Wolseley Hornet Mk.III – Blenheim Test

Nées citadins basiques, les « Mini », ou plutôt, les Morris Minor et Austin Seven, n’ont vu leurs ventes décoller que lorsque la jet-set londonienne les a adoptés pour vaincre les difficultés de circulation et de stationnement. La BMC décide très rapidement de proposer une version plus luxueuse de l’auto pour satisfaire cette inattendue et exigeante clientèle. L’idée n’a rien d’anodine, la rentabilité de la Mini est très faible, la valeur ajoutée d’une version plus huppée permettrait de remplir les caisses. De la même manière, une décennie plus tard, naîtra la version Clubman.

Première opération : exhumer deux marques disparues du catalogue bien garni de la BMC : Riley et Wolseley. Deux version, car l’une, plus luxueuse, la Riley Elf , devra épauler la Morris , tandis que l’autre, la Wolseley Hornet , l’Austin. La simplicité n’a jamais été le fort du consortium anglais. Le badge Wolseley sera ensuite utilisé pour des versions huppées des autos de la BMC , puis BLMC, avant de disparaître en 1975 avec une éphémère variante de la Princess « wedge ». Voilà pour le rapide cours d’histoire, passons maintenant à notre voiture d’essai, une pimpante Wolseley Hornet Mk.3 de 1968, pour découvrir comment s’est opérée la mutation.

La transformation de la Mini en une berline cossue s’apparente un peu à celle de Jocelyn Wildenstein en femme-felin. Une surdose de chirurgie plastique leur a conféré à toutes deux une esthétique décalée tout en les rendant tout à fait méconnaissables. Mais si Jocelyn fait peur aux enfants, petits et grands, la petite Wolsley attire immédiatement la sympathie. Sous son air de voiturette échappée d’un vieux manège, bien malin celui qui reconnaîtrait l’austère petite Austin.

A l’avant, l’originelle bouche maussade est remplacée par un curieux bec de lièvre, sous la forme d’une calandre verticale, au look avant-guerre, agrémentée d’une paire de moustaches chromées. En son centre, comme sur les Wolseley de jadis, le badge de la marque s’éclaire de concert avec les phares. Si l’esthétique passéiste étonne, les choix techniques surprennent tout autant. Le capot épouse toujours la forme de l’ancienne grille, mais se voit rajouter une moulure pour supporter la nouvelle, qui y est fixée, et qui bascule avec lui. On y gagne un petit espace supplémentaire pour accéder à la mécanique. Maigre bénéfice, l’imposante incisive ornant le capot empêche maintenant de s’y pencher en dessous. Beaucoup de bruit pour rien… Rappelons que le radiateur, placé le long de la roue gauche, n’a que faire d’une calandre…

Suivons le jonc chromé qui court autour de l’habitacle pour arriver à la spécificité de cette auto : un important lipofilling a transformé la Mini en une callipyge berline tricorps. La transformation est radicale, même si le gain en volume utile est bien moindre que ce que l’on pourrait imaginer. Rien ne se perd chez la BMC , on réutilise la plate-forme du van, plus longue d’une vingtaine de centimètres, et ce sont des feux d’Austin 1100 qui trônent au bout des hanches de notre petite « J-LO ».
Toute cette vulgarité n’était pas du goût d’Alec Issigonis, qui méprisa cette altération au concept basique et simpliste de « sa » Mini. Vu de l’arrière le résultat est impressionnant. Seule la forme du toit permet de déceler l’origine de l’auto.

Pour celui qui n’est jamais monté à bord d’une Mini, le choc est de taille. Si de l’extérieur on se demandait comment l’on allait réussir à rentrer dans cette voiture à pédales, sitôt posé dans le petit fauteuil tendu de cuir framboise on est époustouflé par la sensation d’espace qui règne à bord. Les 80% de volume habitable de la voiture ne font pas tout, l’aménagement intérieur participe grandement au sentiment d’immensité… par le vide. La planche de bord est hors de portée une fois bien assis, tout comme le pare brise, sommes toutes comme dans un vulgaire monospace moderne. Deux passagers ne seront mêmes pas à l’étroit à l’arrière, si ils arrivent à se contorsionner jusqu’à la banquette en évitant les sièges avant qui basculent sans se plier (et que par ailleurs rien ne retient au sol).

La surprise passée, voyons ce que le Wolseley réserve à ses fortunés propriétaires. Nous avons déjà évoqué le cuir, passons au bois qui recouvre timidement la platine ovale regroupant les compteurs. La Riley Elf se démarquera avec sa planche de bord intégralement couverte de bois vernis. On notera le superbe volant à la jante du même matériau et aux branches ajourées, ornée en son centre du « W » de la marque. Suprême luxe, bien avant la « Mini » standard, nous avons droit à des vitres descendantes et non pas coulissantes. Quelques vides poches à l’avant et à l’arrière et des aérateurs de ventilation optionnels parachèvent la liste d’équipement.

Contact au centre du tableau de bord, la Wolseley démarre au quart de tour et dans le silence. On a beau le savoir, l’horizontalité du volant étonne d’autant plus qu’il n’est absolument pas dans l’axe. Tout comme le minuscule pédalier – la commande d’accélérateur à la taille d’un carré de chocolat – qui impose une curieuse torsion du corps au conducteur. L’embrayage possède une course quasi inexistante, ce qui rend son maniement aisé et permet de se concentrer sur le filiforme levier de vitesse. Si le fêle pommeau tient entre deux doigts, il ne faut pas hésiter à le manier fermement pour trouver la première (au loin, en diagonale) qui ne servira qu’a lancer l’auto dans un hurlement de crémaillères, puis la seconde qui demande un peu plus de vigueur pour s’enclencher. La transmission hurle déjà un peu moins, laissant entendre les couinements des éléments en caoutchouc de la suspension Hydrolastic. De l’avis de son propriétaire la variation de leurs harmoniques selon l’humidité ambiante en font un excellent baromètre. Au moindre lâché de pied l’auto hoquette, passons donc la troisième, la souplesse du moteur le permet à basse vitesse, puis finalement la quatrième et – oh miracle – le silence se fait à bord.

Le volant étonne par la finesse de sa jante, et toujours, on se répète par son inclinaison. Lorsque l’on l’empoigne à deux mains dans un tournant serré, on a vite fait de se prendre pour un chauffeur de poids lourds. On apprécie son élégance et son toucher délicat, malgré sa mollesse autour du point milieux. Les freins ralentissent l’auto, qui est heureusement légère, il faudra juste penser à garder ses distances. Finalement elle se conduit comme toute auto de sa génération, en ayant l’amabilité de ne nullement se montrer piégeuse.

Pour qui voudrait rouler décalé à Paris, la Wolseley Hornet se montre parfaite. Agile et vivace, à défaut de nervosité, elle se joue du trafic grâce à sa taille de guêpe, sans oublier de se montrer pratique avec sa malle à shopping. Sitôt la frêle portière refermée le sourire est garanti, aussi bien sur les visages de son conducteur et de ses passagers que sur ceux des passants rencontrés. Le capital sympathie de l’auto est énorme, totalement atypique dans la circulation actuelle, elle intrigue et charme tout à la fois. Elle a en fin de compte toutes les qualités de la Mini « classique », l’originalité en plus. N’en déplaise à Sir Alec.


Texte et photos : Ian Alexander











……..my other car is a Riley….!
I miss my Wolseley Hornet! ARF!
Tiens, Mr Bouzanquet.. Vous ici !
Chouette article, reposté ailleurs
[...] Contrairement à l’usage actuel, l’appelation « Clubman » ne désigne pas ici le break, mais le nouveau faciès de la Mini. L’emploi du terme Estate n’a donc rien d’un pléonasme. Avec ses deux portes et ses origines plutôt utilitaires, la Clubman Estate appartient à une catégorie injustement méconnue : les « breaks service-vitré ». Le break de chasse du plombier, quoi ! Et il faut bien le reconnaître, cette forme de carrosserie donne une certaine cohérence à ce facelift. Tout le contraire d’une Wolseley Hornet. [...]