Peu connue, la Volkswagen Porsche Tapiro est portant l’un des concepts-car les plus important du début des années 1970. Le Blenheim Gang vous explique tout, en détails.

Contrairement à une croyance commune, la Tapiro n’est donc pas juste une Porsche mais bien une Volkswagen Porsche : et pour cause sa base étant la 914/6 réalisée en commun par les deux compagnies allemandes.

Un des premiers prototype réalisé par Giorgetto Guigiaro pour sa nouvelle maison de style Ital Design, la Tapiro explore pour la première fois pleinement le style Wedge, avec une ligne en coin et des arrêtes très droites – les concepts précédents faisant encore usage de la ligne courbe, une géométrie qu’exclut la nouvelle doctrine cunéiforme.

Inutile d’y voir une quelconque tentative de réinterpréter la gamme Porsche, à la 911 – déjà – vieillissante… Si la Tapiro se dote d’un patronyme prestigieux, il s’agissait sans doute juste, comme c’était alors la norme, de prendre le premier châssis donneur (ou donné) venu, pour l’habiller de la ligne du maître ès design industriel. C’est d’ailleurs sans doute plus une Volkswagen qu’une Porsche : la Golf, premier modèle d’une longue collaboration, est pour bientôt.

Mais revenons à nos tapirs. Giugiaro dote son concept d’une ligne très pure, créant par la même un véritable manifeste du Wedge : avant incisé comme une lame de couteau, pare-brise dans le prolongement parfait du capot, arrière haut, et ceinture de caisse a la fois rectiligne et montante. Le tout sans la moindre fioriture. De profil, la voiture forme un trapèze-droit quasi parfait, ou un coin – wedge en anglais. CQFD.

Comme toujours Guigiaro pensait industrialisation et réalisme. Si les portières avant, et celles du coffre, formant une étonnante double aile de mouette, seront copiées à l’époque sur d’autres concepts-cars, elles semblent bien loin de la série. Et pourtant, on imagine alors une structure complexe en croix permettant, dans le sens longitudinal, d’ancrer les ouvrants, et dans le sens transversal de faire office d’arceau de sécurité. Ingénieux.

Présentée au Salon de Turin 1970 la Tapiro est loin d’être un exercice gratuit : elle pose les bases du style Ital Design à venir : simplicité, pragmatisme et angles vifs. D’ailleurs elle va servir de base aux traits de quelques production de série à venir. Comment ne pas voir un air de famille évident avec la Maserati Bora (1971) dont le capot explore le même thème (né un an plus tôt sur le concept Iguana), avec ses phares enchâsses sur des profils légèrement saillants, et dont la partie arrière est tout aussi généreusement vitrée. À propos d’arrière, on retrouvera un traitement graphique très similaire sur la DMC Delorean (1981) également.

Quant à l’unique Tapiro, après avoir essuyé de ses roues les tapis rouges des salons, et avoir été essuyée par les mini-jupes d’une armée de mannequins, elle aura par la suite la mauvaise fortune de se voir vendue à un industriel espagnol. La version officielle parle d’un accident de la route dans les années 1980 (et oui, elle roulait parfaitement), la version officieuse suggère que les employés du-dit espagnol l’incendieront pour montrer un quelconque mécontentement d’ordre salarial. Peu importe, le prototype argentée deviendra irrémédiablement épave cramoisie. Aujourd’hui, elle repose en état au musée Ital Design. C’est le moindre hommage que Giorgetto Giugiaro pouvait rendre à sa création, pierre angulaire du style des années 1970.

A propos de l'auteur

Yan Alexandre Damasiewicz
Rédacteur en Chef

Après avoir crée le Blenheim Gang en 2003 avec Paul Reynolds, Yan Alexandre est tout naturellement devenu journaliste, spécialisé dans la culture automobile. Enfin, pas si naturellement que ça, puisqu'il a passé quelques années de sa vie à s'occuper de sites internet en agence, avant de changer d'orientation. Aujourd'hui il collabore régulièrement aux magazines GQ, Intersection, Evo & Octane. Ses passe-temps préférés ? Traverser l'Europe au volant de sa BMW 1600ti de 1967 et rêver aux voitures les plus improbables qu'il pourrait acheter...

Une réponse

  1. Corsaire

    Superbe prototype qui fait aussi penser à la De Tomaso Mangusta.
    Juste deux observations:
    Les roues dessinées à l’origine étaient plus intéressantes que les « minilite » que l’on voit sur les dernières photos. Le design des roues serait d’ailleurs un bon sujet pour le forum.
    Le système électrique d’un proto italien n’est il pas en soi une explication suffisante à la destruction de l’auto? (de toute évidence feu moteur).

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