ALFA ROMEO 156 GTA

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Rompu aux subtilités des courants littéraires les plus divers, le Blenheim Ganger goûte avec allégresse aux indéniables ardeurs romanesques animant le parcours historico-commercial d’Alfa Romeo. La mainmise outrageuse des graciles coupés Giulia GTA sur les championnats de tourisme de la fin des années soixante constitue un chapitre de choix dans un destin conciliant avec un relief évident égarements pitoyables et triomphes éclatants.

Alfa Romeo 156 GTA

Si l’utilisation de l’illustre acronyme de « Gran Turismo Allegerita » sur la version de pointe de la gamme 156 s’assimile incontestablement à une usurpation étymologique caractérisée, sa présence se veut symbolique d’une volonté louable de renouer avec des temps plus glorieux. N’oublions pas toutefois qu’une telle approche marketing est idéale pour conditionner un produit médiocre dans une épaisse enveloppe de nostalgie rancie. L’Alfa 33 des années 80 en est un exemple cinglant. Le Blenheim Gang a donc décidé d’évaluer la sincérité de cette démarche par le biais du Blenheim Test.

Alfa Romeo 156 GTA

La pureté du dessin originel de la 156 subsiste avec une certaine grâce à la pose, certes contenue, des addenda aérodynamico-virilisants propre à son nouveau sigle. Mais, tel un modèle de Peter Hegre qui délaisserait l’érotisme raffiné du photographe scandinave pour un casting de Marc Dorcel, elle abandonne de sa sensuelle sobriété pour un sex-appeal délibérément plus primaire et plus cru.

Alfa Romeo 156 GTA

Ardent défenseur des préceptes les plus traditionalistes, le Blenheim Gang ne blâmera point ceux qui se gaussent à l’idée d’associer 250 chevaux sur le seul train avant d’une plate-forme dont l’ADN partage bien des photodiesters avec ce parangon du design industriel qu’est la Fiat Tipo. Mais les ingénieurs en charge de cet ambitieux projet ont eu la verve et le talent requis pour infliger un camouflet d’une vigueur étonnante à la logique la plus établie. Certes, la direction de la GTA ne peut prétendre délivrer le degré de pureté ultime offert par une propulsion de belle facture. Mais la surprenante absence de réactions de couple met en exergue d’ incontestables velléités de communication à laquelle une fermeté d’ une virilité précisément calculée n’est pas étrangère. Les élans les plus vivaces ne manqueront pas de mettre en évidence une perte de substance et de « steering feel » mais les conséquences sur les qualités de base de son comportement demeurent négligeables dans la plupart des circonstances.

Alfa Romeo 156 GTA

La cohérence et l’interaction du trinôme accélérateur/ volant / pilote est démontrée par un exercice des plus simples : à l’abord d’une courbe, lâcher légèrement les gaz pour positionner l’arrière, les lâcher à nouveau pour générer une touche de survirage puis équilibrer le tout en modulant la puissance du vivace groupe propulseur ; répéter l’opération à loisir. La manœuvre est réjouissante de limpidité, de précision et surtout éminemment ludique. Le fait de déconnecter le contrôle de traction, aux capacités castratrices des plus mesurées, ne fera qu’accentuer légèrement l’intensité des saines réactions décrites. Le confort des suspensions est certes plus ferme que celui d’une 156 diesel de VRP mais l’atmosphère générale demeure plus relaxante que celle, frénétique par nature, d’une « rally special » japonaise. Le flair italien exhalé par le traitement de son habitacle n’est pas, en outre, étranger à cette dernière constatation.

Alfa Romeo 156 GTA

Loin de constituer l’attrait unique de cette GTA, le V6 Alfa Romeo, en exécution 3.2l, n’en demeure pas moins un atout incontournable. Le bruit, riche et grave, souligne avec son proverbial brio auditif un « power delivery » constant et nerveux une fois le cap des 4000 tr/min franchi. Le dispositif Selespeed est certes relativement rapide mais la tactilité mécanique de l’expérience délivrée par la GTA est sans doute mieux servie par le plus grand taux d’implication offert par une boîte traditionnelle.

L’inattendue rigueur de son comportement associée à des élans festifs prononcés ne peut laisser totalement insensible qui peut se passer d’un glossaire pour saisir les tenants et aboutissants propres à la notion d’hédonisme. Le temps ne lui conférera jamais le charme ni la signification historique de celles auxquelles elle a subtilisé sans vergogne sa dénomination. Mais malgré son impact commercial restreint la 156 GTA aura toutefois démontré qu’une base de travail improbable ne constitue pas un écueil insurmontable à la conception d’un produit en phase avec certains principes d’excellence moderne et de caractère propre au passé. Le Blenheim Gang ne peut que souhaiter la pérennité de cette tendance au sein du processus de mondialisation technique dans lequel s’engouffre le lunatique et attachant constructeur milanais.

Alfa Romeo 156 GTA