Ne
vous méprenez pas. Le Blenheim Gang n'est pas sur le
point de changer son Purdey d'épaule. L'avant-gardiste
Bond Bug demeurera pour longtemps notre véhicule de
prédilection pour l'immersion dans les méandres
tortueux de la jungle urbaine. Les récentes et pathétiques
tentatives des conglomérats automobiles dans la conception
de « produits » (sic) destinés à
se substituer au raffinement sans égal de nos coupés
Bristol sont également destinées à rester
vaines. Vous êtes appelés à croiser nos
Blenheim , 411, Beaufighter, Brigand et autres Britannia sur
les voies transcontinentales jusqu'à nouvel ordre !
L'acquisition
d'un véhicule d'appoint destiné à l'accomplissement
de diverses tâches ludiques ne va toutefois pas à
l'encontre de notre philosophie. C'est dans cette perspective
que nous vous soumettrons régulièrement des
rapports de Blenheimvaluation d'automobiles appelées
à mouvoir nos illustres membres avec le panache requis.
Pour
ce premier numéro, j'ai eu l'avantage de me pencher
sur le cas du roadster de sport TVR S3C produit il y a de
cela quelques années dans la cité balnéaire
de Blackpool, Lancashire.
Dévoilée
au Motor Show d'Earls Court de 1987, la TVR série S
évoque au profane le fruit d'un accouplement coupable
et allégorique entre la flamboyance d'une TVR Griffith
moderne et le conservatisme d'une MG B.
Archétypique de son genre à l'excès,
son esthétique traditionaliste repose sur les courbes
du premier roadster de la marque, siglé 3000S, retravaillées
au moyen d'un crayon à dessin trempé dans une
solution d'anabolisants.
Le traitement intérieur du véhicule laisse très
adroitement la part belle aux divers clichés qui constituent
la représentation d'une automobile anglaise dans l'imagerie
populaire. Cuir, bois et moquette épaisse trouvent
refuge parmi les multiples instruments de bord estampillés
TVR et le tunnel de transmission surdimensionné abritant
les tubes du châssis.
Il
serait superfétatoire de vous dissimuler les origines
plébéiennes du groupe propulseur. Le bloc 2933cc
d'origine Ford n'avait pour autre vocation que de se voir
confiner sous le capot d'adipeuses Sierra et Scorpio haut
de gamme de non moins adipeux représentants en photocopieuses
bien notés de leur hiérarchie. Le V6 manifeste
d'ailleurs sa jubilation d'avoir échappé à
la morosité terminale d'un tel sort en émettant
sur demande un feulement carnassier dont l'exaltation va crescendo
au fil des rotations internes. Cette rage manifestée
par le bais de la double tubulure d'échappement joue
un rôle prépondérant dans le fort sentiment
d'implication que suscite la prise en main de la S3C. Abordée
avec douceur et respect, elle sait se révéler
suave et subtile à l'image d'un Brian Ferry désireux
de s'attirer les faveurs de Jerry Hall, mais elle peut, dans
des mains insolentes, se montrer atrabilaire et vicieuse comme
l'éponyme Sid l’était parfois avec sa
compagne Nancy dans la chambre 410 du Chelsea Hotel de triste
mémoire.
Pour
évoquer l'expérience de conduite en termes moins
métaphoriques, sachez qu'aucune bribe de sous-virage
« de sécurité » n'a été
inoculée par les ingénieurs en charge du projet.
La clarté des messages transmis par les commandes n’est
altérée en rien par de castrateurs dispositifs
d’assistance et aucun acronyme électronique ne
vient perturber les tendances naturelles de l'ensemble. Très
incisive du museau, la S3C maintient sa poupe en ligne puis
la laisse échapper de manière assez subite et
cavalière. Une certaine habitude des réactions
dynamiques de cette composition est souhaitable avant de ne
laisser s'exprimer pleinement les velléités
d'attaque que la substance de l'engin ne manquera pas d'éveiller.
Il est en effet assez embarrassant de se retrouver lamentablement
coincé dans la végétation luxuriante
d'un fossé après avoir fait habilement l'éloge
de ses capacités de pilotage à une Blenheim
Girl lovée sur le siège passager?
Symbole
fortuit des aspirations revivalistes qui semblent guider les
leaders de tendance depuis plus de 15 ans, la TVR S3C est
une automobile sans âge et sans prix. Ses postures de
voiture de « collection » issue des années
soixante, son patronyme méconnu, le bruit évocateur
de son échappement, ses hanches musclées et
son habitacle laissant la part belles aux clichés sont
autant d'éléments qui troublent les badauds
dans l'achèvement d'un consensus sur l'étiquette
à lui attribuer. Tout comme une Bristol somme toute.
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