Il y a des énigmes qui, de prime abord, paraissent incompréhensibles à tout jeune homme bien éduqué. Comment Gainsbourg et sa tête de choux ont-t-il pu séduire les plus belles femmes de leur époque ? Comment une génération d’homme a-t-elle pu fantasmer sur l’étrange profil de Barbra Streisand ? Et comment la Subaru Impreza est-elle devenue une icône automobile ?
Peu satisfaits de notre première conclusion qui voyait un rapprochement facile entre une écope d’aération disproportionnée et le succès populaire assuré, nous avons décidé de nous pencher plus sérieusement sur le cas de cette auto.
"Et puis il y eu ce premier soubresaut, personnifié par un jeune écossais du nom de Colin McRae" Peu nombreux ceux qui au début des années 90 auraient prévu l’impact que l’Impreza aurait sur la communauté des « driving enthusiasts ». Que représentait le nom de Subaru ? Les rares qui le connaissaient avaient en tête une insipide berline de montagnard japonais appelée à rivaliser sur l’échelle virtuelle du sex-appeal automobile avec Daihatsu et Isuzu. Et puis il y eu ce premier soubresaut, personnifié par un jeune écossais du nom de Colin Mc Rae. Le prometteur pilote commença à semer, avec une régularité croissante, le trouble en championnat du monde des rallyes sur une prosaïque Legacy, parmi les Escort Cosworth et Delta Intégrale à la réputation fermement établie. Prosaïque en apparence certes, mais forgée au moyen d’ingrédients de base essentiels : des années d’expérience de la transmission intégrale et une solide réputation de construire des voitures…solides justement. Sans oublier un groupe propulseur « flat-four » turbocompressé alliant des performance de haut vol à d’indéniables vertus architecturales. Tout ce qui manquait à la Legacy, c’était de perdre un peu de masse graisseuse. C’est alors qu’apparût l’Impreza, qui allait, contre toute attente, conférer aux berlines sportives japonaises la légitimité et la crédibilité qui leur manquait.
Le succès ne fut cependant pas immédiat. L’engouement alla grandissant à mesure que les Impreza « 555 » de l’écurie Prodrive engrangeaient victoire et titres mondiaux. Mais l’embourgeoisement global du paysage automobile des années 90 contribua également à la mise en place d’une niche dessinée sur mesure pour l’Impreza. En effet, les divers sigle « Gti » abandonnaient lentement mais sûrement de leur capacités fantasmagorique pour sombrer dans les affres de l’insipide. Les berlines de tradition sportive d’obédience germanique cédaient, quant à elles, aux sirènes de l’aseptisation luxo-ventripotente alors que leurs rivales transalpines se convertissaient au culte de la traction, sur l’autel de la rationalisation. Quant au marché des « rally-replicas », symbolisé par les Cosworth, Integrale et autres Quattro, il se muait irrévocablement en champ d’honneur. Quel choix restait-il, au crépuscule de la décennie, pour le conducteur averti en quête d’une automobile aux réelles aspirations sportive, utilisable au quotidien et ceci sans recourir à la mise en vente d’un organe vital ?
Plus abordable que ses défuntes rivales dérivées du rallye, pas foncièrement plus onéreuse qu’une compacte tout en étant auréolée des lauriers acquis de haute lutte en rallye, elle disposait d’un éventail d’atouts imparables pour aborder les voies du succès commercial et de la crédibilité.
La presse automobile britannique fût la première à se mettre en ébullition, consacrant de longues chroniques extatiques à l’Impreza ainsi qu’à ses éditions limitées savamment distillées pour assurer les fondations du « mythe ». |
|
Ces élans d’enthousiasme étaient légitimes. Le concept général de la voiture ne prête guère le flanc à la critique. Produite initialement dans un but d’homologation, la Scooby est légère: 1235 kg, un poids contenu que peu de ses rivales contemporaines à deux roues motrices parvenait à atteindre.
Les 217 chevaux sont transmis aux 4 roues via un viscocoupleur qui repartit le couple de façon identique entre l’avant et l’arrière en temps normal. Dans des conditions extrêmes, l’essieu qui a le plus d’adhérence peut recevoir jusqu'à 95% du couple. Un différentiel à glissement limité régule la puissance envoyée aux roues arrières. La disposition des diverses commandes semble conçue pour une prise en main optimale à la mesure de l’efficacité de l’ensemble. Avec son débattement réduit, le levier de vitesse est un allié fidèle et la disposition du pédalier permettra aux adeptes du talon-pointe de s’adonner à leur pratique favorite dans les meilleures conditions
Quand au style extérieur, il est inutile de s’attarder dessus tant il est plat et insignifiant. Seule l’écope du capot et l’énorme aileron trahissent ses prétentions de « driver’s car » mettant par la même des éléments de raillerie à disposition des défenseurs auto-proclamés du bon goût universel roulant, par exemple, en Audi.
"C’est dans son rôle d’incroyable machine à sensations que l’Impreza Turbo excelle." Mais la Subaru n’a que faire des apparences pour briller. C’est dans son rôle d’incroyable machine à sensations que l’Impreza Turbo excelle. Les 4 roues motrices la rendent stable même sur les pires revêtements, empêchant l’arrière de se dérober au freinage et la propulsant avec le maximum de grip en sortie de virages. Tout cela inspire la plus grande confiance. La voiture est réglée sous-vireuse, mais cela ne se ressent que dans des virages lents et serrés. Lâchez le pied dans une courbe et la voiture réagit immédiatement à vos impulsions, en serrant prestement sa trajectoire, vous faisant clairement saisir que c’est bien vous qui êtes aux commandes et non pas elle. Pour une berline, son agilité étonne. Des lacets de montagne aux autoroutes longilignes, l’Impreza est impériale, vivante et prête à s’adonner aux plaisirs coupables. Sa suspension n’est pas à l’abri d’une certaine prise de roulis mais il faut toutefois se rappeler que les trains roulants sont réglés pour un usage quotidien. La Scooby est ferme, mais jamais sèche.
L’expérience du pilotage ne se limite bien entendu pas au « handling ». Les rotations enragées du flat-four » accompagnées d’une note rauque du plus bel effet se poursuivent jusqu'à 7000 tr/min, et bien que le temps de réponse du turbo se fasse ressentir en deçà des 3000 tr/min, l’impression de vélocité demeure omniprésente.
S’il fallait puiser dans l’imagerie musicale pour y trouver un symbole d’altération, le bémol s’appliquerait sans doute à la direction. Cette dernière ne manque aucunement de réactivité ou d’efficacité, mais elle pâtit paradoxalement de l’excellence du châssis en semblant dépourvue de ce degré de précision chirurgicale qui caractérise le package global.
Malgré sa noblesse stylistique inexistante et son badge au pedigree réel mais récent, l’Impreza GT ne peut manquer de séduire tout Blenheim Ganger. Ne serait-ce que par le fort taux d’implication qu’elle procure tout en sublimant littéralement les capacités de son pilote. Esthètes par nature, il est des situations ou l’adage « beauty is only skin deep » recueille tous nos suffrages. |