A
force d’attendre on n’y croyait plus vraiment.
Quatre ans après leur présentation sous les
spotlights des salons, la Bugatti Veyron et la Mercedes SLR
vont enfin pouvoir fouler de leurs roues les autoroutes désertes
des emirats du Golfe Persique. Il est amusant de constater
à quel point ces 2 symbole de la mégalomanie
de l’industrie automobile teutonne sont semblables.
Quatre ans ! Dur de parler de nouveautés tant leurs
lignes nous sont connues. Vues, revues, bientôt démodées
?
D’un
coté nous avons la SLR, voulue à une époque
où les McLaren régnaient sans partage sur la
Formule 1. En hommage la SLR s’affuble d’un «
nez » de monoplace d’une disgrâce que seul
Mercedes est capable de dessiner. Mais qui sait, ce subtil
artifice esthétique aidera sans doute la SLR à
se vendre à une clientèle réputée
pour son bon goût, à un moment où les
flèches d’argent font plutôt grise mine.
Après tout il faut bien que la F1 serve à autre
chose qu’à engraisser le sympathique Bernie Ecclestone…Est-il
raisonnable de s’attarder sur l’esthétique
de la SLR, vibrant hommage insultant aux gloires du passé
? Que dire de plus sinon qu’il s’agit d’une
Mercedes au superlatif ? A l’heure des lignes tendues,
nous avons à faire à un charmant mollusque surchargé
d’artifices passéistes telles ces ouies grillagées
et échappement latéraux. Les jantes ressemblent
plus à des presse citrons géants, tandis que
les rétroviseurs sont déjà un classique
du tuning dit « de parking de supermarché ».
Quant au moteur, Mercedes n’a pas eu le choix. Suivant
la mode actuelle de l’excès, on a fait plus puissant,
c’est d’ailleurs le seul point sur lequel la SLR
a progressé…mais les 600 chevaux vont-ils suffire
?
Car
en face Herr Doktor Piech, après sans doute une choucroute
un peu trop arrosée, a décidé de passer
la barre des 1000 chevaux. Joli coup marketing, on n’arrête
pas d’en parler, mais attendons de voir les premiers
essais… D’ailleurs, pour séduire des clients
tout aussi mégalomaniaque que lui (à moins que
le brave Ferdinand se soit lui-même désigné
coeur de cible ?) nous avons droit à un joli indicateur
de puissance à l’intérieur. Louable attention.
Nous aurons donc une aiguille qui se déplacera au même
rythme que le compte tours. Mais quelle désillusion
le conducteur va-t-il ressentir alors que se croyant au volant
d’un monstre de puissance, il va voir la plupart du
temps l’aiguille osciller entre 300 et 500chevaux…et
quel excès va-t-il se sentir obligé de faire
pour flatter son ego et pousser l’aiguille jusqu’au
chiffre fatidique de 1001 ch. ? Question design, Bugatti nous
soigne là aussi… la ligne est d’une fadeur
savamment dosée afin de nous rappeler que ce n’est
qu’une Volkswagen (dieu merci, dans son infinie sagesse
Herr Doktor a écarté Giugiaro de cette mascarade),
rehaussée par les 2 seuls détails qui la rattachent
au passé : une douteuse peinture bi ton et une vilaine
verrue fort mal intégrée en guise de calandre,
tout cela pour mettre en avant cet appendice nasal qui semble
indispensable aux Supercars actuelles (même Ferrari
y a cédé, c’est dire.. ).
Il y a tout de même une justice. La probabilité
de croiser l’un de ces monstres sur les routes européennes
est fort heureusement proche du néant, nous laisserons
à nos amis du golf persiques, plus sensibles aux harmonies
subtiles des belles carrosseries, cette joie.
Nous ne sommes que de jaloux.
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