Le candide exogène, peu au fait des subtilités du "Blenheim behaviour", pourrait imaginer le Ganger comme un être blasé, dénué d'affect pour la production automobile massifiante. Rassurons le, c'est effectivement souvent le cas.
L'invitation à palper de nos doigts les substantielles avancées des nouvelles émanations mécaniques de la sanctifiable TVR a été reçue comme il se doit, par une longue inspiration suivi d'un intense échauffement de "l'underpinning" et d'une dilatation ostentatoire des corps caverneux.
Une Tuscan S de 2eme génération, accortement disposée, nous attendait donc sur les hauteurs cannoises, drapée dans un insolent "Spectraflair Silver" irisant et hypnotique. Le Ganger sait généralement garder un certain recul devant la chose automobile mais le premier face à face avec l'anglo-russe laisse sans voix.
L'évidence qui transpire des courbes ondoyantes de cette automobile est poétiquement résumée par un Paul Reynolds inspiré:
"Elle sent le sexe"
Le caractère affirmé et sans ambages de cette assertion ne doit rien à de quelconques fantasmes inassouvis chez mon éminent confrère, ni à une idolatrie pathologique à certains films de D.Cronenberg mais bien à une analyse détaillée de l'objet.
Les anfractuosités et les replis du dessin de calandre vous amènent naturellement à le qualifier de "vulvique" et la croupe toute gironde vous oblige à d'autres analogies anatomiques féminines. Certains y verront une trivialité faubourienne bien peu reluisante pour un membre du Blenheim Gang, mais Tuscan est manifestement et indubitablement raidissante pour le vulgum pecus erectus un tant soit peu concerné.
Avec un physique à émouvoir un Jean Loup Sieff voire à impressionner la T-Max d'un Colin Talcroft, la Tuscan se doit d'accueillir en son sein avec classe et distinction, ce qu'elle réalise avec talent. Imaginez vous dans la peau de Fay Wray lovée au creux de la main du Roi des Gorilles et vous aurez une petite idée de l'ambiance. Intimidé par la force brute que l'on devine sous-jacente mais rassuré par la chaleur du cuir effleurant votre épiderme. Entrez en Tuscan et vous oubliez tout ce qui vous entoure. Même une pitbabe allanguie sur le siège passager ne pourra vous déconcentrer tant le protubérant tunnel central vous isolera des tentations. Le regard vagabondera plutôt sur l'accastillage original qui ne doit rien à de plébéiennes productions. L'aluminium brossé pourtant généralement assez froid communie dans un chaleureux mariage avec une peausserie 2 tons qui fait oublier l'ergonomie inhabituelle.
Le volant flatte l'oeil mais sa préhension trahit un dessin plus inspiré par la forme que par la fonction. Il est tout de même le prélude à quelques félicités promises par les 406 ch et 42,9 m/kg de couple d'un Speed 6 tout en ligne, qui devrait sans effort propulser les 1100 kg de la sylphide anglaise. La capacité rare de concevoir et fabriquer ses propres moteurs fait honneur à la firme de Blackpool. C'est d'autant plus vrai que, conscients de leurs errements mégalomaniaques passés, les ingénieurs ont su mettre leur orgueil ailleurs que dans des chiffres tonitruants, acceptant intelligemment la définition moins extrémiste mais plus aboutie d'un 6 cylindres qui, pour ne rien gâcher, conserve sa "percutance" . J'ose y voir le signe d'une maturité naissante.
L'ossature habituelle des TVR est une nouvelle fois reprise. Le maillage de tube d'acier recouvert d'une robe composite autorise des rigidités structurelles avantageuses tout en ménageant la trésorerie de l'artisan anglais.
Effectivement, les premiers hectomètres parcourus révèlent un caractère affable capable toutefois de colères progressives mais pétrifiantes. Tuscan n'a rien de la Naomi Campbell capricieuse, elle vous emporte aisément, sans heurts, jusqu'à ce que les sollicitations du capitaine lui demandent une attitude plus virile. Les déhanchements s'accentuent alors, plus badins que mutins, signant le bitume avec grâce. Constamment aux ordres, elle obéit avec une docilité de soubrette soumise que les performances d'une Tracy Lord des grandes années n'effrayeraient pas. Sa seule coquetterie réside dans un temps de réaction à peine perceptible qui semble n'exister que par déférance pour une Sagaris encore plus superlative. Elle est tout de même capable de s'enhardir jusqu'à démontrer bien plus de potentiel que le "Ganger Tester" du jour ne pourra exploiter. Alors le rythme deviendra nonchalant, et le toit Targa retiré et rangé dans une malle arrière généreuse vous fera pleinement apprécier la définition quasi idéale de la Tuscan Mk2 S. Aussi démonstrative dans le rouge que sage sur le couple, sa polyvalence philantropique engendre un bonheur difficilement quantifiable
A peine osera t'on lui demander un peu plus d'espace habitable et de facilité dans le maniement des commandes pour atteindre un nirvana tout proche. On accepte d'autant plus facilement cette légère rugosité qu'elle pousse à profiter de ce coupé targa autrement qu'en alignant des chronos que tout en elle réclame pourtant. Les 80 500 euros requis à son adoption tiennent du miracle économique et rien ne saura entamer l'enthousiasme infantile que génère cette TVR qui s'impose comme une alternative prégnante à de pondérales sportives, toutes aussi fallacieuses que le prix qu'elles réclament est exorbitant.
Avec la Tuscan, les petites mains de Bristol Avenue livrent un exercice de Haute Couture magistral dont la comparaison avec des reines du prêt-à-porter, aussi luisantes soient elles, relève de la vanité la plus élémentaire, voire d'une fatuité prétentieuse. Quant à les opposer, le risque d'une humiliation n'est pas exclu .... |