Classe
n.f
(lat. classis). Distinction, valeur, qualité
exceptionnelle. Avoir de la classe, beaucoup de classe.
Par définition,
le Blenheim Ganger est un observateur avisé des codes
urbains. La popularité de la nouvelle mouture de l’improbable
Mercedes SLK sur les boulevards des mégapoles ne pouvait
manquer, dès lors, de susciter notre inquisitrice curiosité.
Il est
de bon ton, dans certaines mailles du tissu social, d’associer
la notion de voiture de sport à celle de substitut
pénien pour représentants de la gent masculine
en mal de testostérone. La protubérance génitalo-nasale
qui parcourt le capot de la SLK ne pourra que conforter les
partisans de cette doctrine. On se félicitera de cette
manifestation d’humour potache de la part de l’austère
bureau de design Mercedes, qui dissimule son forfait en nous
affirmant que l’appendice est « largement inspiré
des modèles de course » (sic). Pour le conducteur
et son passager, ll est certes assez déroutant d’être
installé à l’extrémité de
cette excroissance phallique, telle une paire de gonades difformes,
mais les possesseurs de SLK sont réputés pour
leur sens de l’auto-dérision et de la pignolade,
c’est bien connu.
Les gimmicks stylistiques plus ou moins fantaisistes n’ont
pas trouvé leur place dans un habitacle qui ne troublera
aucunement ceux qui privilégient les taxis frappés
de l’étoile aux portiques d’arrivée
des aéroports. L’application libérale
de plastique évoquant l’aluminium dépoli
ne manquera toutefois pas de séduire les individus
qui abordent les devantures de « The Phone House »
comme autant de sanctuaires du design moderne.
Si l’apparence de la SLK se compose de touches stylistiques
racoleuses et génériques, sa substance s’avère
tout aussi hétérogène. Pour qui a gardé
en mémoire la crasse médiocrité de la
SLK originelle, les réactions de cette nouvelle version
seront initialement assez surprenantes. La direction démontre
des velléités de précision tout en étant
assez directe. Les mouvements de caisse et le roulis sont
maîtrisés avec une certaine cohésion et
cela sans que les gardes fou électroniques ne se montrent
trop intrusifs.
Si son
châssis est certes cohérent, le sentiment général
s’assimile à celui exhalé par une berline
moderne. L’expérience de conduite est dénuée
du brio et du panache que l’on est en droit d’attendre
dans une machine dont la prose officielle met l’accent
sur des termes et notions telles que « résolument
sportif » « Formule 1 » ou « dynamisme
absolu ». La puissance développée par
le 1.8l compressé n’est pas cause. Les 163 cv
s’avèrent adéquats pour mouvoir les 1315
kgs de l’ensemble avec une certaine vigueur mais le
« throttle response » est mou comme la libido
d’un octogénaire privé de Viagra. Les
messages distillés par les commandes ont une certaine
tenue, mais la communication est délibérément
et maladroitement filtrée pour ne pas déstabiliser
les clients potentiels en provenance du segment des berlines
compactes. A contrario, les suspensions payent le prix de
leur homogénéité comportementale par
une fermeté certaine qui semble hors de propos vu la
personnalité mal définie de l’engin. La
tiédeur de sa nature ne stimule en rien l’apparition
d’ardeurs viriles et son semblant de rigueur compromet
paradoxalement ses aptitudes de « boulevard cruiser
».
En conclusion
la new SLK semble dépourvues de ces qualités
exceptionnelles qui définissent la notion de «
classe » selon Larousse et ses confrères. La
SLK est simplement un produit de consommation de qualité
moyenne, qui ne possède ni l’intérêt
stylistique d’une Audi TT, ni le tempérament
d’une Porsche Boxster ni même celui d’une
BMW Z4. Elle a pour elle sa jeunesse, les facultés
rassurantes de son badge un peu surfait et son toit rétractable,
dont l’activation suscite toujours l’attention
des cagoles de tous poils aux terrasses des glaciers. Peut-être
est-ce là le plus important pour qui se procure une
SLK somme toute…
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