Blenheim Cars : Trabant P601

9 novembre 1989, le mur de Berlin tombe après 28 ans de bon et loyaux services. Les habitants de la ville le détruisent miette par miette, pendant que le violoncelliste Mstislav Rostropovitch joue du Bach, assis sur une petite chaise – une image qui émeut le monde entier.
Pendant ce temps, les habitants de l’Allemagne de l’Ouest découvrent médusés un embouteillage d’affreuses petites voitures venues de la RDA pour visiter le monde libre. Ce jour là, la Trabant est devenu un symbole de liberté.
Flashback : à la fin des années 50, il devient urgent pour le régime en place de donner au peuple de la République Démocratique d’Allemagne un moyen économique de se déplacer. Une solution à mi-chemin entre la moto et la voiture est à l’étude, une microcar, toute petite voiture avec 4 places et un coffre, qui doit être facile à réparer et à entretenir. La première Trabant, la P50, voit le jour en 1959. Avec sa traction avant, son moteur transversal et ses suspensions indépendantes elle est alors à la pointe de la modernité. En 1964 elle sera remplacée par la P601, celle qui rentrera dans l’histoire comme la « Trabi ».

Ici, tout est fait à l’économie. La carrosserie d’abord : pour faire face à la pénurie d’acier elle est réalisée en composite avec du matériel de récupération. De la résine renforcée avec de la laine, du coton, voir même, selon les jours, du papier. Question solidité on a fait mieux : ce matériaux est cassant comme du verre, et n’offre donc aucun protection en cas de crash. Pire, il est absolument impossible à recycler. Résultat, dans les années 90 il faudra introduire une bactérie spéciale dans les casses ou s’entassent les carcasses de Trabi, pour espérer pouvoir les décomposer…

Sous le capot on retrouve un petit moteur à deux temps, là encore une solution économique… pour le constructeur. Car l’auto boit comme un trou et surtout pollue affreusement : toute Trabant qui se respecte est précédée d’un abondant nuage de fumée bleue. Sans parler de son insupportable bruit…
Quant à la qualité de fabrication, c’est tout un poème. Une vidéo filmée dans l’usine en témoigne : chaque auto est « inspectée » par un ouvrier qui doit rectifier chaque porte, capot, élément de carrosserie, à l’aide de cales, d’un marteau…ou de ses pieds. Avec un peu de chance, vous pourrez fermer la votre correctement, du moins les premiers jours, car la notice conseille de vérifier le serrage de tous les boulons une fois par an.
Malgré tous ses défauts la Trabant est un succès : trois millions d’exemplaires produit (berline et break), c’est deux fois plus que de Mini ! Mais le succès est un peu forcé, car il n’y avait pas d’alternatives pour l’Allemand de l’Est lambda, pas assez fortuné pour s’acheter une Lada russe ou une Skoda tchécoslovaque. L’auto en RDA (comme dans tout le bloc de l’Est) restait un privilège : il fallait d’abord être autorisé à en acheter une, puis s’inscrire sur une longue liste d’attente. Les plus malchanceux attendirent ainsi plus d’une décennie avant de pouvoir enfin rouler avec une Trabi de couleur gris pale, moutarde avariée, vert triste ou encore bleu délavé – l’Est n’ayant jamais réussi à produire des pigments de couleurs vives. Cette longue attente explique le bon état (tout est relatif) des survivantes, entretenues avec amour par leur propriétaires.

La voiture n’évoluera pas durant sa longue carrière, ou presque, alors qu’il était prévu de la remplacer dès 1967- ce qui ne sera pas fait faute d’argent. Après la chute du mur, on décide tout de même de moderniser un petit peu la ligne de la Trabant et de lui fournir un moteur 1.1l de Volkswagen Polo. Cela se révèlera être un fiasco total, les habitants de l’est n’ayant alors que faire de cette vilaine auto, alors que le marché de l’occasion de l’ouest s’ouvre à eux. En 1991 la Trabant s’éteint définitivement.


Aujourd’hui c’est un des symboles les plus évident de l’époque communiste, à la limite du cliché. Indispensable aux films se déroulant dans l’Allemagne communiste, comme « Goodbye Lenin ». Indispensable aussi au groupe U2, friand de récupération facile, qui utilisa de nombreuses Trabant peinturlurées dans le cadre de sa tournée Zoo TV, les plus connues étant sans doute le deux qui finissent encastrées l’une dans l’autre, dans le clip de « One ».
La nostalgie aidant, elle connait un regain d’intérêt et comme toutes les populaires mythiques (Coccinelle, 2CV), nombreux clubs organisent des meeting annuels où toutes les transformations de plus ou moins bon goût sont permises. Dans certaines villes, elle sert d’appât à touristes, comme à Cracovie (Pologne) ou les Crazy Guides vous proposent un tour très « Borat » des merveilles communistes de la ville à bord d’un de ces engins… Bon courage !

Le fabriquant de modèles réduits Herpa essaye aujourd’hui de ressusciter le dessin de la Trabant, dans une version néo-rétro assez maladroite. On l’a vue à Francfort, elle ne nous a pas emballée, d’autant plus que les chances de la voir un jour en production sont assez faibles. D’ailleurs sa motorisation électrique la rendrait forcément bien trop chère, très loin des ambitions de voiture du peuple de la première du nom. Il n’y a qu’une Trabi, qu’on se le dise, et tant pis si elle fume bleu !






texte : Yan Alexandre, photos D.R.









Pour les amateurs, le “gazoline” de novembre 2009 traite également du sujet avec un essai très complet…
étonnant que l’histoire transforme un crapaud en quasi prince charmant
C’est la mode. Attention, si la Trabi peut-être attachante, de loin, dans son paysage, on se gardera bien de monter à bord. Faut pas pousser.
chaque auto est « inspectée » par un ouvrier qui doit rectifier chaque porte, capot, élément de carrosserie, à l’aide de cales, d’un marteau…
On n’est pas si loin de l’Europe de l’Ouest : chez Ferrari c’était le même type de contrôle qualité jusqu’à la 456 ….
[...] La situation économique de la DDR ne permit pas de rééditer l’expérience, laissant la place dans les autres quartiers de Berlin Est à des barres aussi hideuses que mal construites. A cet égard la Karl Marx Allee présente un intérêt urbanistique certain, mais elle n’est pas plus Blenheim qu’un autre symbole de la Deutsche Demokratische Republik, à savoir la Trabant. [...]
Cette vidéo ! C’est une perle !
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