This Is The Modern World est souvent considéré comme le moins bon album des Jam et certaines critiques imbéciles le présentent même comme un mauvais disque tout court. Mais imaginez un instant que Modern World soit un disque de Kiss, Foreigner, Status Quo ou Ultravox… Alors ce serait tout simplement le meilleur album de Kiss, Foreigner, Status Quo ou Ultravox ! Et ça marche pareil avec plusieurs centaines d’autres groupes ou artistes, voyez par exemple et au hasard : Santana, Human League, Iron Maiden ou les Boomtown Rats…

C’est vrai, Modern World n’est pas si éloigné que ça de son prédécesseur, In The City, et tous les autres LP des Jam présentent à chaque fois un virage musical important par rapport au précédent (à part leur premier album pour une raison assez évidente pour qui a plus d’un neurone mais je m’adresse aussi à lui et j’aime mieux préciser). A cet égard, on peut le juger inférieur aux autres mais il y a une explication simple à cela : il ne s’est passé que 6 mois entre les deux alboums (20 mai et 18 novembre 1977, pour ceux qui, comme moi, aiment maladivement la précision, ça fait 180 jours exactement).

Mais, en même temps, ce jugement est trop hâtif et totalement abusif car en à peine 6 mois (6 mois, ça fait 182 jours et pas 180), lesquels ont pourtant été bien occupés par des tournées presqu’incessantes en Angleterre, sur le continent Européen et même aux States, et malgré un Weller légèrement démotivé par une histoire d’amour avec une certaine Gill Price qui sera sa compagne pendant toutes les années Jam, l’évolution qu’est en train de donner Paul à son groupe est tout de même assez palpable : plus de pop et moins de punk. All Mod Cons le prouvera moins d’un an plus tard (le 3 novembre 1978, soit 350 jours, toujours pour les mêmes presque-psychopathes du calendrier à qui je précise que c’est bientôt l’heure de la pilule bleue. Non, pas la rose).

Et cette évolution ne cessera jamais, il n’est qu’à comparer In The City de 1977 et Shopping de 1982.
Seulement 5 années séparent ces deux morceaux mais, musicalement, bien qu’ils soient tous les deux excellents dans leur genre, tout les sépare. Du punk-rock énervé plein de rage électrique à une pop douce et élégante avec trompinette, le talent des Jam est dans ce grand écart réussi. Avec Style Council, Weller ira malheuresuement jusqu’à l’arrachement de l’ischion, qui, comme chacun sait, est l’accident musculaire le plus fréquent lorsqu’on effectue un grand écart, violente douleur ressentie sous la fesse, impotence importante qui impose l’arrêt de toute activité sportive (ou musicale pour Weller qui se reprendra tout de même en main à partir de 1991 avec une carrière solo plutôt réussie).

Life From A Window est le morceau le plus emblématique de la transformation en cours, c’est une pépite de pop à la Weller qui annonce clairement All Mod Cons : une construction complexe mais rentre-dedans, un son propre et léché mais énergique et non-exempt de saturation bienvenue, des paroles mélancoliques mais un peu hargneuses et une pointe de 60′s avec de fortes effluves Who, pour ne pas changer.


Standards est plus représentatif de l’ambiance générale de Modern World : une pop toujours énervée, à l’image de In The City, mais peut-être un peu plus apaisée et, en tout cas, à l’énergie plus maîtrisée. Comme son titre peut l’indiquer aux fantasques les plus perspicaces, cette chanson montre la capacité de Weller à composer des standards intemporels, presque des hymnes.


Don’t Tell Them You’re Sane est un morceau du pauvre Bruce Foxton dont les talents de compositeur furent pour le moins écrasés par le totalitaire dictateur Paul Weller. Avec ce titre, il compose tout de même un des meilleurs moments de Modern World. Alors, même si sa carrière solo médiocre prouve que le dictateur totalitaire Weller n’avait pas vraiment tort, remercions Bruce Foxton pour ces quelques minutes de rock flamboyant et, par égard pour lui, ne citons pas From The Jam, son actuel groupe de reprises des Jam avec le pauvre Rick Buckler (oups trop tard).

In The City, live 1980 :

Shopping, 1982 :

Etonnant, non ?
Saviez-vous que, après les Jam, Bruce Foxton a fait partie de Stiff Little Fingers pendant 15 ans et 5 alboums ?

A propos de l'auteur

Enfant, Regaloeb écoute Georges Brassens, Guy Béart et, surtout Charles Trenet. A 9-10 ans, il découvre les Beatles, les Beach Boys, les Kinks et les Who et il adore ! De mauvais choix esthétiques l'amènent ensuite à écouter Kiss mais heureusement pour lui, à l'été 1978, son grand frère va en vacances en Angleterre et il revient avec les Jam et les Buzzcocks ! Alors, c'est la folie punk/new wave/mods anglaise avec les Stranglers, les Undertones, Joe Jackson, Elvis Costello, XTC, les Lambrettas, Generation X, le grand retour du ska avec Madness, les Specials, les Selecters. Il y a aussi les Dogs, Edith Nylon, Marie et les Garçons, Ultraviolet, Oberkampf ou Métal Urbain pour le rock français. Mais trop rapidement, les années 80 naissantes laissent un goût amer avec toute cette daube-variétoche-électronique-danse-TOP50 comme Wham ou Dépeche Mode et le retour en force des horribles hard rockers avec AC/DC, Iron Maiden ou Europe. Regaloeb se tourne alors vers le 60's punk grâce aux premières compilations EVA. Depuis, à part quelques retours au monde moderne pour Blur, Nirvana, QOTSA ou les Libertines, il reste globalement bloqué entre 1964 et 1968 !

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