POP CULTURE

THE INFORMERS / MOVIES

Publié par le 18/02/2012 – 17:105 Commentaires

1983, Los Angeles. Perdus dans l’hédonisme des dernières années de l’avant-HIV une dizaine de personnages flirtent avec le fond de leurs gouffres respectifs dans une débauche de sexe, d’alcool et de drogues.

- I need something more than this.
- Graham, what else is there ? You already have everything.

 

Tout commence par un bruit. Celui que fait une Alfa Spider Aerodinamica quand elle percute de plein fouet une BMW E12 tuant au passage le beau Bruce à la sortie d’une soirée branchée. Les amateurs de shark nose et d’appendices caoutchoutés seront les seuls à verser une larme car de leur côté les amis du jeune éphèbe ne semblent pas s’émouvoir de sa disparition, leur réaction allant du mépris à l’indifférence la plus totale.

Bienvenue dans la haute société de Los Angeles, où des jeunes gens riches et désoeuvrés, rongés par l’ennui et l’ego, basculent dans le cynisme et le détachement, trop occupés à contempler leur reflet dans le miroir pour s’apercevoir qu’ils sont malheureux. Bienvenue dans un monde où la vacuité est un mode de vie. En bref, bienvenue dans le monde de Bret Easton Ellis.

Adapté du recueil de nouvelles du même nom publié en 1994 The Informers (Informers en VF) en reprend la structure : pas d’arc principal mais cinq histoires distinctes qui font se croiser dix personnages dans le Los Angeles privilégié du début des années 80.

Comme dans tout film choral il n’est pas accordé plus d’importance à un protagoniste qu’à un autre. Sortent cependant du lot Graham (Jon Foster) jeune homme de bonne famille qui deale pour tromper l’ennui, Christie (Amber Heard) blonde aux mœurs légères et à l’esprit embrumé et Bryan Metro (Mel Raido) superstar héroïnomane, sorte de Dave Gahan période Songs of Faith and Devotion, qui peine à se rappeler où il habite.

Autour de ce trio principal gravitent pêle-mêle Martin (Austin Nichols) réalisateur de clips à la réputation sulfureuse, Tim (Lou Pucci) aux prises avec son alcoolique de père (énorme Chris Isaak), les parents de Graham (Billy Bob Thornton et Kim Basinger) empêtrés dans un mariage au bord de l’explosion et Jack (Brad Renfro dans son dernier rôle avant son fix fatal), simple portier qui regarde ce monde de paillettes avec envie tandis que son oncle (Mickey Rourke) fait dans le trafic d’êtres humains.

Tous semblent pris au piège de leurs vies, excessives pour les uns, ratées pour les autres, pathétiques et sordides pour la plupart. Le film retrace quelques jours dans cet univers peuplé de créatures qui semblent imperméables à autrui, presque inhumaines, et pourtant étrangement belles dans leur incapacité à communiquer leurs sentiments.

On se souvient surtout des années 80 pour leur esthétique très particulière. La mode, les films, la musique, l’art en général, tout était neuf, pas toujours du meilleur goût mais d’une audace rarement vue depuis. Impossible donc d’envisager un film sur cette période sans s’attacher à en reproduire aussi précisément que possible l’ambiance.

Un travail conséquent a donc été fourni pour peaufiner le style des personnages. Garçons et filles arborent les coupes de l’époque, destructurées, brushées et peroxydées (quoique légèrement modernisées pour éviter l’effet pastiche), quant à la garde-robe c’est un festival de Wayfarers, de couleurs pastel et de blousons Members Only. On frôle la perfection avec le personnage de Cheryl Moore (Winona Ryder) et ses tailleurs bruns aux larges épaulettes sur chemisiers de satin.

Côté automobile, outre le Spider et l’E12 citées plus haut, on croise dans le décor quelques icônes de l’époque -Lincoln Town Car Limousine, DeLorean DMC-12, l’inévitable 911- mais aussi une plus discrète BMW E30 dont la présence fera assurément briller les yeux de quelques Gangers.

Seules ombres au tableau, la photographie trop moderne qui brise par moments le charme et nous rappelle que ce film a été tourné au XXIème siècle ainsi qu’une musique originale un peu fade qui fait pâle figure face à l’excellente sélection de morceaux d’époque (Devo, A Flock of Seagulls, Gary Numan et Simple Minds sont de la partie).

Malgré ce souci du détail et un casting solide The Informers s’est fait éreinter par la critique. On lui a reproché son scénario décousu, son ambiance malsaine, ses nombreuses scènes de nudité jugées gratuites et plus généralement sa superficialité.

Au Blenheim Gang nous ne partageons pas cet avis, et pensons que ces caractéristiques, de par le nihilisme qu’elles suggèrent, rendent le film d’autant plus fidèle au livre -un monument de cynisme- dont il est tiré. The Informers est une plongée vertigineuse dans le côté sombre de la première partie de la décennie 80, les dernières années réellement folles et libres de l’histoire récente, extrêmement créatives et festives mais rongées par l’individualisme et l’argent. On en sort un peu hébété tant le voyage est éprouvant mais c’est incontestablement un film digne de figurer en bonne place parmi les meilleurs Blenheim Movies.

Bonus Track :

Texte : Maciej

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5 Commentaires »

  • Johann says:

    Votre point de vue est intéressant, la tentative de défendre ce film fort louable, mais je ne peux que vous donner tort: ce film est d’une qualité cinématographique très faible. Ce n’est qu’une pseudo fable pop-art blême, bourrée de travellings surchargés et d’effets manqués.

    Certes les acteurs sont beaux, certes l’ambiance 80′s parfaitement retranscrites; on nous donne à voir une jeunesse qui regarde la mort en face (derrière des wayfarer).

    En réalité, les personnages sont inconsistants, transparents, le montage est atroce, la bande-son insipide.

    Si le bouquin faisait du vide une matière littéraire existentielle, cette adaptation cinématographique est une narration indigeste, une absence de parti-pris artistique.

    C’est un effet de mode éventé. Superficiel car à part la mode et les couleurs des 80′s, il n’y a rien à voir…

  • Maciej says:

    C’est amusant comme on peut, à partir des mêmes caractéristiques, ressentir des choses diamétralement opposées.

    Dans ce que vous percevez comme des défauts (rédhibitoires à en juger par la férocité avec laquelle vous exposez votre point de vue) je vois au contraire de la cohérence avec le propos du film.

    Les personnages décrits sont vides, vains et superficiels. La mise en scène fait écho à ces traits de caractères en devenant à son tour superficielle, vaine et vide. Ces travellings poussifs, ce montage linéaire, ce filtre marronnasse sont autant d’éléments formels qui aident à finir de planter l’ambiance.

    On peut évidemment se demander si ce résultat était voulu par Jordan, le réalisateur, ou si c’est un -heureux- hasard. Et quand bien même ce serait le cas je n’ai rien contre les films dont les qualités sont accidentelles.

    Je le redis donc : The Informers est à mes yeux un excellent film.

  • Johann says:

    N’y voyez aucune férocité de ma part;
    simplement une pointe de déception quant à l’éternelle faiblesse des adaptations de B.E.Ellis sur grand écran.

    Les goûts et les couleurs après tout…

  • Yan Alexandre says:

    Je pense qu’il n’y a pas, ou presque, de bonnes adaptation d’œuvres littéraires contemporaines au cinéma.
    Si les livre de B.E.E ont une trame à priori simple, avec un fond de sexe et de violence, qui doit exciter tous les producteurs de la planète, ils n’en demeurent pas moins d’une densité et d’une complexité difficilement transférable sur une bobine d’une heure et demi.
    The Informers s’en sort plusieurs crans au dessus de l’amusant mais vide American Psycho, ou de l’infâme teenage movie Les Lois de l’Attraction.

  • Maciej says:

    La férocité a du bon Johann.

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