dolo » Sprint. Si à la fin de leur longue carrière les succès en course furent présents, la genèse de la lignée des 1300 - Toledo - Dolomite, est contrairement à ce qu'en laisse penser cette sentence lapidaire, des plus complexes.
C'est en 1962 que le développement de celle qui s'appelle encore projet « Ajax » est lancé. Michelotti se voit confié la charge de dessiner un complément à la gamme « 2000 » et dont l'une des caractéristiques majeures sera d'être une traction avant. Initialement destinée à remplacer l'Herald, il fut prévu une version à deux portes, mais le succès commercial de la petite Triumph ne faiblissant pas, on abandonna un temps l'idée. Présentée en 1965 et lancée en 1966 la « 1300 » fut un succès immédiat, malgré les habituels problèmes de fiabilité des productions Leyland, empirés ici par l'inédite transmission aux roues avant. En 1970, en plus d'un profond restylage toujours signé Michelotti, le remplacement de l'Herald revient à l'ordre du jour. Les finances empêchant la création d'une nouvelle voiture, ce sera à la gamme « 1300 » de prendre la relève. Tant pis si la traction avant la rend coûteuse à produire, pour casser les prix il suffira de la transformer en propulsion, ce sera le coach Toledo. La 1300 quand à elle se dote d'un moteur plus gros et devient la 1500. L'année suivante est présentée une nouvelle évolution : la Dolomite. Reprenant la carrosserie à quatre portes, mais avec la transmission aux roues arrières, elle reçoit un moteur 1.8l développé par Triumph pour la Saab 99. Performante et efficace, la Dolomite apparaît comme une alternative aux BMW et Alfa Roméo contemporaines, et est un succès immédiat. Le meilleur reste encore à venir.
Pour concurrencer les versions les plus abouties des constructeurs continentaux, une version sportive est mise en chantier. L'équipe de Spen King augmente la cylindrée du bloc de la Dolomite à deux litres et le coiffe d'une culasse à 16 soupapes. Une première dans la production de grande série ! Aussi audacieuse soit-elle, la transformation est réalisée avec ingéniosité. Si les soupapes d'admission sont directement entraînées par l'arbre à came en tête, celle d'échappement le sont par des poussoirs, ce qui évite ainsi une coûteuse culasse double-arbre. Pour le look, une bonne dose d'hormones mâles achève de viriliser une ligne déjà suggestive. Un toit recouvert de vinyle, un filet autocollant, une discrète lèvre de spoiler, un peu de peinture noir mat et des jantes larges en alliage léger, toute la panoplie sportive des seventies est mise à partie. A bord on joue dans un autre registre. Comme dans toute anglaise qui se respecte, le bois est omniprésent, tout comme les accastillages chromés, créant une ambiance incomparable à tout autre production européenne.
Surnommée « la terreur des faubourgs londoniens », la Dolomite Sprint peut s'enorgueillir de performances de tout premier ordre pour l'époque : ses 127 chevaux la propulsent à près de 190 km/h , alors que la 0 à 100 est abattu en à peine moins de 10 secondes, et tout cela dans le confort qu'il sied à une berline. Mais si elle est vive, elle en oublie d'être agile, et demande de l'habileté et de la vigilance pour être maîtrisée. Cela ne l'aura pas empêché d'être couvertes de succès en compétition à la fin des années 70 aux mains de, par exemple, René Metge, Jean-Pierre Jaussaud ou Jean Rondeau.
Mais ceci ne suffira pas a sauver un modèle, (et bientôt une marque) qui accuse le poids des ans. Conçue au début des années soixante, la Sprint va souffrir de la concurrence sans cesses grandissante d'une nouvelle race de sportives, plus petites, plus agiles, plus accessibles… A la fin de l'année 1980 la production de la Dolomite s'arrête. La situation financière de la British Leyland est au plus mal et les divers projet de remplacement de cette gamme, considérée comme une niche au sein du groupe, tombent à l'eau. C'est finalement avec le joint-venture avec Honda que s'achèvera l'histoire Triumph (et que se scellera le destin du groupe) sous la forme d'une ultime mascarade: la Triumph Acclaim.
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