Une journée chez Aston

Visiter l’usine Aston Martin de Gaydon et en ressortir avec une DBS entre les mains n’est pas une expérience donnée à tout le monde. Le Blenheim Gang s’est glissé dans la peau d’un client et vous raconte.
« Un chauffeur vous attendra à l’aéroport de Birmingham et vous emmènera à votre hôtel » m’avait prévenu Denise, l’organisatrice du voyage. Pour un peu, j’ai l’impression d’être un client invité à suivre l’évolution de sa commande sur la chaîne de montage de Gaydon – un pèlerinage offert à tous les nouveaux acquéreurs d’une Aston. Me voilà donc à bord d’une Volvo S80 sur les routes étroites et sinueuses du Midland Est, au milieu d’une campagne verdoyante : le cœur de l’Angleterre et le berceau de l’automobile britannique. Tim, le chauffeur, m’improvise une visite guidée. On passe devant le siège de Jaguar à Coventry, plus loin ce qui fût l’usine Triumph ou encore d’anciens garages spécialisés aujourd’hui disparus. La région porte encore les traces de son passé industriel glorieux, balayé par l’ouragan de la globalisation. Le coup a été dur et la situation reste incertaine me fait comprendre Tim, avec son flegme anglais typique et un voile de nostalgie sur le visage. Mais il y a encore de beaux restes, ou plutôt de belles réhabilitations. Comme la maison Aston Martin à Gaydon, l’objet de ma visite, un site ultra moderne crée en 2004 où travaille plus de 1000 personnes.

Arrivé le lendemain sur le parking. Une pelouse impeccablement tondue et des bassins s’étendent devant un bâtiment moderne en marbre clair. De chaque côté de l’entrée, deux Aston V8 Vantage trônent fièrement comme des statues pour garder la forteresse. Direction le VIP et Guest Service, un show room où nous attend l’équipe pour le rituel de bienvenu. Affabilité extrême et échanges de politesse sont de rigueur avant de démarrer le tour du propriétaire. La visite commence par le musée : une dizaine de modèles historiques (dont certains prêtés par des collectionneurs) sont alignés le long d’une Timeline géante, qui longe des bureaux en open space, où s’activent une centaine de personnes en costumes et tailleurs. Au fond de l’allée, il suffit de pousser une porte pour se retrouver dans les ateliers de production. Ca se passe comme ça chez Aston : tous les corps de métiers sont rassemblés sous le même toit pour mieux communiquer entre eux, en principe…

Dans l’usine, des hommes en tenues de travail impeccables évoluent parmi des piles de carrosseries en aluminium soigneusement rangées et des équipements flambant neufs, dans une ambiance aseptisée de CHU. La belle époque artisanale, le cambouis, la sueur et le brouhaha infernal… tout cela paraît bien lointain. Mais les voitures sont toujours assemblées à la main, dans les règles de l’art, par des équipes qualifiées et non par des robots géants et hyper actifs. Ce qui frappe en voyant les couturières derrière leur machine ou les techniciens habillant de cuir des sièges et des tableaux de bord, c’est le calme et la lenteur. Les ouvriers prennent leur temps, la moindre opération nécessitant des gestes méticuleux, une minutie d’horloger. Chaque modèle, unique et correspondant à la commande d’un client, fait l’objet d’une attention particulière tout au long de sa fabrication, jusqu’aux dernières vérifications. De la commande à la livraison il s’écoulera 8 mois ! Tout est monté sur place à l’exception des moteurs qui sont construits à Cologne en Allemagne. Quand on voit les énormes V12 6.0, pendus à leur crochet comme des morceaux de viande, on comprend bien qu’il s’agit de la pièce maîtresse, sacrée, d’une Aston, que la voiture est littéralement construite autour d’elle comme une enveloppe.

Malgré une période peu propice aux grosses cylindrées, Aston Martin n’envisage pas de réduire la voilure, à coups de downsizing ou d’hybridation. Shoking ! La petite firme anglaise persiste dans la haute couture et l’artillerie lourde, avec un certain succès. Malgré la crise, elle pense écouler cette année 4500 véhicules (contre 7500 en 2007). Pas mal comparé aux 40 voitures produites en 1994, une époque où les autos tombaient en panne pour le plus grand bonheur des collectionneurs. La marque revient donc de loin et, forte de son dynamisme actuel, peut désormais déployer ses ailes. Prochaine étape : la Rapide, révélée à Francfort, qui devrait encore augmenter les volumes. En attendant, nous avons eu le privilège de faire connaissance avec le nec plus ultra : la One 77, exposée dans le studio de design. Le chef d’œuvre de la marque destiné à une série ultra limitée de 7 exemplaires ! Nous avons pu la toucher, s’installer à son volant et même entendre rugir et crépiter son V12 de 7,3 litres, sous le ravissement des ingénieurs maison. Une belle mise en bouche avant l’épreuve de force de la journée : les tests drive.

Pas le choix, c’est une DBS boîte méca qui me sera attribuée, ainsi que la présence à mes côtés d’une journaliste espagnole, se targuant d’avoir déjà conduit la Vanquish d’un ami. Un instant d’appréhension avant de rejoindre le monstre de métal, prêt à nous emporter dans le néant, et premier frisson à bord : l’allumage du moteur s’accompagne d’un coup de gaz hystérique à vous donner des sueurs froides. La suite ne sera que frustration et résignation (de conduite je précise), mais aussi confusion des sens (de circulation et de conduite). Difficile alors de laisser la parole aux 517 ch de la bête sans risquer la catastrophe. Heureusement la souplesse du bloc atmosphérique permet une évolution en douceur dans la réalité routière.

Mise à part une visibilité arrière déplorable, cette DBS de 1700 kg se plie s’en rechigner aux exercices imposés de la circulation, et l’amortissement piloté accorde un confort correct. Mais la priorité est aux sensations : les sièges baquets fermes et la rigidité de la caisse vous font ressentir la route au plus près, dans toute sa violence. Du moteur, pour être honnête, je ne m’en suis fait qu’une piètre idée, mes timides accélérations me laissant tout juste imaginer le déluge. Non, je ne serais pas allé au-delà des 5500 tr/min, là où, paraît-il, le monde s’affole sous l’effet du « by pass ». De la DBS, je ne garde donc qu’une saveur diffuse, des sensations évanescentes, comme après une rencontre inachevée. Mais n’est-ce pas là l’essentiel pour réveiller l’intérêt – sinon la passion – pour une marque délicieusement confidentielle et terriblement inaccessible.







texte et photos : Roman Scobeltzine









Très sympa cette visite.
Pas de photo de la journaliste espagnole?
Qui donc est Roman Scobeltzine?
Qui donc est Logocampo ?
Roman, tu devrais te relire, c’est plein de fautes !