SA CALOBRA / ROADS
Depuis le temps que cela nous trottait dans la tête : partager avec vous les plus belles routes que nous avons parcourues. Certaines sont très connues, et ont justifié notre voyage à leur rencontre, d’autres ont été d’agréables surprises, découvertes au hasard d’une carte Michelin, ou d’une virée lointaine. Chacune d’entre elles mérite que vous y fassiez un détour. Première de la série, la majestueuse route de Sa Calobra, à Majorque.
Sa Calobra, la route
Rien ne laisse présager de ce qui nous attend, alors que l’on quitte la route de Soller à Inca, qui longe le littoral escarpé du nord de Majorque, de loin. On y a vu de belles choses, rompant la monotonie des lieux (lire plus bas), mais les premiers kilomètres n’apportent rien de nouveau. Ah si, depuis que l’on a passé l’intersection et le panneau indiquant Sa Calobra, la route Ma-2141 est bien plus étroite, et le trafic étrangement plus dense – soit, en ce mois de mai, de l’ordre de 2 ou 3 voitures par minute. Sachant que la route ne fait que 12 petits kilomètres, ces premières minutes sont un peu frustrantes. Inquiet ? Non, il ne faut pas. Derrière le Col de Cals Reis (723m), simple virage, se cache l’une des descentes les plus spectaculaires qu’il soit.
La mer n’est ici qu’à à peine plus de 2km à vol d’oiseau, et le paysage semble soudainement s’effondrer sous nos yeux pour l’atteindre. Partout où l’œil se pose, sur chaque paroi rocheuse apparaît un ruban de bitume. “Le Serpent” comme on l’appelle ici semble avoir trouvé sa voie pour atteindre le rivage si proche, mais que l’on ne distingue pas d’ici.
La route a été construite en 1932 par l’ingénieur italien Antonio Paretti, sans que l’on sache très bien pourquoi : elle ne mène qu’à un petit village de quelques maisons. Il aura fallu déblayer 31 000 mètres-cubes de roche sans l’usage de machines – un travail que l’on imagine titanesque. Obsédé par l’idée d’une route à pente constante, Paretti à très vite rencontré une difficulté qui engendra l’ouvrage d’art le plus surprenant de la route – le “nœud papillon” que l’on atteint rapidement après le col. Ici, pas de place pour un virage conventionnel quel qu’il soit. Seule solution : une élégante courbe à rayon constant de 270° qui n’a d’autre choix que de passer sous elle-même.
Passé sous le pont, la route bifurque brutalement sur la gauche et commence sa sinueuse descente. Combien d’épingles à partir de là ? Impossible à dire, il y en a tant ! Passant d’un versant à l’autre, la route offre à chaque fois de nouvelles perspectives sur le paysage, dantesque. Rapidement malade, mon passager m’offre l’occasion de m’arrêter pour en profiter un peu…
Heureusement, la route ne se constitue pas que d’une interminable succession de virages serrés – spectaculaires, mais toujours un peu lassants. Après ce premier palier de descente, le paysage change, tout comme la physionomie du tracé. Les courbes sont plus ouvertes, les lignes droites plus longues, alors qu’on entre dans une curieuse forêt de roches aux formes les plus improbables.
La route commençait par une curiosité bâtie par l’homme, elle se termine par une autre, formée par la nature, le Cavall Bernatt, un étrange entonnoir rocheux, où la circulation ne peut être qu’alternée.
Ne reste plus qu’à parcourir le derniers kilomètres, bien plus plats, avant de rejoindre le parking, point d’arrêt obligatoire. Quelques minutes de marche à pied, salutaires pour se remettre les esprits, vous emmèneront à la minuscule plage de Sa Calobra, ses innombrables restaurants et son magnifique panorama.
Comment vous y rendre ?
Il est peu concevable pour nous de louer une insipide auto sur place – à moins de vouloir vraiment transformer la descente, puis la remontée en calvaire climatisé et mazouté. Première étape, donc, aller à Barcelone et embarquer sur un ferry (7 rotations par jour vers Palma de Majorque, environ 7h de traversée). De là, il faut rejoindre Soller, et pourquoi pas Port de Soller – un excellent point de chute pour la nuit. Pour cela, vous pouvez faire le tour de la pointe nord-ouest de l’île par une route longeant le littoral, mais celui-ci étant escarpé, vous ne verrez que rarement la mer. La route est sinueuse et rapidement monotone. Nous préférons l’accès direct par la plaine, suivi d’un interminable tunnel à péage. Pas passionnant, mais beaucoup plus rapide : comptez une petite heure au lieu d’une longue demi-journée.
De Soller la route monte sur environ 20 km vers une paroi rocheuse qui semble de plus en plus infranchissable alors que l’on s’en approche. Un tunnel permet de la traverser et d’atteindre une paisible vallée où vous trouverez deux grands lacs (de retenue ?). Un autre tunnel vous fait repasser dans la montagne et vous mène droit vers la bifurcation vers Sa Calobra.
À 10 minutes de marche de Sa Calobra se trouve l’un des sites les plus beaux de l’île, les Gorges de Torrent de Pareis. Inutile de vous dire que l’endroit est extrêmement fréquenté en été – et une fois que vous aurez vu l’immensité de l’aéroport de Palma, et compté le nombre d’avions de compagnies low cost sur le tarmac, vous comprendrez que cela peut aisément se compter en dizaines de milliers de personnes par jour. Tout cela va se retrouver à se trainer sur “le Serpent” toute la journée, au mieux en voiture, au pire en autocar. Nous vous conseillons donc de partir très tôt pour éviter le trafic, de rester sur place toute la journée – cela en vaut la peine – et de n’attaquer la montée qu’une fois la nuit tombée. Cette route le mérite.
La voiture parfaite : Suzuki Capuccino
Deux impératifs : un cabriolet pour profiter de la vue, et un gabarit minimum pour se jouer du trafic sur cette route étroite. Une kei-car sportive est la meilleure alternative, d’autant plus qu’il n’y a pas vraiment d’endroit où l’on peut atteindre de vitesses réellement élevées. Une MG Midget un peu gonflée est une bonne alternative, mais tiendra t-elle le coup jusqu’à Barcelone ?
BONUS : Une vidéo promotionnelle pour Alfa-Romeo, tournée sur place, mais aussi aux Émirats et en Norvège – vous devriez aisément pouvoir faire le tri, il n’y a ni sable ni ponts à Sa Calobra.
Texte : Yan Alexandre, photos Yan Alexandre + D.R.


























Likely to be done with a webasto equiped scimitar one of these days.Nice pics.
Ça donne envie. Moi qui cherche une virée à faire en août, ça pourrais être une idée.
please allow me to disagree on the perfect car for this road: its the Lotus Elise S1.
Tout d’abord merci pour votre site, ça fait du bien de vous lire et de suivre vos conseils (la lecture des 2 tomes de Waft par exemple). Cet article sur un joli ruban de macadam est une découverte, c’est typiquement le type d’information et de reportage qui m’ intéresse. Je rejoins néanmoins un commentaire précédent pour l’auto idéale, ayant le bonheur de conduire une Elise S1. J’espère que cette rubrique aura une suite durable, votre talent me laisse présager une foultitude de destinations incontournables pour aller promener mes disques de freins en aluminium. Longue vie au Blenheim gang !
An Elise S1 would perfectly suit to that road… But it’s maybe a too obvious choice for us
J’ai eu l’occasion de la faire l’année passée avec une Punto GT à bout de souffle remplie de matos de plongée. Grosse grosse marrade.