Les éminents membres du Blenheim Committee ont beau représenter la fine fleur de la caste journalistique automobile, ils n'en restent pas moins des hommes. Entre palucher Paris Hilton dans un utilitaire sorti des lignes de production de Woking ou essayer un tricycle orange, ils pencheront sans réserve pour la seconde solution. Il y a des limites au mauvais goût.
Pour des prosélytes de la religion automobile anglaise adorateurs du Reliant Regal et capables de se sectionner un membre pour se payer une Bond Bug, la curiosité a vite fait de vous jeter sur le Carver One.
L'engin étudié et dûment homologué grâce à la fêlure cérébrale bien profonde d'un batave ingénieux a une particularité quasi ésotérique, le don d'obliquité.
Un penchant pour l'oblique qui vous amène à croire possible l'évolution par le mélange, à la création de l'homme par l'accouplement du singe et du cochon ou encore à ce que l'origine véritable de Dominique Chapatte proviennent du croisement contre-nature d'un baril de Paic Citron et de Evelyne Leclerc. La copulation d'une auto et d'une moto PEUT engendrer la vie.
Mister Bean peut ranger son Reliant et venir se régaler en Carver One sans risquer "l'upside down" à chaque bifurcation. L'inclinaison du cockpit et du mono-train avant procure bien plus que du spectacle pour le badaud ébaubi puisque la vitesse de passage en courbe est de nature à humilier l'enthousiaste possesseur de Morgan ou de Darmont d'avant Guerre. Les lois immuables de la physiques imposent à Michaël Johnson, non pas de se bâfrer d'anabolisants, mais bien de pencher dans le virage sous peine de s'en aller coller ses pointes dans les premières travées de spectateurs. Pour le Monopode avant hollandais, c'est pareil.
"Mister Bean peut ranger son Reliant et venir se régaler en Carver One sans risquer "l'upside down" à chaque bifurcation." Le processus d'obliquité régi par l'hydraulique réagit de façon diabolique. Le Blenheim ganger de base ne saurait toutefois se satisfaire d'une simple inclination seulement tendancielle, si elle n'était pas accompagnée d'une solide attractivité sentimentale.
Loin du gadget pour gosses d'émir, le Carver One détient le secret du renouveau et de la résurrection pour les coeurs tristes et résignés devant l'insigne inanité de la production automobile déresponsabilisante et maternante actuelle. En mixant au confort (relatif tout de même) imperméable d'une 4 roues, la conduite consciencieuse d'une moto, les auteurs de cet engin hybride sont parvenus à une lapalissade qui n'en est plus une de nos jours: intéresser le conducteur à la conduite.
Au delà de la franche décharge d'adrénaline que procurent chaques courbes, les habitués du maniement d'anciennes imparfaites (pléonasme) retrouveront des réflexes oubliés. L'anticipation fait partie du package du conducteur résolu à évoluer dignement en Carver One. Les sinuosités sont abordées avec reflexion et mesure avant de chercher à jouer avec les aiguilles du chronomètre. |
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Comme en roadster anglais au ratio accélération/freinage/tenue de route pas toujours équilibré, le tricycle orange requiert d'imaginer le rayon de la difficulté à venir pour ensuite jeter précisément l'engin dans une tangente parfaite et savamment dosée. Rien de tel pour entrer en communion avec la route. Paradoxe savoureux: à l'heure de la généralisation du gommard hypertrophié, la communication entre le pilote et son environnement est rétablie par le truchement symbolique de 2 à 3 cm de gomme d'une roue avant singulière. Cela frise peut être l'ésotérisme mais c'est incontestablement magnétique.
Campé sur un inamovible train arrière de Daihatsu Copen, le Carver se conduit au transfert de masse. Décélération et braquage amène la roue avant à pointer l'intérieur de la courbe, réaccélération et naturellement vous reprenez la ligne en allant lécher l'extérieur du virage. Simple, naturel et "implicant". Blenheim, en un mot.
Destiné également aux Outres d'Atlantique, on peut redouter que l'absence de porte-gobelet essentiel sur ce marché ne viennent obérer du futur commercial du Carver. Mais soyons sûrs que ceci est préférable à de multiples actions en justice pour pantalons irrémédiablement souillés par des breuvages gazeux ignobles. Quant à l'espace intérieur, l'outre sus-citée saura se faire une place à l'avant et pourra, en cas de claustrophobie prononcée, ôter le chapeau de notre "Tangue Orange" qui se mue alors en un ersatz raccourci de Corvette Targa des plus rafraichissants.
Le Carver One est toutefois sociable malgré un tarif prohibitif de 35.850 euros. Il accepte la compagnie de 2 personnes. En tandem. D'ailleurs, à ce propos, notons que l'embarquement d'une Blenheimgirl en phase de qualification vous en appprendra bien plus sur sa personne que tous les forfaits SMS du monde ne pourront vous en dévoiler. L'insertion de votre belle vous fera admirer l'étendue de son élasticité dans la contorsion et la position "jambes écartées autour du baquet avant" vous dévoilera l'intimité olfactive ou odorante, c'est selon, de votre partenaire potentielle. C'est toujours instructif.
La présence d'une option cuir-alcantara plutôt que "néoprène imperméabilisante" vous garantit que le risque de voir votre accompagnateur vous poser sur la nuque le contenu de son 4h doublé d'une fine couche de suc gastrique est très faible. Etonnament, les inclinaisons incessantes ne sont pas vomitives!
"notons que l'embarquement d'une Blenheimgirl en phase de qualification vous en appprendra bien plus sur sa personne que tous les forfaits SMS du monde ne pourront vous en dévoiler"
S'abandonner à ce genre de penchants revient à s'incliner face à la nature, ce qui représente dans l'absolu une des inclinations les moins répréhensibles de la race humaine. Mais après une aussi instructive expérience saine et salutaire, il faut bien s'adonner à d'autres penchants nettement moins cristallins pour équilibrer l'être blenheimien dans sa composante globale faite d'un côté sombre au moins aussi bien pourvu que son côté pur, bref, où es tu Paris Hilton ? |