C’était il y a 45 ans. Le tsunami psychédélique enfonce les digues du show-business de part et d’autre de l’Atlantique, renversant le vieil establishment déjà fragilisé par les successives vagues rock’n’roll et Beat Music. La jeunesse se laisse pousser les poils, avale des acides et s’affale en tas torse-poils tandis que certains prennent des guitares et improvisent plus ou moins talentueusement des chansons qui parlent d’amour, de paix mais aussi de voix multicolores qui lancent des appels glaçants ou de rochers qui demandent de l’aide.
Les groupes et chanteurs qui, depuis la fin des années 50, lousent avec plus ou moins de réussite dans le circuit, tentent alors de remonter à la surface pour surfer sur la vague hallucinogène dans l’espoir de décrocher un hit.
Aux Etats-Unis, d’anciens rockers lâchent la banane, les wap-dou-wap et les crooneries bubblegum.
Au Royaume-Uni, d’ancien skifflers passés par la case Beat abandonnent les ritournelles trop sucrées.
Tout ce beau monde, comme un seul homme, suit la mode psychédélique un peu comme leurs chefs d’état se suivront en 2003 pour faire la guerre en Irak.
Alors ricains et angliches, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ?
La réponse est peut-être positive pour la guerre en Irak mais pas pour le psychédélisme.
D’un côté les fortes racines blues saillent toujours un peu sous le vernis arc-en-ciel et la qualité des studios de base et des techniciens qui les hantent laissant souvent à désirer, le résultat sonne régulièrement garage.
De l’autre, les harmonies vocales et contre-chants Beat ou les mélodies pour séduire les filles ressortent toujours à un moment ou à un autre et, grâce au phénoménal succès des Beatles, les équipements des studios et le professionnalisme de leurs habitants sont au top et ça s’entend.
Alors, saurez-vous reconnaitre qui est le Porridge gluant et qui est le T-bone saignant ? Qui est le costard Prince de Galles et qui est le T-shirt baskets ? Qui est le Rosbif à la menthe et qui est le sandwich à la banane ? Qui sent la jelly au lemon-curd et qui sent la bouse de vache ? Bref qui est l’anglais et qui est l’américain ?
J’attends vos réponses en commentaire, de merveilleuses Compiloeb sixties-punk à télécharger pour les gagnants !

Baker Knight


Thomas Baker Knight est né à Birmingham, Alabama, en 1933. Il a appris à jouer de la guitare pendant son service militaire effectué en Allemagne. A son retour en pays redneck, il entre à l’université d’Alabama où il étudie l’art.
Influencé par les chansons de Hank Williams (chanteur, guitariste et compositeur de country alcoolique à succès, bien connu des historiens du rock), Baker commence à composer.
En 1956, il monte son groupe de rock’n’roll, Baker Knight and the Knightmares. Leur deuxième single, Bring My Cadillac Back, sorti sur un petit label local, attire l’oreille de Decca qui signe un contrat au groupe et cherche à faire un succès national avec cette chanson. Malheureusement, la plupart des grandes radios refusent de passer le titre, pretextant qu’il s’agit d’une publicité cachée pour la marque de voitures…
Decca ne donne pas suite et Baker Knight abandonne alors son groupe. Il se rend à Hollywood avec 60$ en poche pour devenir star de cinéma. Ça ne marche pas, on pouvait s’y attendre, mais il y rencontre Eddie Cochran et les deux rockers sympathisent. Eddie demande même à son nouvel ami de l’aider à enregistrer Summertime Blues mais Baker s’endort au studio (!!?) et lorsqu’il se réveille, la chanson est déjà en boite !
Par l’entremise de la petite amie d’Eddie Cochran, non pas Artémise mais la compositrice Sharon Sheeley, Baker Knight rencontre Ricky Nelson, l’idole des jeunes pré-pubères, et il écrira plein de chansons pour lui. Une chose en entrainant une autre, Baker Knight se retrouve à composer pour le rat pack au début des années soixante. Frank Sinatra, Dean Martin et Sammy Davis Junior enregistrent plusieurs de ses compositions.
Pendant la vague psychédélique, il compose un titre pour le West Coast Pop Art Experimental Band, groupe dont les jeunes membres acceptèrent un vieux rogaton trentenaire nommé Bob Markley (!) comme leader, parolier et occasionnel chanteur-faux en échange de sa fortune héritée d’un papa industriel, fortune qui permet d’acheter du bon matos et un excellent light-show (fermeture de la parenthèse expérimentale).
En 1970, le King himself décide de reprendre sur scène à Las Vegas, une chanson composée par Baker Knight, The Wonder of You. Cette chanson est encore chantée par les multiples clones d’Elvis qui se produisent un peu partout.
Dans les années 70, le fils de son idole de jeunesse, Hank Williams Junior, interprète du Baker Knight tout comme d’autres artistes country.
En 1977, le Killer Jerry Lee Lewis massacre une autre de ses chansons.
Au final, même Bob Dylan et Paul McCartney ont chanté du Thomas Baker Knight.
Mais Baker Knight voulait surtout connaitre le succès en tant que chanteur… Il n’a d’ailleurs jamais cessé de tenter sa chance puisqu’il a sorti plus d’une vingtaine de singles, au rythme presque régulier de deux galettes par an entre 1956 et 1968. Dont un des deux morceaux en écoute.
L’absence de reconnaissance personnelle sera comblée par l’alcool et Baker finira par se retirer chez lui en Alabama, atteint du syndrome de fatigue chronique. Il enregistrera tout de même dans le home-studio qui fait sa fierté trois albums diffusés uniquement par internet avant de passer l’arme à gauche en 2005.

The Rockin’ Berries


A la fin des années cinquante, à Birmingham (cette fois en Angleterre et pas en Alabama), le guitariste Brian « Chuck » Botfield monte un petit groupe de skiffle, les Bobcats.
Le surnom « Chuck » lui vient de son amour immodéré pour Chuck Berry et son groupe reprend tellement de morceaux du pionnier du rock’n’roll qu’il se rebaptise vite the Rockin’ Berries.
Lorsque les Rockin’ Berries se séparent en 1960, le groupe Archimede’s Deal propose à Brian de les rejoindre. Celui-ci accepte à la condition que le groupe se rebaptise les Rockin’ Berries. Archimède accepte le deal.
Les Rockin’ Berries se produisent alors localement avec un succès de plus en plus important mais qui reste local.
Après quelques mouvements de personnel au cours desquels ils dégottent un chanteur à la voix de falsetto, des séjours en Allemagne, deux singles sans grand succès chez Decca et un tout-frais contrat chez Piccadilly, filiale de Pye, le groupe est remarqué par Kim Fowley lors d’un passage au Marquee de Londres en 1964. Oui, l’incontournable producteur gourou américain de la scène underground 60′s de la côte Ouest US, Kim Fowley, est en Angleterre a cette époque et il propose au Rockin’ Berries de reprendre une chanson dont les Tokens ont fait un tube aux Etats-Unis, He’s In Town. En octobre 1964, cette soupe commerciale atteint le numéro 3 des charts anglais, bien vu Kim.
En 1965, le groupe parvient à refaire deux hits mais ce bref passage dans les charts laissera assez vite place à des spectacles de cabarets où les Rockin’ Berries font des shows qui mêlent des sketches, des imitations et, tout de même, de la musique. Ils tournent partout dans le pays avec un succès suffisant pour les amener jusqu’au Royal Variety Performance de 1967. Aujourd’hui encore, vous pouvez, si l’envie étrange vous prend, aller voir quatre vieux bonshommes gros, chauves et ridés (dont l’indéboulonnable Brian « Chuck » Botfield) faire les Rockin’ Berries sur des scène de cabaret.
L’année de leur performance royale, ils enregistrent un très bon morceau à tendance psychédélique qui aurait pu leur rouvrir les portes du succès si seulement un label avait accepté d’en faire un single…
Mais lequel est-ce ? Le premier ou le deuxième ?

A propos de l'auteur

Enfant, Regaloeb écoute Georges Brassens, Guy Béart et, surtout Charles Trenet. A 9-10 ans, il découvre les Beatles, les Beach Boys, les Kinks et les Who et il adore ! De mauvais choix esthétiques l'amènent ensuite à écouter Kiss mais heureusement pour lui, à l'été 1978, son grand frère va en vacances en Angleterre et il revient avec les Jam et les Buzzcocks ! Alors, c'est la folie punk/new wave/mods anglaise avec les Stranglers, les Undertones, Joe Jackson, Elvis Costello, XTC, les Lambrettas, Generation X, le grand retour du ska avec Madness, les Specials, les Selecters. Il y a aussi les Dogs, Edith Nylon, Marie et les Garçons, Ultraviolet, Oberkampf ou Métal Urbain pour le rock français. Mais trop rapidement, les années 80 naissantes laissent un goût amer avec toute cette daube-variétoche-électronique-danse-TOP50 comme Wham ou Dépeche Mode et le retour en force des horribles hard rockers avec AC/DC, Iron Maiden ou Europe. Regaloeb se tourne alors vers le 60's punk grâce aux premières compilations EVA. Depuis, à part quelques retours au monde moderne pour Blur, Nirvana, QOTSA ou les Libertines, il reste globalement bloqué entre 1964 et 1968 !

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