Jeremy, abandonnant parfois la lecture de Royaly Monthly pour lire les colonnes du Blenheim Gang, a remarqué que le monde automobile avait légèrement changé depuis le mariage du Prince de Galles avec Lady Diana Spencer. Prenant acte de cela, il décida immédiatement de contacter les bureaux de la Blenheim Surintendance pour nous faire porter acquéreur d’une paire de toutes modernes Rolls-Royce Phantom de la septième série.

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C’est donc dans un pimpant exemplaire argenté qu’il vient me chercher à l’aéroport d’Heathrow alors que j’étais venu dans nos quartiers britanniques pour rencontrer un vieil ami collectionneur de bric et de broc, accessoirement couturier et dandy à ses heures perdues. Evidement Jeremy ne m’avait nullement prévenu de « sa » nouvelle acquisition, et c’est non sans surprise que je la découvre, au 3e étage du parking où il a l’habitude de se terrer pour se livrer tranquillement à ses lectures coupables. La Silver-Cloud habituelle a donc été abandonnée, j’apprendrai plus tard qu’elle a été réaffectée au Blenheim Scout Camp de Copenhague.

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Jeremy m’ouvre la lourde portière en me dévoilant les derniers potins mondains que je feins d’écouter tout en découvrant mes nouveaux appartements – il n’y a pas d’autres mots pour décrire l’intérieur de la Rolls. Tandis qu’il charge mes malles dans le coffre, je referme la portière d’une longue pression sur un bouton situé dans la custode, me plongeant dans un univers ouaté et silencieux. Pendant que mes pieds s’enfoncent dans l’épaisse moquette, tout mon corps disparaît dans le fauteuil, entièrement réglable. Jeremy démarre dans le plus profond silence et s’élance sur les voies express de la banlieue londonienne. Une nouvelle pression et des rideaux glissent le long de la fenêtre pour me faire disparaître de la vue des innombrables chauffeurs livreurs au regard insistant. De la portière j’extrais une flute et me verse un peu du champagne gardé au frais dans le petit frigo inséré dans la banquette. La télé cachée dans l’une des superbes tablettes en bois précieux déroule son lot d’informations. Je m’endors sous les étoiles du plafond, un gadget génial, aussi inutile que magnifique.

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C’est au petit matin que je me rends compte que quelque chose ne s’est pas déroulé selon mes plans initiaux. Un rayon de soleil filtre entre les dentelles des rideaux qui masquent avec grande peine une antique lucarne aux petits carreaux irréguliers. Damn it ! Le vieux royaliste m’a emmené dans la ferme de ses parents qui lui sert accessoirement de garage discret. À l’odeur d’ailleurs il doit être en train de se préparer un petit déjeuner de ses habitudes, composé de haricots, de bacon et de tranches de boudin grillées. Le meilleur moment de s’éclipser discrètement pour faire – enfin ! – un tour au volant de nos nouvelles autos.

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C’est une Phantom grise foncée qui m’attends dans la grange entre deux bottes de paille et un âne sourd et crotté. Inutile de chercher la voiture d’hier soir, celle-là fera aussi bien l’affaire d’autant plus qu’elle dispose du châssis allongé. La porte avant est tout aussi lourde que celle de l’arrière, et cette fois impossible de la fermer électriquement. En fait uniquement les ouvrants « suicide » ont une assistance, une question de sécurité paraît-il : eux-seuls permettent de voir sans tourner la tête si un obstacle gêne leur fermeture. Il serait dommage de couper la jambe de votre passagère de la sorte, soit.
La planche de bord est tout aussi monumentale que la voiture, un véritable meuble en bois massif, ici en finition laque piano noire. Associée à des cuirs et moquettes gris et blanc cassé, l’ambiance est d’un modernisme étonnant. Il est amusant de constater d’ailleurs comment d’une voiture à l’autre, par un simple jeu de couleurs on passe de l’anachronisme british convenu (au hasard, cuir crème, bois vernis et moquettes bleues marines) à quelque chose de tout à fait contemporain.

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Si il y a bien une chose qui dérange avant de démarrer, c’est l’ergonomie de l’engin, absolument déroutante. C’est bien simple, mis à part le volant et les pédales, aucun élément n’est là où on l’attend. Pour simplifier les choses, toutes les commandes sont muettes : pas une indication, ne serait-ce un petit icône pour vous orienter sur leurs fonctions. Diable, Jeremy aurait bien été utile dans ce moment précis ! Bien, après moult tâtonnements j’ai trouvé le bouton qui lance le moteur, et encore, j’ai mis du temps à comprendre puisque celui-ci démarre sans rien laisser paraître. Les phares se commandent par la traditionnelle platine de commande Rolls, qui ne ressemble à rien d’autre et nécessite un temps d’adaptation pour se familiariser avec l’ensemble des basculeurs chromés. Le GPS ? Il faut d’abord trouver le bouton qui permet de libérer ses commandes, situées dans un tiroir au bois toujours aussi massif, sous l’accoudoir central. Au même moment, oh stupeur, c’est un pan entier du tableau de bord qui bascule, remplaçant la superbe horloge par un grand écran LCD. Manque de chance, l’ensemble audio-GPS est commandé par une molette unique, à la manière d’un I-Drive BMW, au fonctionnement ,cette fois, totalement incompréhensible. Après un quart d’heures d’effort je laisse tomber et remet en place l’horloge, c’est plus joli comme ça.

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Dernière étape, passer la boîte de vitesse en Drive. Le levier est un commodo, placé à main gauche, que l’on actionne du bout des doigts, un peu comme certaines boîtes d’antiques autos. Evidemment elle est automatique et si on peut changer les rapports par impulsion sur le très fin levier. N’imaginez pas un quelconque mode sport : ce n’est pas tout à fait le propos de l’auto. Bien, tout est en place, lâchons le frein et sortons en douceur de la grange, sans se faire remarquer par le maîtres des lieux. Vu le silence de fonctionnement de la Phantom, ça sera chose facile, à condition de réussir à passer l’étroit portail.
Enfin, la route ! Celle ci est à peine plus large que la Rolls, ce qui n’incite pas à se sentir à l’aise. Heureusement l’auto est d’une facilité déconcertante : il n’y a en fait pas grand chose à faire à part gérer son imposant gabarit, avec un volant à la jante ultra-fine et à la souplesse si british. Je laisse mes yeux admirer les instruments et je découvre un bien curieux compteur, à gauche de celui indiquant la vitesse, qui m’intrigue par son aiguille tournant « dans le mauvais sens ». Au lieu d’un compte-tour – plutôt inutile – je dispose d’un indicateur de puissance, gradué en pourcentages. Pas sur que ce soit beaucoup plus utile, en tout cas il faut sérieusement hausser le rythme et faire violence à l’auto pour rapprocher l’aiguille du 0% qui indique que l’on exploite toute la cavalerie disponible. Si la Phantom n’a rien d’une sportive, son gigantesque moteur lui donne le souffle d’une locomotive au moment d’accélérer et on atteint rapidement des vitesses un poil effrayantes. Celles où on se demande comment un engin aussi énorme peut prendre un virage ou s’arrêter. Un tracteur farceur, bondissant de derrière une haie nous donnera la réponse : il y a bien des freins, mais ils n’épargnant pas de la sueur froide.

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Cette incident me laissant un peu fébrile, je décide prudemment de ramener l’auto à son conducteur professionnel. D’ailleurs au vu des regards croisés dans les villages traversés, j’aurais aussi dû emprunter gants blancs et casquette avec la voiture : tous essayent de voir ce qui se cache derrière les vitres teintées des places arrières, c’est à dire dans mon cas, personne. Si vous n’êtes pas Jeremy, n’essayez pas de prendre le volant. Même si l’expérience est agréable, vous n’y êtes clairement pas à votre place.

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VISUAL ATTRACTION 10 TWIGGS

Il paraît qu’il y en a qui la trouvent arrogante. Wake-up guys, c’est une Rolls-Royce, pas une roturière berline haut-de-gamme ! Son classicisme moderniste est tout simplement superbe et intemporel.

MECHANICAL THRILLS 7 TWIGGS

On aurait pu être plus sévère tant la voiture est avare en sensations, mais on reste soufflés par sa capacité à prendre de la vitesse sans broncher. Un dragster bien déguisé.

HANDLING 8 TWIGGS

Qui croirait qu’un tel pachyderme peut se conduire du bout du – petit – doigt ? Mention bien pour la facilité, mais attention à l’effet cachalot en courbe.

CLASSIC APPEAL 10 TWIGGS

BMW a recréé la marque de zéro au début des années 2000, et il faut dire que la Phantom est une copie parfaite. Tous les attributs d’une vrai Rolls-Royce dans une enveloppe classique et moderne à la fois. Futur grand classique garanti.

BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 10 TWIGGS

À moins d’essayer de séduire une activiste d’extrême gauche (et encore), la Flying Lady du capot fonctionne comme un aimant à filles. Demandez donc à Gainsbourg… Elles le savent toutes, c’est un lupanar roulant.

BLENHEIM FACTOR 10 TWIGGS

Le luxe absolu sans la moindre goutte de vulgarité, le tout habillé d’une ligne à couper le souffle. 100% Blenheim approved : c’est notre « taxi » officiel.

ROLLS-ROYCE PHANTOM VII
VISUAL ATTRACTION10
MECHANICAL THRILLS7
HANDLING8
CLASSIC APPEAL10
BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY10
BLENHEIM FACTOR10
9.2Note Finale
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A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

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