Un chauffeur surdoué loue ses services à des braqueurs pour échapper à la police. A ses trousses le meilleur inspecteur de la ville. Probablement le film le plus cool de l’histoire. Tout simplement.
I’m gonna catch me the cowboy that’s never been caught.

The Driver (1978) est un de ces films injustement oubliés. Les exploits de ce pilote hors-pair (Ryan O’Neal) aux prises avec la détermination d’un flic hargneux (Bruce Dern) n’auront pas marqué la mémoire collective comme ont pu le faire Bullit, The Blues Brothers ou Vanishing Point. C’est dommage car The Driver c’est le car flick. Condensé, dégraissé, allégé, réduit à l’essentiel.

Et pour cause : l’homme derrière The Driver est le scénariste/réalisateur Walter Hill, l’un des pionniers du haïku style. Une écriture simple, des personnages mutiques et de l’action sans fioritures. Ainsi tout ce qui n’est pas nécessaire à la narration est supprimé. La musique est réduite au strict minimum et les personnages n’ont pas de nom. Quant aux dialogues, à l’exception de l’inspecteur les protagonistes ne sont pas du genre bavard. La palme revient au pilote, pourtant personnage principal, qui ne prononce que 350 mots au cours des 91 minutes que dure le film.

Ne reste que l’action. Et le style. Beaucoup de style. Ryan O’Neal est le getaway driver virtuose qui n’a besoin de personne, cow-boy urbain qui glisse entre les doigts des autorités sans froisser son costume avant de rejoindre sa tanière pour écouter de la musique country. Effortlessly cool. Bruce Dern est redoutable en flic imprévisible, contournant la loi avec un plaisir non feint pour devenir le sheriff qui mettra la main sur l’insaisissable cow-boy. Entre les deux adversaires déambule, éthérée, la toute jeune (23 ans) Adjani, femme fatale toute de Haute Couture vêtue.

Avec son esthétique de film noir, son héros silencieux et, bien entendu, son scénario, The Driver fait inévitablement penser à Drive de Nicholas Winding Refn. Les premières minutes des deux films sont d’ailleurs construites selon le même schéma et certains plans sont rigoureusement identiques d’un film à l’autre. Cependant si Drive laisse volontairement de côté l’aspect purement automobile de l’histoire, The Driver y met l’accent. Ici on ne triche pas : les poursuites sont longues, spectaculaires et bien filmées, sans effets inutiles ni montage hystérique-cache-misère. Les plans sont larges, la caméra est tranquille et laisse tout loisir d’apprécier ce qui se passe à l’écran. La dernière course poursuite est un modèle d’écriture et de maitrise technique.

Arrivé en salles moins d’un an après Star Wars, The Driver, ce petit film minimaliste, ne correspondait plus aux goûts du public de l’époque. Malgré ses qualités il fut un échec commercial.

Près de 35 ans plus tard, alors que les films de genre retrouvent peu à peu grâce aux yeux des spectateurs ce film sans compromis, efficace et stylé se révèle tout à fait pertinent et vaut vraiment le coup d’être (re)découvert.

En bonus je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette page tirée du script de la première poursuite du film. Haïku style.

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2 Réponses

  1. Maciej

    Merci.

    Les DVD est sorti en 2005 mais n’existe à ma connaissance qu’en Zone 1 (US). Si votre lecteur le permet c’est une bonne affaire : en neuf les prix excèdent rarement les 10$.

    Les bonus eux aussi sont haiku style : biographies de O’Neal, Adjani, Dern et Hill, une poignée d’artworks et…c’est tout. Mais au moins la qualité de l’image est correcte.

    J’espère que le BluRay sortira un jour et qu’il contiendra un peu plus de suppléments. Une interview de Hill par exemple, comme ça il aurait l’occasion d’expliquer ce qu’il est advenu de la version longue du film et des rushes de tournage de Rainbeaux Smith, Drive-In queen au destin tragique, dont le rôle a été coupé au montage.

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