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Lotus Elise S2 – Blenheim Test

Publié par le 13/03/2007 – 18:494 Commentaires

Lotus Elise S2

“Prenez garde mon amie, la manœuvre est simple mais requiert une certaine habitude. Insérez d’abord votre jambe gauche dans l’habitacle, puis laissez vous glisser nonchalamment sur le pas de porte. Evitez de prendre appui sur le montant de pare-brise ou l’armature de portière car si l’engin est indéniablement fougueux, il n’en est pas moins fragile. Finalement, prenez bien soin de baisser la tête”. Ma passagère me lance un regard des plus dubitatifs quant aux instructions que je viens de lui prodiguer. “Faites simplement comme moi ma chère. Vous ne perdrez rien de votre élégance féline dans la manœuvre, je vous le garantis !” Après quelques délicates contorsions, la demoiselle a finalement pris possession de l’espace alloué au passager. Elle se félicite cependant d’avoir opté pour un élégant pantalon de toile Vivienne Westwood en lieu et place des exquises jupes de créateur qu’elle affectionne généralement. Quelques impudiques pensées me troublent alors l’esprit mais je ne tarde toutefois pas à actionner le démarreur. L’échappement Larini s’empresse de vrombir sous l’impulsion de l’accélérateur. Cette note flatteuse et évocatrice ne trahit aucunement la modeste cylindrée du petit quatre cylindre Rover « K-Series ». L’espace d’un court, instant, je me félicite d’avoir remplacé le système d’origine qui malgré un ingénieux clapet mécanique d’ouverture de la deuxième sortie d’échappement, ne laisse transparaître dans l’habitacle que les claquements peu soignés du moteur ainsi que divers bruits de courroie. A changer d’urgence à l’achat donc, sous peine de rester sur l’impression de conduire une voiture électrique.

L’immersion dans les turpitudes du trafic urbain s’avère étonnement civilisée. Le vaillant groupe propulseur brille par un couple assurant disponibilité et aisance, bien aidé dans sa tâche par la légèreté de l’ensemble. N’en déplaise aux pourfendeurs de la S 2, défenseurs de la légèreté originelle de la S 1, cette seconde mouture est plus agréable à conduire, plus facile à aborder car moins surprenante avec ses pneus « slim » à l’avant (175 de largeur !). Elle est sans doute moins sportive, moins pure mais infiniment plus prévenante. La boite très courte et directe requiert une certaine fermeté pour passer les rapports avec panache. Contre toute attente, elle se montre particulièrement récalcitrante à chaud.

Lotus Elise S2

Au fil des kilomètres qui nous séparent de notre point de chute, la finesse de traitement de l’habitacle prend sa dimension. On se prend à admirer le pédalier alu, le dessin savamment étudié de l’accélérateur, le rapprochement idéal des pédales, obviously designed pour faciliter le talon-pointe. Les fines ballerines Repetto de ma passagère trouvent naturellement leur place sur le repose-pied en alu. Désormais confortablement lovée dans son baquet au parfait maintien latéral, elle parvient à se détendre dans cet environnement qui lui semblait initialement si hostile. La subtile alliance de cuir et d’alcantara soulignée par endroits de chrome et d’aluminium (le châssis cadre apparent), le riche équipement stéréophonique et la climatisation génèrent une ambiance de sérénité que ne renierait pas une GT aux aspirations bien moins nobles. Malgré la rudesse de suspensions et la monte taille basse des pneumatiques, la douce demoiselle se laisse lentement griser. Elle ne demande désormais qu’à voir le potentiel sportif de l’engin.

Nous nous extirpons rapidement de la circulation urbaine pour accéder à l’autoroute. Sur la bretelle, je me laisse aller à écraser lourdement l’accélérateur. Le moteur s’active par de rageurs hurlements stridents, le pot libère tout son soul de gaz d’échappement, dans une note assourdissante, primale et hautement jouissive. La compacte Lotus se cambre sur son train arrière et se jette avec verve et précision dans la grande courbe d’accès à la voie rapide. En l’espace de quelques secondes, les frontières de la légalité sont largement franchies, les véhicules déjà engagés se noient misérablement dans le rétroviseur. Un coup de volant millimétré à gauche et nous nous projetons sur la file « rapide », profitant au passage de l’aspiration d’une lourde berline d’obédience germanique. La boite courte montre rapidement ses limites sur ce type de route qui ne lui sied guère, la 5e tire court et bloque le compteur à 208 km/h. Ma compagne est transportée par l’impression de vitesse, décuplée par la proximité du sol. Une certaine vivacité d’esprit s’impose cependant car les usagers qui partagent les larges rubans de bitume ne voient souvent qu’au dernier moment ce petit missile sol-sol bleuté qui s’apprête à les passer. Dieu merci, si les freins manquent de mordant et de finesse dans le dosage, ils n’en sont pas moins puissants et endurants.

Lotus Elise S2

Les cieux étant propices à l’exercice, la décision de rouler faisant fi du toit est prise. Impossible d’effectuer l’opération à bord de la voiture. Nous sortons, procédons au démontage puis rangeons dans le petit coffre les deux panneaux du hardtop « gullwing », dont l’idée de fabrication avait été lancée par Lotus mais jamais mise en oeuvre. Un artisan anglais s’est chargé par la suite de fabriquer cette pièce aussi rare qu’onéreuse, laissant à Lotus le soin de fabriquer un hardtop simple, sans possibilité d’ouverture. Avec la capote d’origine, le processus ne prend guère plus de temps, cependant l’étanchéité de cette dernière, bien qu’améliorée par rapport aux S1, laisse encore à désirer.

Nous repartons à l’air libre par les petites routes, plus sagement cette fois-ci, ce qui laisse le temps à ma passagère de s’extasier sur l’incroyable agilité de l’engin. La montagne nous attend pour une démonstration de force. Une montée de col se présente à nous, l’endroit idéal pour taquiner le rupteur et mesurer l’efficacité du châssis en alu collé Lotus. On se cale bien au fond du siège, on se rapproche du volant, le pommeau de vitesse proche du genou droit, et on passe le rapport inférieur. La voiture trépigne littéralement d’impatience et enroule avec une facilité déconcertante le moindre virage. Sur les freinages à chaque entrée de courbe, et les reprises à la corde, accompagnées d’un savant double-débrayage et du caractéristique claquement d’échappement, on se prendrait pour un champion de course de côte. La sueur commence lentement à dégouliner sur mon front à mesure que l’adrénaline afflue dans mon système sanguin. Je prends de l’assurance plus nous montons vers le col, tentant même de mettre la voiture légèrement en glisse sur ces lacets acérés des Alpes. Grave erreur : l’Elise S2 est sous-vireuse à souhait, les pneus avant perdant l’adhérence bien avant que le train arrière, lesté de plus de 60% du poids total de la voiture ne vienne jouer les trouble-fêtes. Et quelque part, c’est tant mieux ainsi. Si Lotus a corrigé le tir au niveau des réglages de liaisons au sol et de pneumatiques, c’est bien que nombre de possesseurs de S1 se sont retrouvés dans le fossé à cause d’une surestimation de leurs capacités de pilotage.

Lotus Elise S2

Le dernier virage passé, nous arrivons sur le col. Nous nous arrêtons dans un cadre bucolique, le meilleur endroit pour admirer la ligne splendide de l’Elise. A l’inverse de la S 1, dont les formes rondes et amicales rappelaient d’anciennes productions maison, la S 2 tranche net dans la fibre, se donnant de faux airs de Ferrari avec ses doubles phares ronds à l’arrière. De manière évidente, les designers Lotus ont tenté de donner à la petite sportive un air plus riche que son prix ne le laissait entendre auparavant. C’est d’ailleurs une voiture qui a été conçue entièrement sur ordinateur, avant que le moindre morceau d’alu ne soit collé ou de fibre ne soit peint… La proue, avec son air de guêpe, se distingue de la tranquille apparence de l’arrière. Deux optiques allongées se prolongeant sur les arrêtes, une vue impressionnante lorsqu’on se trouve au volant de la voiture.

Nous reprenons le volant pour une descente plus calme, en mode “cruising”. Voilà qui est aussi très agréable. Nous profitons du chant des oiseaux et du bruit du vent dans les arbres, accompagné du son rauque de l’échappement Larini, lorsque tout d’un coup, le voyant moteur s’allume. Une épaisse fumée blanche s’échappe du radiateur positionné à l’avant, et m’empêche toute vision à travers le pare-brise. Je m’arrête en catastrophe sur le bas-côté. Ma passagère me regarde une nouvelle fois, dubitative. Je reviens à la dure réalité de possesseur de voiture anglaise, en lui annonçant avec philosophie : « Une Lotus, ça ne tombe pas en panne, c’est capricieux ! ». Voilà qui devait être dit.

Lotus Elise S2

Modèle testé : Elise S2 Sports Tourer avec climatisation, hardtop et pot sport Larini.
texte: Ultrakorrekt, photos: Paul Reynolds, © www.blenheimgang.com

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