On vous l’avait annoncé il y a quelques temps : le Blenheim Gang défiait Lotus. De quoi s’agissait-il ? Rejoindre Marseille, depuis Paris, dans des conditions bien particulières. Récit d’une journée pas comme les autres au volant de la toute nouvelle Lotus Elise.

Il aura suffit d’une phrase pour mettre le feu aux poudres. Une phrase lâchée laconiquement par le service de presse Lotus dans l’un de ses communiqués : the Lotus Elise could travel a colossal 500 miles (800 km) on one tank of fuel – the equivalent of Paris to Marseille or London to Aberdeen. Non seulement ceci nous a laissé incrédule, comment penser qu’une sportive, aussi menue soit-elle, puisse parcourir pareille distance avec un plein; mais en plus une ultime provocation nous a fait sursauter. De Paris à Marseille. Quel perfide communiquant anglais a t-il pu avoir l’idée d’évoquer pareil voyage ? Voyage qui nous placerait implicitement au point de départ. À l’heure où les constructeurs en manque d’idées se lancent tous dans des éco-marathons qui envahissent nos autoroutes de monospaces diesels au ralenti, tentant d’atteindre de miraculeuses destinations éloignées de plusieurs milliers de kilomètres, ceci ne peut être entendu que comme un défi que l’on se devait de relever.

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Inutile d’insister, vous ne saurez pas comment on a fait. Mais il aura suffit de quelques échanges de mails pour apprendre la bonne nouvelle. Une Lotus Elise doit être envoyée de l’usine à Monaco pour un événement, et il est possible de faire le trajet par nous-mêmes. Mieux, en étant un peu patient, la voiture peut nous être livrée directement à Paris la veille au soir. Résumons, cela nous laisse la journée entière pour tester l’autonomie de la voiture, et encore quelques centaines de kilomètres pour s’amuser un peu avec la voiture, avant de la restituer à minuit. Que demander de mieux ? On ne sait pas trop.

Premier contact avec la Lotus Elise 2011, que l’on peut qualifier d’Elise S3, puisqu’il s’agit de la troisième évolution majeure du modèle. On a déjà consacré pas mal d’articles à la lignée (allez voir la liste en bas de page), mais on veut bien vous rappeler l’essentiel. La Lotus Elise originelle a été présentée en 1995, et affichait un poids-plume synonyme d’équipement indigent. 2001 voit donc apparaître une nouvelle série, à l’esthétique profondément revue et avec quelques équipements de confort tels les vitres électriques, la climatisation ou encore l’ABS, provoquant un sérieux embonpoint. Nous voilà donc en 2010, quinze ans après le lancement du modèle, avec de nouvelles ambitions. Avec son nouveau moteur 1,6l développant 136 chevaux monté sur la version d’entrée de gamme l’Elise revendique des émissions de CO2 de 149 grammes au kilomètre. Drôle d’époque où l’écologie est devenu le mètre-étalon de l’automobile…

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Donato Coco a quitté Ferrari pour Lotus et a pris en charge la refonte esthétique de cette Elise S3. Et cela se voit : le nouvel avant avec ses deux phares en amande rappelle furieusement la California – en plus jolie, ouf. Plus douce que la S2, cette nouvelle mouture rappelle la simplicité de la S1, sans agressivité inutile. Cela ne l’empêche pas d’avoir une présence étonnante, surtout dans cette teinte Chrome Orange, impossible de passer inaperçu. L’arrière évolue bien moins que l’avant, la plaque d’immatriculation étant simplement déplacée ce qui modifie légèrement le dessin du bouclier, doté de l’accessoire des années 2010 : le diffuseur. Voici de quoi tenir encore quelques années avant l’apparition d’une toute nouvelle Elise, attendue à l’orée 2013.

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À bord l’ambiance est connue, pourtant on ne s’en lasse jamais. La contorsion nécessaire pour enjamber les larges longerons et se laisser tomber dans les baquets au ras du sol, en évitant des jambes le volant, donne juste l’impression de prendre les commandes d’un véritable bolide de course. Pour se mettre dans le bain, on a rarement fait mieux. On ferme la frêle portière en résine, et nous voilà à bord du bathyscaphe le plus excitant qu’il soit. Que tout est exigu à bord ! Et pourtant, on y est si bien, malgré d’innombrables défauts d’ergonomie, de fabrication ou de finition. Peu importe ! Trouver le bouton du démarreur, prendre en main le volant minuscule… et c’est parti pour une longue journée riche en émotions. Oh, j’oubliais, oubliez les idées reçues, un week-end bag souple entre parfaitement dans le coffre. Il sera juste un peu, disons, réchauffé, à l’arrivée !

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Il n’y a pas 36 moyens de faire un eco-run. Un seul itinéraire possible : le plus court, par l’autoroute forcement, pour éviter au maximum les variations d’allures, synonymes de sursaut de consommation. Seul salut, donc : l’autoroute A6. Evidement la station service située au point de départ est fermée, il faudra donc parcourir 30 kilomètres avant de remplir à ras bord le réservoir, et commencer enfin le périple. Un peu de triche, tant pis, qui nous en tiendra rigueur ?

Quelle allure adopter ? Voilà une bonne question. 90 km/h me semble être celle où une automobile de petite cylindrée – après tout c’en est une – consomme le moins, sans trop se trainer. La bonne nouvelle est que cette Elise est dotée, comble du luxe, d’un cruise control. Plutôt curieux sur une auto pensée pour tout sauf pour l’autoroute, mais nous ne nous en plaindrons pas. Il ne reste plus qu’a caler la radio sur autoroute-info, seule station captée, et se laisser bercer par le paysage, en se trainant sur la file de droite. Curieuse situation d’imposer pareil rythme à une auto aussi joueuse. D’autant plus qu’avec son empattement ultra-court, l’Elise n’est pas à son aise sur l’autoroute, il faut sans cesse corriger en douceur la trajectoire, en douceur car la direction non assistée est tellement vive que l’on a vite fait de zigzaguer d’une voie à l’autre si l’on y prend garde. Tout ceci me donne la curieuse impression de conduire une modeste barquette en perdition dans une interminable ligne droite des Hunaudières dépourvue de chicanes. Le moindre Twingo passant à 130 km/h semblant prête à m’envoyer dans le décors telle une Audi R15 lancée à pleine vitesse. Frustrant et ennuyant. Mais après tout, ne suis-je pas en mission ? Il faut prendre son mal en patience, voilà tout.

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Au bout d’une heure, alors que la jauge d’essence ne semble même pas entamée, le fait d’être à moins de 100 km de Paris laisse tout de même un gout amer. D’autant plus qu’il apparaît que la vitesse choisie n’est pas la bonne. En effet, les semi-remorques, mes seuls compagnons de voyage, semblent naviguer juste en dessous. Après de longues minutes, je fini invariablement par rattraper l’obstacle qu’il faut ensuite contourner. Manœuvre interminable à cette allure, gênante pour le trafic sur une 2×3 voies, et franchement dangereuse sur une 2×2 voies. Tant pis, je presse longuement le commutateur de vitesse pour me stabiliser à 100 km/h.

Puis, une heure plus tard à 110 km/h, par ennui. Que le voyage semble long… Il faudra près de 5h pour arriver à Lyon, avec une jauge qui a maintenant dépassé la moitié. Ce qui laisse à présager que l’Elise va tenir ses promesse. Le problème c’est que je commence à en avoir assez. Pas des sièges : s’ils sont très fins leur dessin est juste parfait et je ne souffre nullement du dos. Pas du bruit non plus, car contrairement à ce que l’on pourrait penser il est plus que supportable à cette vitesse. Non, ce sont mes pieds qui me font mal. La faute sans doute à mes Converses, pourtant de bonnes compagnes de route…sauf que je ne suis pas habitué à avoir les jambes tendues et les pieds à hauteur des fesses. La seule solution que je trouve pour me soulager, complètement anti-sécuritaire et de passer mes deux pieds… derrière les pédales. Assez ! Je craque et augmente la vitesse à 130km/h, il faut en finir !

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Ce qui devait arriver arriva : la jauge se mit soudainement à descendre jusqu’à atteindre le dernier niveau et que le témoin de réserve ne s’allume. Fin de l’aventure il faut ravitailler à hauteur de Montélimar. Voyons les indications du compteur et de la pompe : 595 km parcourus pour 37 litres consommés soit 5,3 litres pour cent kilomètres. Pas mal. Tout près de la consommation extra-urbaine annoncée, qui est de 5,04 l/100km, alors qu’il est généralement impossible d’approcher ces valeurs fantaisistes. Sachant qu’il me restait 5,5 litre d’essence, je serai tombé en panne à 70 km du but… pas mal, car depuis une heure je roulais sans faire le moindre effort d’économie.

Même si je n’y suis pas arrivé, je le sais : cette Lotus Elise peut faire Paris-Marseille avec un plein. Il suffit d’un solide sens de l’abnégation.

Si j’ai abandonné, il y a une autre raison que cette souffrance au pied – qui disparaitra vite : l’heure tourne ! Non pas que je soit pressé d’arriver, mais il ne faudrait pas rogner sur la récréation ! Je piaffe tellement d’impatience que je me punis moi-même : au lieu de sagement contourner Marseille pour attaquer des Aubagne, je me précipite directement dans le centre-ville par l’ouest, ce qui veut dire qu’il va falloir la traverser entièrement, sans carte… à l’heure des sorties de bureau. Je vous épargne les jurons proférés durant les deux heures qui suivront.

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Enfin, Gémenos, ville qui sonne comme un Graal à mes oreilles, car c’est le point de départ de la prochaine édition de la Blenheim Coupe des Alpes. L’occasion enfin de tester les routes sur lesquelles je travaille depuis des mois, au volant d’une des plus formidables autos de sport qu’il soit. Pour fêter ça, j’enlève enfin le toit, une opération pas si simple que ça. La première accélération déçoit un peu, pas très énergique, et le 1.6 pêche par son silence. Et soudain, passé les 5000 tr/min, la délivrance ! Tel un Polichinelle bondissant de son tiroir l’Elise se réveille enfin et me catapulte dans les virages avec une énergie folle. Bondissant de lacet en lacet elle semble maintenant inépuisable et pleine de volonté, sans compter la précision avec laquelle elle se défait de chaque changement de direction. On la compare à un kart ? C’est bien mieux que cela, en fait. À mesure que l’on s’approche des 7000 tours et que les shift light s’allument sur le tableau de bord le moteur donne enfin de la voix pour sublimer l’expérience de conduite. Evidement, après tout ce qu’on a pu lire sur la voiture en quinze ans, on pensait savoir à quoi s’en tenir, mais croyez moi, la jouissance que provoque le pilotage de l’Elise est impossible de retranscrire avec des mots…

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Ce que je n’avais pas prévu c’est que l’autonomie en montagne n’a strictement rien à voir avec celle du paisible trajet autoroutier. Me voilà soudain au milieu de nulle part, en pleine nuit, avec un voyant qui s’allume, et qui n’annonce pas un sur-régime. Non, il annonce la fin de la récréation et le début de la panique : je suis sur la réserve. Il n’y a pas une seule station aux environs, l’autoroute est à 40 km, il n’y a d’autre choix que de la rejoindre au ralenti… Inutile de vous raconter la suite, elle n’a que peu d’importance, puisque je suis arrivé à bon port. Tout ça pour vivre le moment le plus dur de la journée : celui de rendre les clés.

VISUAL ATTRACTION 8 TWIGGS

Moins caricaturale, cette nouvelle mouture de l’Elise affiche un physique qui frôle la perfection.

MECHANICAL THRILLS 6 TWIGGS

C’est un fait : il faut sérieusement bousculer le petit moteur de l’Elise pour qu’il se libère enfin. Pour en profiter, il faut le mériter. Un peu de puissance en plus ne nous aurait pas déplu, tout de même.

HANDLING 10 TWIGGS

On ne connait pas mieux. Inutile d’en dire plus.

CLASSIC APPEAL 6 TWIGGS

Il ne faut pas se leurrer, cette version de base sera sans doute la moins recherchée des Elise. Dur de concurrencer les autres monstres de la gamme…

BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 10 TWIGGS

Le look de supersportive est imparable, tout comme son gabarit compact. Vous le savez, ce qui est petit est mignon. On l’a déjà dit, les Elise sont des aspirateurs à filles.

BLENHEIM FACTOR 10 TWIGGS

Rarement auto nous aura tellement convaincu. L’Elise provoque tellement d’émotions à son volant, qu’on en oublie tous ses défauts. Si on ne devait choisir qu’une sportive, ce serait elle. Merci, Lotus, le Blenheim Gang vous aime.

 

LOTUS ELISE S3
Rarement auto nous aura tellement convaincu. L'Elise provoque tellement d'émotions à son volant, qu'on en oublie tous ses défauts. Si on ne devait choisir qu'une sportive, ce serait elle. Merci, Lotus, le Blenheim Gang vous aime.
VISUAL ATTRACTION8
MECHANICAL THRILLS6
HANDLING10
CLASSIC APPEAL6
BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY10
BLENHEIM FACTOR10
8.3Note Finale
Note des lecteurs: (5 Votes)
11.0

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

4 Réponses

  1. kubiela richard

    bjr a toutes et a tous ,
    je suis propriétaire d’une élise CR S3 et cet article reflète mes pensées ,
    la consommation c’est le pilote qui la fait ,sinon plaisir est de se balader avec une voiture dont le toit est a hauteur des rétroviseurs des autres voitures ,une pt précaution a prendre ,se décaler si l’on suit une camionnette car leurs visions dans les rétros passe au dessus de nous !
    sinon c’est démoniaque comme tenue de route ,et avec respecter les limitations ne dérange pas ( simplement l’état des routes qui dérangent )
    et y a rien a dire cette voiture est VIVANTE ,il faut rouler avec pour y croire

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