Lancée en 2009 la Classe E génération W212 vient de recevoir son facelift de mi-carrière. L’occasion parfaite pour se glisser derrière le volant de sa tonitruante variante sportive E63 AMG, ici en version S-Model, encore plus performante.

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Vous qui nous lisez depuis longtemps, vous savez que si nous sommes d’inconditionnels amateurs de la production Mercedes (quelle qu’elle soit) des années 1970 et 80, la suite ne nous passionne que bien peu. À moins qu’elle ne porte les 3 lettres magiques du label AMG. Bien plus que pour le M de BMW, qui n’est que l’aboutissement logique du développement de voitures avant tout orientées vers le plaisir de conduire, AMG exprime pour nous la notion même de dévergondage. Prenez une berline (ou un break) placide, destiné à (rayez la mention inutile), 1/ véhiculer un patron de multinationale à son prochain rendez-vous de conseil d’administration,2/ embarquer une famille nombreuse sur la confortable route des vacances, 3/ vous remmener d’une soirée trop arrosée contre de l’argent en écoutant  une radio d’actualité sportive ; et greffez lui le moteur le plus gros possible en lieu et place du machin diesel qui se trouve sous son capot, pour en faire le dragster le plus confortable possible. Bref AMG fait du muscle car à l’européenne. Et en vrai, ça donne quoi ?

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VISUAL ATTRACTION 6 TWIGGS

La W212 initiale n’était pas trop à notre gout. Elle reprenait, après la W211 de 2002, l’idée générale de la W201 de 1995 : asseoir la berline « classique » de Mercedes avec des références évidentes à la période tout aussi classique de la marque, comme les doubles optiques (de deux tailles différentes) héritées de la W123. Elle y ajoutait un nouveau gimmick, un peu lourdaud, ce pli courbe courant sur les portières et les ailes arrières et rappelant l’initiatrice de la lignée E, la célèbre berline tricorps « Ponton ». Le tout enveloppé dans un style techno-baroque, semblant vouloir rattraper à tout prix les délires contemporains de BMW, qui s’était désengagé d’une approche formelle simple et efficace, pour lorgner vers une complication bourgeoise, jusque là apanage des Mercedes.

Bonne nouvelle, depuis l’année dernière, Mercedes a décidé d’enfin sortir de l’ornière stylistique qu’elle était en train de creuser, pour s’appuyer sur les lignes plus musclées de ses produits sportifs (SL et SLS en tête), dans le but de rajeunir son image. Le langage développé pour les Classe A et CLA se retrouve donc ici apposé sur la W212, sans que l’opération ait l’air d’un replatrage maladroit. Le masque, aux lignes souples, organiques et musclées, s’accommode étrangement bien des lignes plutôt rigides de la voiture, sans la moindre faute de gout. Grande nouveauté, les doubles optiques disparaissent au profit d’un ensemble monobloc qui ne rappelle l’ancienne version que par le tracé de ses feux de jours à LEDs. Sur cette version AMG, la cascade de chrome de la calandre est remplacée par un dessin inspiré par les SL, surmontant une énorme prise d’air de calandre polymorphe. Violent.

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MECHANICAL THRILLS 10 TWIGGS

Le V8 biturbo 5,5 l est une brute épaisse. Donné pour 557 ch et 720 Nm de couple en version de base, il développe sur la S-Model (qui remplace le pack performance) 585 ch et 800 Nm. Vu depuis la fiche technique ça parait violent, volant en main, c’est encore pire. Il s’exprime dès le démarrage par une violente déflagration à travers la ligne d’échappement, dont le grondement accompagne perpétuellement la voiture. Dragster de feu rouge, la E63 AMG explose vraiment sur l’autoroute où sa poussée semble inénarrable. La moindre ré-accélération écrase littéralement les viscères à chaque appui franc sur la pédale d’accélérateur. J’en ai encore mal au ventre.

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HANDLING 6 TWIGGS

Sur voies rapides, l’E63 AMG file tel un missile intercontinental verrouillé sur sa cible. Sur route, ce n’est pas si simple. Pas tant que la tenue de route soit d’une quelconque façon problématique (c’est une 4 roues motrices, typée propulsion, plutôt joueuse et facile à manier), mais plutôt que son poids semble grever des relances que l’on espérait un poil plus explosives. Mais surtout, c’est sa boîte automatique à 7 rapports, qui calme un peu les ardeurs du conducteur démonstratif. Pour une automatique elle est excellente, mais il n’en demeure pas moins que ses palettes ne délivrent pas une action aussi vive que celle d’une boite manuelle robotisée. Par contre, les actionner provoque de délicieuses déflagrations sonores. Ce qui est largement suffisant pour nous amuser toute la journée durant.

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CLASSIC APPEAL 8 TWIGGS

Meilleur représentant de l’Euro Muscle Car, AMG produit collector sur collector. Un peu trop même : il n’y a pas moins de 27 modèles et variantes badgées AMG dans la catalogue Mercedes actuel – sans compter les A et CLA qui arrivent, et d’autres modèles qui vont être dévoilés sous peu ! Résultat, les AMG des années 1990, plus rares, sont bien plus désirables, alors que celles des années 1960 à 1980 sont désormais cultissimes. Attention à la banalisation !

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BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 6 TWIGGS

Comment dire. Un break ou une berline tri-corps ne sont pas à priori les armes les plus évidentes pour le séducteur qui sommeille en chacun d’entre nous – à moins de jouer sur le délicat terrain de l’instinct maternel. Reste le pouvoir magnétique de l’étoile. Qui, sur la calandre, est d’ailleurs fort grosse.

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BLENHEIM FACTOR 8 TWIGGS

Libérant nos pulsions les plus viles, l’E63 AMG est un redoutable jouet pour les sales gosses que nous sommes tous. Sensibles à l’opération consistant à greffer le plus gros bloc possible dans une paisible routière, nous déplorons juste un petit manque d’exclusivité qui s’est perdu depuis qu’AMG n’est plus un artisan. Mais quand on voit les extrêmes auxquels sont réduits les « tuners » actuels, ce n’est peut être pas si regrettable.

MERCEDES E63 AMG
Libérant nos pulsions les plus viles, l’E63 AMG est un redoutable jouet pour les sales gosses que nous sommes tous. Sensibles à l’opération consistant à greffer le plus gros bloc possible dans une paisible routière, nous déplorons juste un petit manque d’exclusivité qui s’est perdu depuis qu’AMG n’est plus un artisan. Mais quand on voit les extrêmes auxquels sont réduits les “tuners” actuels, ce n’est peut être pas si regrettable.
VISUAL ATTRACTION6
MECHANICAL THRILLS10
HANDLING6
CLASSIC APPEAL8
BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY7
BLENHEIM FACTOR8
7.5Note Finale
Note des lecteurs: (2 Votes)
8.2

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

3 Réponses

  1. Appart14

    Je ne vous rejoins pas trop sur la critique positive que vous faîtes de ce lifting. Je trouve au contraire que la nouvelle face avant, un peu molle, s’intègre assez mal à l’ensemble. Certes, elle a une « gueule » de méchante, qui va bien avec le caractère de l’auto, mais je trouve que ça se cherche un peu, entre courbes, arrêtes vives, ouïes démesurées etc… Pas trop client donc du look extérieur de cette auto, bien moins en tout cas que celui de la classe A.

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  2. RSAnthony

    Pas non plus fan du restylage. Même commentaire pour la nouvelle C63 d’ailleurs. La face avant a un design maladroit.
    Le faciès de tueur psychotique de l’avant dernière SL (65) AMG aurait été préférable à mon sens. Moins liquide. Plus acéré.

    Au passage, attention : le moteur ne fait plus 6.2 litres, mais 5.5, depuis le passage à la sural’ !

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