450 KM, PORTSMOUTH – MACCLESFIELD

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Etre membre d’un gang, c’est parfois faire des choix différents de ceux de l’essentiel nos semblables. Aussi, pour gagner la région du Peak District au nord de l’Angleterre, les possibilités sont nombreuses : un vol low-cost pour qui apprécie frotter ses rotules sur les dossiers de la rangée du devant. L’Eurostar, pour qui voudrait vivre l’expérience précédente mais sans avoir à quitter le sol. Et enfin l’autoroute depuis Douvres, elle-même d’un ennui certain une fois passées les cinq minutes d’accoutumance au sens de circulation.

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Au regard de ces considérations, ce roadtrip ne pouvait donc commencer ailleurs que sur le port du Havre, en attente d’un ferry pour Portsmouth. La traversée va durer cinq heures, et même si le gris maussade semble être resté à terre, je ne peux m’empêcher de trouver le temps un peu long à bord cette cafétéria flottante. Bon, c’est aussi ça l’aventure, d’autant qu’une fois à terre, je ne serais pas trop mal situé pour attaquer la remontée du pays par le flanc ouest.

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Après une nuit de sommeil, il est temps d’attaquer ce qui sera ma seule portion d’autoroute de la journée. Une grosse heure de M4 vers l’ouest et me voilà Bristol. Face à moi se dresse le Severn Bridge, et sur l’autre rive, le Pays de Galles. Si tôt l’estuaire franchi, je fais route vers le nord en suivant la vallée de la Wye et l’A466 jusqu’à Hereford. L’ambiance est typique des meilleures « A roads » : la chaussée est étroite et ne compte presque aucune portion droite. J’alterne tranquillement 3eme et 4eme rapport, tout en profitant du spectacle offert par la canopée qui me surplombe.

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Progressivement, le chemin devient plus rectiligne et la végétation plus clairsemée. L’A49 remplace l’A466 vers le nord… le Pays de Galles est loin derrière. Quelque miles avant Leominster se dresse un petit massif forestier accompagné de son salon de thé pour apprentis randonneurs. L’endroit idéal pour ce qui constituera ma seule véritable pause de la journée. Brève coupure toutefois marquée par l’apparition du soleil qui jusqu’ici s’était fait plutôt discret.

De nouveau en marche, je suis ravi de retrouver ces longues courbes, d’autant qu’elles me permettent de tenir un rythme des plus convenables. L’A49 serpente à présent entre les champs bordés de ces petits murets de pierre. Au loin se dessinent des collines aux sommets enneigés qui – à la manière de l’horizon dans Outrun – vont rester hors de ma portée pour cette fois. Je viens d’atteindre Shrewsbury, ce qui signifie qu’il est déjà temps d’obliquer vers l’est assez nettement.

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Un peu surpris par ma progression, une question incongrue me traverse l’esprit : se pourrait-il que j’aie mis moins de temps que par l’autoroute ? Faute d’avoir une réponse, j’aurais au moins un indice lorsque l’A53 passe au-dessus de la M6 aux abords de Stoke on Trent. Ici, ça coince. Et je me félicite une fois de plus de mon choix, surtout que le meilleur reste à venir.

A partir de Leek, l’A53 commence soudain à s’élever. Les collines du Peak District – but parmis tant d’autres de ce voyage – sont en vue. Évidemment, on ne grimpe pas un sommet de 500m comme un col alpin. Pas de successions d’épingles ici, mais une bonne vieille ligne droite qui attaque l’obstacle de front pour ensuite courir le long de l’arrête sur plusieurs kilomètres. A 60 mph sur l’étroite chaussée au revêtement des plus britanniques, il y a de quoi se sentir exister. Et le décor n’est pas en reste : le ciel est gris, et la nature est encore loin d’être remise de l’hiver. J’apprendrais d’ailleurs quelques heures plus tard que cet axe n’a réouvert, après déneigement, que quelques jours avant mon passage.

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A l’entrée de Buxton, j’amorce une boucle dans les environs avant de me raviser. La météo déjà capricieuse est à présent épouvantable : le manque de visibilité et l’adhérence imprévisible vont finir par gâcher le plaisir. Il faudra revenir, ce qui était une évidence avant même de commencer.

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Avant d’arriver à Macclesfield, il me reste toutefois le fameux Cat & Fiddle à franchir. Une vraie petite route des Alpes, épingles comprises, qui plaît tant aux motards qu’elle est depuis peu truffée de radars tronçons. S’il n’est pas nécessaire de rouler très vite pour profiter de ce type de parcours, il y a tout de même des circonstances où je préfère avoir l’oeil sur la route que sur le compteur. En voilà au moins une. Mais j’aurais tort de me plaindre : ce périple a tenu toutes ses promesses, et la Z3 s’est une fois de plus avérée redoutable. Et dire qu’il va falloir prendre l’autoroute au retour…

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Texte et photos : Alasdair