C‘est désormais une institution, chaque année, à l’heure où les aoutiens regagnent leurs pénates, le Blenheim Gang vient reprendre son territoire à présent désert : la route. Au fil des éditions de ce périple estival, nous en sommes déjà à sa troisième itération, les participants se sont faits un peu plus nombreux. Si bien que cette année, au plus fort de l’aventure, nous devrions être une dizaine (certains ayant choisi de nous rejoindre en cours de route). Et grande nouveauté, ce n’est pas du littoral méditerranéen que sera donné le départ cette fois, mais de l’un des berceaux de l’automobile : Stuttgart, en Allemagne donc.

Le lendemain matin, c’est une légère agitation qui gagne le groupe. Au pied de l’hôtel, les roadbooks sont de sortie et les habitués semblent déterminés à être dans le rythme dès le départ. Un peu trop peut-être.

SSLC_01

Pour les Parisiens, rendez-vous est donc pris en lisière du Bois de Vincennes, pour aller rapidement rejoindre la N4 et le grand est. Pour la troisième année consécutive je fais équipe avec Thomas Julien (dit l’Escogriffe), mais cette fois nous avons laissé ma Z3 au garage. C’est donc à bord de sa MX-5 – il n’est pas de run estival qui n’en compte pas une – que nous rejoignons nos camarades. Il y a les habitués, Yan-Alexandre et Giovanni, qui cette fois ont déniché une 325i E30, mais aussi des nouveaux. Ainsi, notre ami Maciej a décidé de se joindre à nous avec sa Porsche 924, et pour l’occasion il se fait accompagner d’un coéquipier arrivé la veille du sud-ouest : notre correspondant Laurent Berreterot. Le temps d’effectuer quelques vérifications de dernière minute, de sortir nos roadbooks et nous voilà en route.

stuttgart-lyon-1-a3

Il ne faudra pas plus d’une centaine de kilomètres sur le réseau routier secondaire, pour que ce dernier nous livre une de ces situations – devenues récurrentes dans nos aventures estivales – digne des reportages à sensation de la TNT si chers à Giovanni. C’est ainsi qu’après avoir exécuté à vive allure une série de dépassements scabreux, un Renault Master (apparemment sorti tout droit des flammes de l’enfer) vient se rabattre en catastrophe sous notre nez. Un peu estomaqués par l’aplomb du conducteur de l’utilitaire, nous le sommes encore d’avantage lorsque nous avisons du « A » qui orne son chargement de rondins de bois : un détail qui n’avait sans-doute pas échappé au gendarme motocycliste lancé à sa poursuite.

Laissant les protagonistes de cette scène en grande discussion sur le bas côté, nous poursuivons notre route vers Nancy où un ami nous a fixé rendez-vous. Et c’est derrière la porte d’un hangar parfaitement anonyme – comme bien souvent – que nous découvrons ce que notre contact nancéien voulait nous faire voir : un joyeux capharnaüm où se mélangent toutes sortes d’autos sans distinction apparente d’âge ou de pedigree. Au delà de cette collection hétéroclite, c’est de l’ambiance franchement réjouissante de ce garage associatif dont nous nous imprégnions. Ne tenant pas à en rester là, notre hôte nous confie les clés de sa Citroën ID, et nous enjoint à aller faire un tour du pâté de maisons. Séduits par presque cinquante années de patine naturelle, voilà la quasi-intégralité du gang qui s’installe sur les envoûtantes banquettes en velours rouge. De retour de notre courte virée, nous mettrons d’ailleurs quelques minutes à les quitter et nous résoudre à reprendre la direction de la frontière allemande.

Le temps de prendre congé et d’essuyer une averse, nous voilà sur le point de franchir le Rhin. Tout cela semble être allé bien vite et le rythme n’est pas prêt de baisser. Les premières portions illimitées d’Autobahn se profilent, et avec elles la tentation d’écraser un bon coup l’accélérateur, pour voir. Et vu de la Miata, c’est assez déconcertant justement. Cachés au ras du bitume, dans cette auto qui n’en impose déjà pas des masses à l’origine, l’appréhension est palpable : nous scrutons les SUV qui fondent sur nous telles des franc-comtoises lâchées du toit d’un immeuble. Ces quelques minutes passées sur la file de gauche restent mon unique souvenir d’un moment où la petite Mazda s’est avérée hors de propos. Au loin, devant nous, la Porsche et la BMW nous rappellent qu’elles présentent de bien meilleurs aptitudes pour cet exercice, et ce malgré les années.

Notre moyenne horaire ainsi redressée, nous rejoignons Stuttgart et notre hôtel avec un peu d’avance sur nos amis Paul Reynolds et Realdriver. Venus de Suisse au volant d’une Saab 900 Turbo Cabrio, ils arriveront tout de même bien assez tôt pour partager un apéritif en terrasse (à la bière, nous sommes outre-Rhin). Et c’est dans ce cadre qui – égayé par une kermesse locale – parvient à nous dépayser franchement, que nous passons notre première nuit en Allemagne, en attendant le début des choses sérieuses.

Le lendemain matin, c’est une légère agitation qui gagne le groupe. Au pied de l’hôtel, les roadbooks sont de sortie et les habitués semblent déterminés à être dans le rythme dès le départ. Un peu trop peut-être, vu le faible kilométrage indiqué sur les premières pages. Impossible en effet de quitter Stuttgart sans une visite en règle des musés des deux constructeurs locaux, et c’est par Mercedes que nous commençons. Tout dans ce bâtiment impressionne : le gigantisme, la mise en scène de chaque modèle de la marque ou presque dans un tableau d’époque (à la limite du kitsch parfois), et plus généralement l’impression d’une fierté industrielle bien maitrisée. Mention spéciale à ce que l’on pourrait qualifier de boutique de souvenirs : moyennant de coquettes sommes, le concessionnaire situé au sous-sol du bâtiment propose aux visiteurs de repartir avec une R129, une W123 et bien d’autres choses… en état neuf ! Chez Porsche, la collection est à peine moins fournie, ce qui relève de l’exploit pour un si « jeune » constructeur. On saluera en particulier l’omniprésence des modèles de compétition (917, 935, GT1) bien utiles pour éviter l’indigestion de 911 qui s’annonçait.

Et tandis que Paul nous fait remarquer le côté « yuppie car shootout » du plateau réuni cette année, Yan se charge de remettre chacun dans son baquet après un de ces briefings improvisés dont il a le secret. Cette fois, nous prenons la route pour de bon…

A propos de l'auteur

Alasdair Campbell
Rédacteur-en-chef Adjoint

Jusqu'à l'adolescence, Alasdair a privilégié sa passion pour les trains, un peu au détriment de l'automobile. Réalisant qu'être derrière un volant lui apportait d'avantage que ne le pouvait sa carte orange, il a depuis recentré ses intérêts. De ses premiers amours, il a gardé un goût pour les machines capables de traverser un continent à allure soutenue. Les émoluments octroyés par le Blenheim HQ ne couvrant pas encore ses dépenses en carburant, Alasdair continue à rendre visite quotidiennement à son employeur. Vu qu'il adore porter des costumes, ça suffit à faire la blague.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.